PMA, don d’organes : l’ABM publie son rapport d’activité et les moyens sont au rendez-vous

PMA, don d’organes : l’ABM publie son rapport d’activité et les moyens sont au rendez-vous
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6154 greffes, 2238 patients ayant bénéficié d’une greffe de moelle osseuse, plus de 20 000 demandes de consultation en vue d’une autoconservation non médicale d’ovocytes (cf. Rapport scientifique de l’ABM : « Le nombre de demandes d’autoconservation des ovocytes a surpris par son ampleur »), 2 décisions de recherche sur l’embryon et 1 déclaration de protocole de recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines. Le tout pour un budget qui dépasse les 95 millions d’euros. L’Agence de la biomédecine (ABM) dresse le bilan de l’année 2025 dans son rapport d’activité publié le 16 avril.

L’année 2026 sera la dernière des trois plans de l’Agence[1], la dernière aussi de son contrat d’objectifs et de performance, précise sa directrice générale, Marine Jeantet. Alors qu’elle a été reconduite dans ses fonctions, elle espère préparer une nouvelle feuille de route « si possible avant les élections de 2027 » (cf. Don d’organes, PMA : la directrice de l’ABM défend son bilan devant le Parlement, sans évoquer la recherche sur l’embryon).

Des médecins formés au don d’organes dès l’internat

En matière de dons d’organes, Marine Jeantet souligne le développement du « don croisé » et pointe la réalisation d’un quadruplet, soit quatre paires donneur-receveur (cf. Dons croisés : un quadruplet en France et en Suisse). L’ABM entend également renforcer son offre de formation.

« En 2023, l’Agence de la biomédecine a lancé les premiers enseignements dédiés aux internes spécialisés en anesthésie-réanimation et en médecine intensive-réanimation, précise le rapport. Cette formation s’est étendue à la plupart des régions françaises en 2025. » « Ce dispositif vise à ancrer, dès la formation initiale, les réflexes essentiels liés au repérage et à la prise en charge des donneurs d’organes, dans les spécialités où ces situations sont les plus fréquentes », argumente l’Agence. Ainsi, en 2026, elle prévoit « d’intensifier ces formations et de les étendre à la neurologie, tout en poursuivant le déploiement engagé en 2025 auprès des internes en réanimation pédiatrique ». En 2025, le don pédiatrique a connu une hausse de 60% par rapport à l’année précédente.

« Plusieurs services de réanimation pédiatrique se sont aussi engagés dans la mise en œuvre du don après arrêt circulatoire contrôlé, avec les premières conventions signées en 2025 », rappelle le rapport (cf. Don d’organes : le protocole Maastricht III s’étend aux enfants) Des procédures qui sont effectuées dans le cadre d’un protocole d’arrêt des traitements[2].

Même si l’« étanchéité des filières » entre la réanimation et la coordination des prélèvements doit être assurée d’après les protocoles définis, les professionnels interrogés dans le cadre d’une étude parue en 2023 « reconnaissent » « que pour penser et aboutir au prélèvement d’organes les deux équipes doivent interagir et être intimement mêlées »[3]. La perspective d’un don d’organes pourrait-elle influer sur la décision des médecins ?

Les jeunes au centre de l’attention

L’ABM ne veut pas seulement former de futurs médecins. Elle veut aussi « sensibiliser » les jeunes en utilisant « leurs codes ». En 2025, l’Agence de la biomédecine a diffusé de nouveaux épisodes d’une websérie baptisée « Les Zorganes » et destinée à un public jeune, dès 16 ans. « Pensée dès l’origine pour les réseaux sociaux, la série animée humoristique met en scène la vie secrète des organes, sans évoquer la mort ni recourir à des images médicales, permettant une tonalité plus légère », explique le rapport.

Ainsi, l’ABM parle du don d’organes sans parler de la mort comme elle fait par ailleurs la promotion du don de gamètes sous le slogan #FaitesDesParents. Pourtant, Isabelle Théophile, chargée de communication à l’ABM affirme vouloir transmettre « une information juste et fine ». Une information « juste et fine » qui consiste par exemple à faire parler un cœur qui évoque « les trucs de fou » faits avec « son ex-corps »[4]. « Si je continue à faire le malin c’est parce que mon ancien cerveau en avait parlé à sa famille », poursuit le cœur. « C’est le moment de rappeler à ta famille que t’es donneur, comme ça même en cas de malheur la vie continue ! » interpelle enfin un rein qui se réveille dans « son nouveau corps » après un son évoquant un accident de voiture. Faire entendre que l’on peut « vivre à l’infini » et que nous ne serions qu’une juxtaposition d’organes, est-ce vraiment « juste et fin » ?

