« Entre la vie et la mort » : des cerveaux humains étudiés, post-mortem, en dehors de leurs corps

Publié le 5 juin 2026
« Entre la vie et la mort » : des cerveaux humains étudiés, post-mortem, en dehors de leurs corps
© iStock - Eoneren

La start-up californienne Bexorg a développé un dispositif destiné à « maintenir en vie » des cerveaux issus de personnes décédées. En rétablissant certaines fonctions de cerveaux provenant de donneurs décédés, la plateforme BrainEx « permet aux chercheurs d’observer de près comment de potentielles thérapies pourraient agir au sein de cerveaux atteints de maladies neurodégénératives telles que la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer ou la sclérose latérale amyotrophique », affirme la société.

Des cerveaux irrigués mais anesthésiés

Une fois le cerveau connecté aux machines BrainEx, un poumon et un rein artificiels oxygènent et filtrent les fluides qui circulent dans l’organe. « Avec la plupart de ses fonctions clés intactes mais son activité électrique neutralisée par une anesthésie, le cerveau oscille entre la vie et la mort. » Et « alors qu’il métabolise des médicaments expérimentaux, des capteurs enregistrent ses réactions, capturant des centaines de points de données ». Après avoir subi ce régime pendant 24 heures, le cerveau est « découpé en centaines de morceaux » pour une étude « plus détaillée ».

Créée il y a 5 ans, Bexorg a cultivé et étudié plus de 700 cerveaux humains[1]. Selon ses développeurs, le système BrainEx « offre des conditions bien plus réalistes pour tester des médicaments que les animaux de laboratoire ou les cellules en culture ». A ce jour, seuls les premières expériences, menées sur des cerveaux de porc, ont été publiées[2]. Le PDG de Bexorg, le Dr Zvonimir Vrselja, indique qu’un article sur les cerveaux humains est en préparation.

Un système lucratif ?

Après être restée dans l’ombre ces dernières années, l’entreprise se développe. Elle a, à ce jour, levé 42,5 millions de dollars. Son nouveau laboratoire sera doté d’un bras robotisé long de 1,2 mètre afin d’« automatiser le processus de découpage de 1600 cerveaux par an » et l’analyse qui suivra.

La société pharmaceutique Biohaven s’apprête à lancer un essai clinique en partenariat avec Bexorg. Son directeur scientifique, Bruce Car estime « qu’en prédisant la sécurité et l’efficacité d’un traitement mieux que ne le permettent les modèles animaux ou cellulaires, ce système pourrait faire gagner des années et économiser des millions de dollars par rapport aux processus traditionnels de développement de médicaments ».

Un problème de conscience ?

Mais ces travaux soulèvent des préoccupations. Ces cerveaux pourraient-ils « reprendre conscience », ressentir de la douleur ou conserver des souvenirs ?

« Les cerveaux sont déjà presque dépourvus de l’activité neuronale coordonnée qui est nécessaire, même pour une conscience minimale », veut rassurer Brendan Parent, bioéthicien à l’université de New York Langone Health et l’un des six éthiciens du comité consultatif de Bexorg. Pour s’en assurer, l’entreprise prévient également toute activité électrique en administrant un anesthésique, le propofol. Or « comme les cerveaux manquent d’activité électrique, ils ne permettent pas de déterminer si un médicament provoquera des convulsions ». Bexorg prévoit à terme de supprimer l’anesthésie sur certaines coupes.

L’entreprise espère en outre parvenir à conserver les cerveaux dans le dispositif BrainEx pendant deux semaines « afin de recueillir beaucoup plus de données sur les processus à long terme, tels que la plasticité cérébrale en réponse aux traitements ».

[1] Bexorg se procure des cerveaux « en partenariat avec des organisations qui collectent des organes donnés à des fins de transplantation »

[2] Vrselja Z, Daniele SG, Silbereis J, Talpo F, Morozov YM, Sousa AMM, Tanaka BS, Skarica M, Pletikos M, Kaur N, Zhuang ZW, Liu Z, Alkawadri R, Sinusas AJ, Latham SR, Waxman SG, Sestan N. Restoration of brain circulation and cellular functions hours post-mortem. Nature. 2019 Apr;568(7752):336-343. doi: 10.1038/s41586-019-1099-1

Source de la synthèse de presse : Science, Sara Reardon (20/05/2026)