Edition de base : des embryons génétiquement modifiés avec une précision « sans précédent » ?

Publié le 8 juin 2026
Edition de base : des embryons génétiquement modifiés avec une précision « sans précédent » ?
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En recourant à l’édition de base (cf. Edition de base : un nouvel outil pour des modifications multiples et plus précises ; Nouvelle utilisation de l’édition de base sur des embryons humains), des scientifiques de l’université Columbia ont modifié l’ADN d’embryons humains « à un stade précoce » avec une précision « sans précédent »[1]. En effet, l’édition s’est avérée « efficace » et n’a entraîné « ni anomalies chromosomiques ni délétions importantes ». « Les petites insertions ou délétions après l’édition de bases étaient rares », affirme l’étude.

Cette « avancée » pourrait ouvrir la voie à « la conception de bébés dotés de caractéristiques particulières » : elle suscite la controverse. Différents éthiciens soulignent en effet qu’il s’agit d’eugénisme, « ni plus ni moins » (cf. Edition du génome : un biologiste russe veut permettre à des parents sourds de donner naissance à un enfant ayant une ouïe normale ; L’eugénisme : une pratique interdite… mais florissante). Aucun bébé n’est né après ces expériences (cf. Embryons génétiquement modifiés : Manhattan Genomics et Bootstrap Bio en cessation d’activité.. mais la lame de fond reste puissante ; Preventive : une entreprise récolte 30 millions de dollars pour fabriquer des bébés génétiquement modifiés)

Des intérêts financiers

« En tant que scientifique, on peut fournir les données pour alimenter le débat, mais ensuite, on s’arrête là et on laisse les autres prendre le relais », veut se dédouaner Dieter Egli, le généticien à l’université Columbia qui a dirigé ces recherches (cf. Edition génétique d’embryons humains : des financements qui se multiplient ; Embryons génétiquement modifiés : le milliardaire Brian Armstrong veut financer une start-up). Il appelle à « un débat public sur les avantages et les inconvénients de la modification de l’ADN embryonnaire », soulignant que de « nombreuses questions restent en suspens » quant aux possibles effets secondaires.

« Nous ne disons pas que cette méthode sera utilisée dès demain dans les cliniques », tente de rassurer le chercheur. Parmi les co-auteurs de l’étude qui a été prépubliée, figure Nathan Treff, le directeur médical de l’entreprise Nucleus Genomics. La start-up s’était distinguée l’année dernière par une campagne publicitaire interpellant les New-Yorkais : « Ayez votre meilleur bébé » (cf. Nucleus Embryo : un start-up promeut l’« optimisation génétique »). Nathan Treff, comme deux autres co-auteurs de l’étude, Jia Xu et Diego Marin, sont actionnaires et/ou employés de la société Genomic Prediction (cf. Trier les embryons pour réussir à l’université ?).

Des modifications qui ne sont pas systématiquement transmises lors de la division cellulaire

Les chercheurs ont modifié deux gènes dans des embryons unicellulaires : PCSK9 qui augmente la production du « mauvais » cholestérol, et HBG1/2 qui agit sur la synthèse d’hémoglobine chez le fœtus. « L’administration de l’éditeur de bases sous forme de protéine au moment de la fécondation ou au stade pronucléaire a permis un développement normal jusqu’au stade blastocyste et la dérivation de lignées de cellules souches éditées, précise l’étude. A l’inverse, l’introduction de l’éditeur sous forme d’ARN a entraîné un arrêt précoce de l’embryon. »

Si les embryons ont été modifiés « avec succès », toutes les cellules filles n’étaient pas porteuses de l’édition effectuée, générant des embryons mosaïques (cf. Mosaïcisme : observer l’autocorrection des embryons humains, et la stimuler ?). Selon les chercheurs, effectuer l’édition génétique 5 à 12 heures après la fécondation pourrait éviter ce phénomène.

L’étude est pour le moment seulement prépubliée sur le serveur bioRxiv[2]. Elle doit encore faire l’objet d’une évaluation par les pairs en vue d’une publication dans une revue scientifique.

[1] Des chercheurs considèrent que d’autres méthodes que celle utilisée pour l’étude auraient permis de vérifier de façon plus fiable l’existence d’effets hors-cible. Ils estiment également que le choix de l’éditeur de base a permis d’éviter les difficultés qui auraient pu être rencontrées avec une autre base.

[2] Efficient base editing and development in human embryos without chromosomal alterations, https://doi.org/10.64898/2026.05.30.728989

Sources de la synthèse de presse : New Scientist, Michael Le Page (05/06/2026) ; The New-York Times, Carl Zimmer (04/06/2026) ; The Wall Street Journal, Aylin Woodward et Alex Janin (05/06/2026)