Trois médecins proposent de légaliser la « mort par don d’organe »

Publié le 15 juillet 2026
Trois médecins proposent de légaliser la « mort par don d’organe »
© iStock - sturti

Les chirurgiens devraient-ils pouvoir prélever les organes d’un patient encore en vie, au motif que celui-ci a demandé à être euthanasié ?

Dans un article publié dans le New England Journal of Medicine[1], trois médecins de la Harvard Medical School, du Boston Children’s Hospital aux Etats-Unis, et de la Western University au Canada, posent la question non pas du don d’organe qui suit un décès lié à une euthanasie (cf. Le don d’organes après l’euthanasie), mais du « décès par don d’organe » dans le cadre d’une euthanasie.

Une euthanasie sans injection létale

Avec la « mort par don d’organe », le décès ne serait pas provoqué par l’injection létale requise pour une euthanasie mais le patient serait anesthésié avant qu’un médecin ne prélève ses organes encore vivants, et c’est le prélèvement lui-même qui entraînerait sa mort.

Cette pratique contreviendrait au « principe du donneur décédé » (Dead Donor Rule), qui s’applique actuellement quelle que soit la législation d’un pays sur l’euthanasie et le suicide assisté : il est interdit de prélever les organes d’un patient encore en vie (cf. Don d’organes : la définition de la mort remise en question ?).

La « mort par don d’organe », une technique « efficace » ?

Les chercheurs avancent qu’avec la « mort par don d’organe », les médecins contournent les risques liés à l’ischémie chaude. Il s’agit de la période critique pendant laquelle l’organe n’est plus perfusé, du fait d’un arrêt cardiaque ou du clampage de l’artère l’irriguant, avant qu’il ne soit placé dans un dispositif visant à le conserver à froid. Cette phase entraîne une détérioration des tissus qui peut rendre l’organe impropre à la transplantation.

Pour les auteurs de la proposition, l’abandon de la règle du donneur mort pourrait permettre un prélèvement dans des conditions plus favorables pour la transplantation.

Un appel à une « mort utile »

Dans les régions où don d’organe et « aide à mourir » sont autorisés, il pourrait être « logique », selon ces trois médecins, que des patients veuillent combiner les deux procédures pour « donner un sens à leur mort » (cf. Euthanasie et dons d’organes : des « intérêts » communs ?).

Le Dr Robert Truog de la Harvard Medical School considère la demande de mort par don d’organe « éthique, puisque c’est ce que le patient a choisi ». Il parle d’une « grande générosité ».

Une question d’ « autonomie » ?

Alors que « le concept de “mort par don” est, à première vue, une notion extrêmement troublante », « une idée qui fait froid dans le dos », pour Ruth Faden, bioéthicienne à l’université Johns Hopkins, « en réalité, si on l’examine d’un œil critique à la lumière des considérations éthiques fondamentales, ce n’est pas aussi dérangeant qu’il n’y paraît au premier abord ».

« Si nous nous engageons à respecter l’autonomie des individus en fin de vie, et s’ils préfèrent maximiser le bien que leur corps peut apporter à la fin de leur vie », cela pourrait justifier la procédure considère-t-elle (cf. « 60% d’eau, 40% de matières organiques » : « comme vous, je suis recyclable »). « S’il y a des personnes qui souhaitent faire don de leurs organes, ce serait le moyen de respecter au mieux leur volonté et leur objectif altruiste d’aider les autres », abonde le Dr Carter Winberg, un médecin canadien spécialisé en soins intensifs qui prépare actuellement un master en bioéthique à Harvard et qui est coauteur de l’article publié dans le New England Journal of Medicine.

« Il serait important de mettre en place des garanties solides pour assurer un consentement pleinement éclairé et protéger les patients contre tout abus », ajoute toutefois Ruth Faden pour tenter de rassurer.

Un concept « purement hypothétique » ?

Face à ces considérations, « il est essentiel que les gens comprennent que la “mort par don d’organes” n’est pas une pratique légale aux Etats-Unis et n’est même pas envisagée comme une option possible », a réagi Allison Erickson, présidente de l’Association of Organ Procurement Organizations, dans un communiqué. « Ce concept purement hypothétique ne fait l’objet d’aucune démarche au niveau législatif ou réglementaire. Il ne s’agit que d’une question posée par des éthiciens – et non par des professionnels du don et/ou de la transplantation travaillant au sein du système national », assure-t-elle.

« Le consentement a ses limites »

Car d’autres bioéthiciens sont en effet horrifiés par cette simple « question ».

« Cela revient à demander aux chirurgiens d’emmener une personne vivante au bloc opératoire pour en ressortir avec un cadavre, ce qui, à mon sens, constitue un meurtre », affirme Lainie Friedman Ross, bioéthicienne à l’université de Rochester. « Le consentement a ses limites. Et l’une des choses que nous ne sommes pas autorisés à faire, c’est de consentir à ce que quelqu’un puisse tout simplement vous assassiner. »

Lori Andrews, bioéthicienne et professeur émérite au Chicago-Kent College of Law craint de son côté que cela n’augmente la méfiance vis-à-vis des procédures de don d’organes. Selon elle, cela pourrait donner l’impression que les médecins sont « des vautours qui n’attendent plus que l’on meure pour attaquer ».

[1] Carter Winberg, Ian Ball et Robert D. Truog, « Contextualizing the Dead Donor Rule in an Era of Voluntary Euthanasia », The New England Journal of Medicine, vol. 395, no 2, 2026, p. 194-200, DOI : https://doi.org/10.1056/NEJMms2601611

Source de la synthèse de presse : NPR, Rob Stein (09/07/2026)