Bioéthique et droits fondamentaux Perspective féminine – sous la direction de Maroun Badr
Qu’apporte la perspective féminine aux enjeux de la bioéthique et à la promotion des droits fondamentaux ? C’est la question à laquelle se sont intéressées cinq spécialistes lors d’un colloque qui s’est tenu le 8 mars 2025. Cet ouvrage constitue les actes de ce colloque placé sous le patronage de la Chaire UNESCO de Bioéthique et des Droits de l’Homme.
Marguerite A Peeters, docteur en sciences politiques et administration publique, propose une perspective historique sur la place de la femme dans les instances onusiennes et la gouvernance mondiale. Sa contribution permet de comprendre avec intérêt comment une mentalité anti-conceptionnelle de « planification familiale » et la notion de « genre » ont imprégné le tissu de la coopération internationale. Jusqu’à devenir des « objectifs de développement durable » dont l’application « est, dans la pratique, une condition de l’aide au développement ». Dans le mépris des cultures non-occidentales.
Laëtitia Pouliquen, directrice du think tank NBIC Ethics, interroge quant à elle : « Quel féminisme au temps du transhumanisme ? » Elle identifie « trois agendas entrelacés » qui « mènent chacun à une révolution de l’identité de la femme » : « l’agenda féministe de l’affranchissement de la maternité « Mon corps m’appartient », l’agenda des lobbies féministes radicaux et de certains lobbys LGBTQI imposant le sexe, le genre et le corps comme dissociés, culturels et malléables et, enfin, l’agenda transhumaniste qui vise à imposer une vision machinique de l’être humain qui doit augmenter ses capacités par les biotechnologies, la robotiques, les interfaces cerveau-machine, etc. ». Tous trois contribuant à une crise de l’identité de la femme. Sans issue ?
On soulignera également l’importante contribution d’Aude Mirkovic, docteur en droit et présidente de l’association Juristes pour l’enfance, qui explicite et analyse l’impact des technologies procréatives sur le corps de la femme. Aude Mirkovic veut « susciter une prise de conscience sur l’impact des technologies reproductives et, en particulier, du prélèvement d’ovocytes, sur le corps des femmes, en vue d’éclairer les différents protagonistes ». « En France, le débat bioéthique tourne autour de concepts abstraits pour discuter de l’accès à la technique en termes de liberté, d’égalité, de projet parental, pointe la présidente de Juristes pour l’enfance. Ces concepts ne s’incarnent que rarement pour tenir compte de leur impact sur le corps humain et, en premier lieu, le corps de la femme, premier et principal sollicité même si l’homme n’est pas en reste en termes d’instrumentalisation, au regard notamment du don de gamètes qui fait de lui un fournisseur de gamètes avant de l’évincer de toute prétention à la paternité, faisant fi du caractère incarné et charnel de la procréation. » Un éclairage essentiel dans la perspective de la révision prochaine de la loi de bioéthique.
Le chapitre dédié au droit à la santé des femmes détenues dans les prisons françaises, qui accorde une place significative au vécu des femmes transgenres, interroge en revanche. A-t-il sa place dans un colloque consacré à la perspective féminine ? D’autant plus que son auteur, Pauline Beer, ne mentionne pas une fois les difficultés – et les risques – rencontrés par les femmes qui sont incarcérées aux côtés de personnes nées hommes.
Ainsi, bien que les contributions soient très inégales, on saluera cet angle rarement abordé, alors que la perspective féminine, « loin d’opposer les sexes ou de nier les différences » comme le souligne Maroun Badr, chercheur à la Chaire UNESCO de Bioéthique et des Droits de l’Homme, pourrait ouvrir la voie « à une véritable réconciliation entre universalité et singularité », dans le respect de la dignité humaine. Et ainsi être source d’une nouvelle fécondité.
Editeur : Presses universitaires Rhin & Danube
Date de publication : 20/03/2026
Nombre de pages : 189