Loi de bioéthique : A l’issue de la première journée de débat…


Alors que les députés entament la première lecture du projet de loi de bioéthique à l’Assemblée nationale, quelques impressions.

 

Ce qui s’impose, c’est l’impression de déjà-vu. On rejoue le match de la commission spéciale de bioéthique, il y a juste plus de députés dans l’arène. Ce qui pourrait mettre le gouvernement en mauvaise posture : s’il semble quasiment assuré de faire passer sa mesure sociétale sur la PMA pour toutes, quoique rien n’empêche encore d’espérer, dans sa propre majorité, il pourrait se faire déborder à droite par ceux qui s’interroge sur la PMA pour les femmes seules par exemple ou bien sur son aile gauche par ceux qui voudraient que le projet de loi autorise la PMA pour les transgenres, la PMA post-mortem ou encore le diagnostic préimplantatoire, pour lequel la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a manifesté une opposition farouche. Le rapporteur Jean-Louis Touraine, n’est pas là pour les rassurer tant sa position est militante et radicalement libertaire. Il alterne vérité et contre vérité avec le même aplomb. Mais à force de trop en faire, il pourrait agacer, lasser, indisposer.

 

De la PMA à la GPA

 

Du côté de l’opposition, on avance en rang serré et… on domine le débat. Les députés sont prêts, au fait des sujets, leurs amendements sont motivés, ils argumentent, ils ont, au cours de ces derniers mois pour bon nombre d’entre eux, affiné des connaissances et une expertise qui en font des adversaires extrêmement convaincants capables à maintes reprises de mettre en difficulté le gouvernement qui peine à cacher les contradictions internes de ses positions. Après avoir justifié l’extension de la PMA pour toutes au nom de l’égalité, la Ministre de la Santé explique que cette loi n’est pas égalitaire. Ah bon ? Jusqu’où faudra-t-il aller ? Malgré les dénégations de la majorité, les députés ne se font pas d’illusion, ils savent que la prochaine salve, et elle ne devrait pas tarder à les entendre, ce sera la GPA. Nier, n’est pas convaincre.

 

Des députés témoignent

 

Plusieurs députés parleront d’expérience. Joachim Son-Forget, député LR, explique : « En tant qu’enfant adopté, ayant grandi en Haute-Marne de parents ayant l’air bien français, je peux vous dire que c’est très différent de ne pas connaître sa lignée biologique et de ne pas ressembler phénotypiquement à ses parents. On se pose des questions ». Il ajoute : « Je ne peux pas entendre que la biologie n'existe pas et que seul l'environnement compte. Je sais que j'ai les yeux bridés ».

 

« C’est une femme de 39 ans, seule, qui vous parle et qui s’est posée l’ensemble de ces questions déjà depuis plusieurs années et qui est dans cette situation », explique Emilie Bonnivard, députée LR et elle s’interroge : « Est-ce mon rôle comme législateur de créer un ordre qui va priver délibérément un enfant de père ? » Elle répond à l’argument du ministre qui explique que des enfants grandissent déjà sans père : « Les enfants qui se sont construits avec résilience (…) par rapport à une situation donnée sans père, sont-ils plus heureux de ne pas avoir eu de père ? Cela n’a-t-il rien créé de blessure, de souffrance, de manque ? Le rôle du législateur est de corriger des situations injustes ou difficile mais pas de créer un ordre incertain ».

 

Liberté de vote ?

 

Blandine Brocard, est la seule député LREM à avoir ouvertement pris positions contre l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes : « Est-ce qu'on est en droit d'institutionnaliser un environnement familial qui met délibérément de côté tout ce qui a trait au masculin ? ». Elle poursuit : (…) « Ce père que l'on admire, que l'on déteste, mais ce père qui est à l'origine de notre naissance de ce qu'on est, de ce qu'on devient ». Malmenée par les députés pendant la séance, elle était conspuée ce matin sur twitter par Antoine Méjan, délégué Général des « jeunes macron » et membre du bureau exécutif d’En Marche : « Être députée @enmarchefr, c'est défendre le programme du Président, pas celui de @christineboutin ou de @MicheleRivasi ! Respectez vos engagements ou partez ! ». Sans même parler d’une liberté d’opinion, de quelle liberté de vote parle-t-on ?

 

Enfin, si le débat se veut apaisé, le rapporteur ne l’est pas. Face aux arguments décidés de l’opposition, Jean-Louis Touraine monopolise la parole, provoque l’opposition, manque de fair-play. S’essoufflerait-il ?

 

Pour l’heure, le principe de précaution et l’amendement de suppression du premier article concernant la « PMA pour toutes » ont été rejetés. Un seul amendement LREM a été adopté dans la soirée, il veut préciser que la PMA est destinée à « répondre à un projet parental ». Il fera l’objet d’une controverse, les députés faisant état d’un problème dans le calcul du nombre de voix, demanderont au président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, un « assis debout » pour confirmer le vote. Ce qui leur sera refusé.

 

La boite de Pandore

 

Pour terminer, il faudrait revenir sur la jolie jouxte oratoire qui a opposé Jean-Luc Mélanchon, qui se dit disciple d’Epictète et évoque Prométhée, et Annie Genevard. Le député la France insoumise proclame « une révolution du principe de la filiation qui proclame que la patriarcat est fini ». Sur la question de l’« enfant fuite de la volonté ou produit d’un résultat biologique », la députée LR  rappelle qu’elle sera au cœur des débats de l’article 4. Elle ajoute qu’on ne peut pas totalement effacer la filiation biologique et répond à « monsieur Mélenchon par la mythologie grecque. Prométhée a donné le feu aux hommes, Zeus les a punis en offrant à son frère une belle femme nommée Pandore. Elle avait une boite contenant tous les maux de l’humanité et savait qu’il ne fallait pas l’ouvrir. Alors attention aujourd’hui, à ne pas l’ouvrir ». Les députés seront-ils être des sages ?