« Les Zorganes ont été pour l’Agence le moyen d’investir durablement de nouveaux espaces de dialogue », indique le rapport. « Cette camapgne nous a permis d’entrer sur TikTok, au cœur de la tranche d’âge que nous souhaitions toucher, avec un ton qui lui ressemble », déclare Madeleine Claeys, chargée de communication médias à l’Agence. « Avec les Zorganes, l’Agence réaffirme ainsi son expertise en marketing social et sa capacité à innover sur de nouveaux canaux de communication, pour être au plus près de ses publics-cibles et lutter efficacement contre la désinformation propagée par les réseaux sociaux », poursuit le document.

Des campagnes d’information ou de marketing ?

Que ce soit pour promouvoir le don d’organes ou le don de gamètes, des campagnes d’ampleur sont en effet mises en œuvre, y compris auprès de publics jeunes, au plus près des populations.

« A La Réunion et en Guadeloupe, l’Agence a intensifié en fin d’année 2025 ses actions de sensibilisation au don d’ovocytes et de spermatozoïdes, indique le rapport d’activité de l’ABM. Podcasts avec des médecins et des donneurs, spots audio, partenariats avec des influenceurs, distribution de flyers dans l’espace public et lors d’événements sportifs, diffusion de la campagne #FaitesDesParents et déploiement de kits de mobilisation dans les centres de don ont permis d’informer les habitants, de lever certaines idées reçues et d’encourager le passage à l’acte dans des territoires où les besoins restent importants. » (cf. « Faites des parents » : l’ABM fait aussi sa rentrée)

Et en métropole, « le Tour #FaitesDesParents a fait escale dans 10 villes de France ». Dans les centres villes ou à proximité des universités, le bus de l’ABM a interpellé les passants. « Avec toujours la possibilité de prendre un premier rendez-vous dans le centre de don le plus proche de chez soi. » (cf. Don de gamètes : l’ABM recrute à la sortie des facs)

Une « mobilisation » qui « s’est prolongée sur le numérique », « avec une hausse marquée des visites sur les sites dondovocytes.fr et dondespermatozoïdes.fr, une augmentation des interactions sur les deux comptes Instagram animés par l’Agence, ainsi que sur les publications des influenceurs partenaires du Tour. »

« Faire progresser cette chaîne de solidarité » ?

Dans son manifeste, l’ABM affirme : « Le don, c’est ce qui nous rassemble » ; « nous donnons, chacun à notre manière, pour la santé de tous » (cf. « Le don de produits du corps humain » : une audition de l’OPECST pour promouvoir. Et interroger ?). « A l’Agence de la biomédecine, depuis 20 ans notre raison d’être est de faire progresser cette chaîne de solidarité ». Une rhétorique bien huilée et particulièrement efficace notamment auprès des jeunes, souvent pétris d’idéaux (cf. « Les jeunes », faux héros et vraies proies de notre époque).

Mais alors que depuis le 31 mars 2025, tous les gamètes utilisés pour une procréation médicalement assistée avec tiers donneur doivent permettre un accès aux origines pour les enfants issus de ce don (cf. PMA : le droit d’accès aux origines devient effectif. En théorie.), les jeunes qui offrent leurs cellules reproductrices à 18 ou 20 ans mesurent-ils réellement les enjeux ?

La génétique : un nouveau champ de bataille

Interrogée sur les perspectives, Marine Jeantet anticipe : « Nous avons une perspective à construire concernant la génétique : un champ pour l’instant moins investi à l’Agence mais dont l’importance va exploser dans les années à venir. Ainsi, nous allons nous positionner pour accompagner cette révolution, comme nous l’avons fait pour les parcours AMP. » L’ABM était en effet présente lors du colloque coorganisé avec l’institut Imagine et le CCNE le 19 mars dernier afin de promouvoir le dépistage génétique préconceptionnel (cf. « Génétique et Société » : autoriser le dépistage préconceptionnel au nom de la science ?). Une des dispositions qui sera sans aucun doute au cœur de la prochaine révision des lois de bioéthique.

Et l’ABM dispose des moyens nécessaires : « Nous nous sommes vu confier un budget en augmentation, avec de nouvelles missions », se réjouit Marine Jeantet. « Pour y satisfaire, on nous a même proposé de créer un poste supplémentaire », précise-t-elle. « Je trouve que dans un contexte « tendu ailleurs », c’est une belle reconnaissance de notre travail », juge la directrice.

Il semble en effet que cela traduise les priorités de l’Exécutif. Les Français ont-ils les mêmes ?

[1] Plan ministériel pour le prélèvement et la greffe d’organes et de tissus 2022-2026 ; Plan ministériel pour le prélèvement et la greffe de cellules souches hématopoïétiques 2022-2026 ; Plan ministériel pour la procréation, l’embryologie et la génétique humaines 2022-2026

[2] Dit Maastricht 3

[3] Milena Maglio et François-Xavier Goudot, Le prélèvement d’organes de type Maastricht 3 Du discours bioéthique au langage ordinaire, Med Sci (Paris) 2023 ; 39 : 975–980, https://doi.org/10.1051/medsci/202317

[4] Episode Vivre à l’infini – Les Zorganes S2