Fin de vie, manuel de résistance – Claire Fourcade

Publié le 3 juin 2026
Fin de vie, manuel de résistance – Claire Fourcade
livre
© iStock - Jacob Ammentorp Lund

« Passé un certain nombre de rides ou de milligrammes de morphine, le monde moderne a décrété que respirer encore devenait un acte d’incivisme majeur. » C’est le constat sévère, mais juste, du Dr Claire Fourcade. Ancienne présidente de la SFAP, la Société d’accompagnement et de soins palliatifs, le médecin signe un « Manuel de résistance ».

Car l’heure est grave. La pression militante se fait écrasante afin de parvenir à obtenir une loi autorisant l’euthanasie et le suicide assisté, une loi soi-disant « attendue par une large majorité de Français ». Pourtant Claire Fourcade en témoigne : « Pas un seul patient (je dis bien : pas un seul) ne m’a parlé de ce débat depuis la première lecture à l’Assemblée nationale au printemps 2025. Personne pour me demander où en est la loi mais bien plus souvent pour s’inquiéter du départ à la retraite d’un médecin non remplacé ou de la difficulté croissante à trouver des aides à domicile… »

« Parce que nous pensons [que cette loi] est de nature à faire peser sur les plus fragiles l’injonction de se demander s’ils ont leur place dans notre société, parce que nous pensons que la souffrance appelle le soin et non la mort, nous faisons de la résistance. » « Les soins palliatifs sont nés révoltés, subversifs, anticonformistes, insoumis, résistants et engagés », souligne Claire Fourcade. « Les soins palliatifs nés de la contestation du système, du refus des pratiques euthanasiques, et de l’insoumission à l’ordre établi pourraient-ils n’avoir été qu’une « parenthèse de l’histoire » ou, au contraire, seront-ils une philosophie de résistance, des lieux de persistance et l’avenir du soin ? » interroge-t-elle. « Nous pouvons résister. Peut-être même le devons-nous. »

Dans un plaidoyer émaillé de témoignages et « d’autres voix », Claire Fourcade partage des convictions mais aussi, surtout, une expérience. La proximité avec la personne malade, le goût du soin « qui valorise la dignité de chaque individu, l’écoute, l’humanité et l’acceptation de la mort, face à un modèle dominant qui valorise la per formance, la rentabilité, la guérison et la négation de la finitude », la familiarité avec la mort, l’attention à toute vie « dans sa diversité et sa fragilité et quelle que soit sa condition ». Des vies précieuses, à la valeur « inestimable et irréductible ».

Et face à l’invocation des principes de liberté et de fraternité pour justifier la mort administrée, Claire Fourcade corrige :« La résistance à la légalisation de l’euthanasie n’est pas un refus de la liberté individuelle, elle est une affirmation de notre responsabilité collective. Elle n’est pas un déni de la souffrance, mais un refus de lui donner le dernier mot. »

« Ensemble, nous pouvons résister à la pensée dominante et donner un sens politique et collectif à cette résistance, interpelle-t-elle : l’euthanasie n’est pas une fatalité, mais un choix, et il existe un autre choix, celui de la vie accompagnée. »

Le combat n’est pas terminé. Sommes-nous prêts à résister ?

Editeur : Fayard :

Date de publication : 22/04/2026

Nombre de pages : 224