« Aide à mourir » : un calendrier serré pour faire adopter le texte avant l’été

Publié le 4 juin 2026
« Aide à mourir » : un calendrier serré pour faire adopter le texte avant l’été
© Pixabay

Après l’échec de la commission mixte paritaire, la proposition de loi visant à autoriser l’« aide à mourir » revient à l’Assemblée nationale pour une troisième lecture, dès la semaine prochaine. La commission des Affaires sociales se saisira du texte à partir du 8 juin et terminera ses travaux le 15. Il sera ensuite examiné dans l’Hémicycle lors de la semaine du Gouvernement, du 22 au 26 juin. Et c’est dès le 7 juillet que le Sénat procèdera à la troisième lecture, lors d’une session extraordinaire qui devra être convoquée par le président de la République.

Le ministre des Relations avec le Parlement a annoncé que le dernier mot serait donné aux députés à l’issue de cette lecture, et que le vote solennel interviendrait le 15 juillet (cf. Un vote définitif de l’« aide à mourir » le 15 juillet ? La pression des militants, le silence du Premier ministre). Sur un sujet si grave, le Premier ministre semble adopter la position de Ponce Pilate. Il garde le silence.

Un coup de force ?

Ce calendrier serré est dénoncé comme un coup de force par les opposants à l’« aide à mourir ». Les rapporteurs du texte à l’Assemblée nationale considèrent au contraire que la question aurait été suffisamment examinée.

Ils mettent en avant la convention citoyenne qui pourtant n’aura été qu’un outil supplémentaire aux mains des militants (cf. Convention citoyenne : la caution sociétale du projet de loi ; Fin de vie : un processus construit pour aboutir à légaliser l’euthanasie ?)[1]. Ils pointent également du doigt la Chambre haute : « depuis plus d’un an, le Sénat s’efforce avec minutie et méthode d’empêcher l’aboutissement d’un texte pourtant attendu par une large majorité de Français »[2] affirment-ils, oubliant de préciser que le rejet du texte par les sénateurs est le fruit d’une « coalition des contraires », des sénateurs opposés au texte et de ceux qui considèrent qu’il n’allait pas assez loin (cf. « C’est aux Français de trancher sur cette question anthropologique » : l’« aide à mourir » enterrée une 2e fois par le Sénat). Omettant aussi de préciser que, loin du large consensus, la majorité de députés en faveur de la proposition de loi se resserre au fil des lectures, dépassant à peine les 53% (cf. « Peut-on parler de libre choix quand l’accès aux soins palliatifs reste inégal selon les territoires ? » : une courte majorité de députés adopte « l’aide à mourir » en 2e lecture). Cela suffit-il à rendre légitime un tel bouleversement de notre société ?

Quelles priorités ?

Ce calendrier serré laisse penser qu’il y a urgence. Urgence à inscrire le suicide assisté et l’euthanasie dans la loi française. Les Français n’auraient-ils pas d’autres priorités ? Les enquêtes montrent qu’ils privilégient l’accès aux soins contre l’ouverture de ce nouveau « droit » (cf. L’euthanasie : une priorité seulement pour les militants ; Une nouvelle enquête sur la « fin de vie » montre que les Français accordent la priorité aux soins palliatifs, pas à l’euthanasie).

Ce jeudi une étude de la Drees[3] révèle d’ailleurs que les Français les plus modestes ont des risques très supérieurs de développer des cancers « de mauvais pronostic ». Ils développent plus souvent des cancers associés à des chances de survie plus faibles et subissent des formes plus agressives.

Cette loi de « liberté », de « fraternité » ne signera-t-elle pas un nouvel abandon des plus fragiles de notre société ? (cf. « Là sont l’urgence et la fraternité : offrir à tous un droit effectif à être soigné et accompagné dignement »)

[1] Le député Patrick Hetzel recense : « opacité sur les critères de choix des orateurs, exclusion d’ouvrages hostiles à la légalisation de l’euthanasie dans la bibliographie à disposition des conventionnels (cf. Convention citoyenne : un parti pris qui ne se cache pas), interventions de promoteurs des systèmes belge et suisse dès le début de la procédure (cf. Lancement de la convention citoyenne : beaucoup de questions, et d’inquiétudes), absence de débat contradictoire avec les promoteurs des législations étrangères de légalisation de l’euthanasie (Belgique, Québec, Suisse), emploi systématique du terme « d’aide active à mourir » au cours des débats, discussion limitée à une heure quinze sur 27 jours de phase délibérative entre tenants et adversaires de l’euthanasie (cf. Convention citoyenne : début (et fin ?) de la délibération), mise à l’écart de philosophes et d’éthiciens réservés sur la légalisation de l’euthanasie (cf. Fin de vie : une convention manipulée ?), limitation de la voix des médecins à une seule matinée, refus d’organiser des visites d’unités de soins palliatifs sur le terrain ».

[2] AFP (02/06/2026)

[3] DREES, Hadrien Le Mer, Diane Naouri, Romain Varnier (Inserm), Incidence des cancers : les personnes modestes développent plus souvent des formes graves, diagnostiquées plus tardivement (04/06/2026)