Edition de base : un nouvel outil pour des modifications multiples et plus précises
Si les technologies d’édition existantes peuvent modifier ou supprimer des paires de bases individuelles dans les 3 milliards de paires de bases du génome humain, elles sont limitées dans leur capacité à modifier plusieurs sites simultanément et peuvent parfois modifier de manière incorrecte des bases d’ADN voisines [1]. Une nouvelle étude de l’université de Yale multiplie par trois la capacité des scientifiques à modifier plusieurs sites d’ADN et permet d’éviter les mutations non désirées dans les sites génétiques voisins (cf. MOBE : un outil pour réaliser des éditions de base simultanées). Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications [2].
« Nous avons pu augmenter le nombre de modifications dans une seule cellule tout en améliorant la précision de ces modifications », affirme Farren Isaacs, professeur de biologie moléculaire, cellulaire et développementale à la faculté des arts et des sciences de Yale et auteur principal de l’étude. Si l’on considère l’ADN comme un énorme manuscrit de 3 milliards de caractères, cette nouvelle technique permet d’apporter simultanément de multiples modifications à différents chapitres, au lieu d’éditer « seulement » des mots ou des phrases sur une page.
L’équipe de Yale a utilisé une protéine associée à CRISPR, Cas12, qui est similaire à Cas9, agissant comme une sorte de « ciseau moléculaire » (cf. Vers une utilisation massive de CRISPR-Cas12 ?). Cette protéine est dotée d’une « capacité innée » à traiter un « réseau d’ARN » contenant de nombreux ARNg [3]. Pour améliorer la précision de l’édition, l’équipe a modifié les ARNg en raccourcissant leur séquence ou en modifiant les bases de l’ARN.
Les scientifiques ont ensuite réussi à modifier des séquences de gènes à 15 endroits différents dans des cellules humaines, soit trois fois plus que ce qui avait été fait auparavant. Selon eux, ces travaux permettront « non seulement d’analyser les origines de maladies génétiques complexes, telles que le cancer, mais aussi de guider le développement de nouveaux médicaments de synthèse ».
[1] Les technologies « conventionnelles » d’édition de gènes, telles que CRISPR Cas9, ont été « limitées » par la génération de cassures double brin dans l’ADN, ce qui introduit des modifications non désirées dans le génome. La mise au point d’éditeurs de bases a permis d’éviter ces cassures double-brin mais cette technologie a, elle aussi, été jusqu’ici « limitée » par le nombre de bases pouvant être modifiées.
[2] Anabel Y. Schweitzer et al, Precision multiplexed base editing in human cells using Cas12a-derived base editors, Nature Communications (2025). DOI: 10.1038/s41467-025-59653-x
[3] ARN guide
Source : Phys.org, Bill Hathaway, Yale University (10/06/2025) – Photo : iStock