Une nouvelle enquête sur la « fin de vie » montre que les Français accordent la priorité aux soins palliatifs, pas à l’euthanasie
La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), en partenariat avec les Associations familiales catholiques, a publié une étude sur l’opinion des Français à propos de la proposition de loi « relative au droit à l’aide à mourir »[1]. Il apparait clairement que la préférence est accordée aux soins palliatifs, que, contrairement à ce qu’affirme l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), l’engouement sur le suicide assisté n’existe pas et que la proposition de loi suscite des peurs concernant les personnes vulnérables.
Une Assemblée nationale loin d’être unanime
En introduction de l’enquête, Dominique Reynié, professeur à Sciences Po et directeur général de la Fondapol, rappelle avec précision les résultats du vote l’Assemblée nationale en première lecture, le 27 mai 2025 (cf. « Peu de votes mettront autant en jeu notre conscience » : les députés adoptent en première lecture la proposition de loi sur les soins palliatifs et le texte relatif au « droit à l’aide à mourir »). Parmi les parlementaires présents lors du vote, 305 députés ont voté pour, 199 ont voté contre et 57 se sont abstenus. Si l’on prend en compte l’ensemble des députés inscrits, c’est-à-dire 577, en incluant les 16 députés absents le jour du vote, la proposition de loi visant à autoriser le suicide assisté a été adoptée en première lecture par 52,8% des députés. Dominique Reynié parle d’un « contraste saisissant entre l’étroitesse de ce résultat et l’extrême gravité de l’enjeu ».
Les Français se disent intéressés, mais en savent peu sur le sujet
Le sondage de la Fondapol s’interroge sur le niveau d’intérêt des Français pour la fin de vie, ainsi que sur leur niveau de connaissance du sujet et de ses enjeux. La plupart (82%) des personnes interrogées disent s’intéresser au débat des deux propositions de loi et les deux tiers (65%) assurent se sentir concernées. Pour autant, le niveau d’information reste faible, 60% des répondants admettent « ne pas chercher d’informations sur le sujet » (cf. L’« aide à mourir », une priorité des Français ? L’éclairage de l’« Observatoire de la fin de vie 2025 »)
Un précédent sondage aux questions insuffisantes et biaisées
Jusqu’à présent, l’opinion de la société française était présentée à travers les résultats du sondage annuel commandé à l’Ifop par l’ADMD (cf. Fin de vie : les sondages « ne procurent jamais une vérité de l’opinion »). Le dernier en date a été réalisé au printemps 2024.
Le sondage en question comporte deux questions seulement, à savoir : « Certaines personnes souffrant de maladies insupportables et incurables demandent parfois aux médecins une euthanasie, c’est-à-dire qu’on mette fin à leur vie, sans souffrance. Selon vous, la loi française devrait-elle autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent ? » ; ainsi que : « Vous personnellement, approuveriez-vous l’autorisation pour les personnes souffrant de maladies insupportables et incurables de recourir à un suicide assisté, c’est-à-dire au fait que ces personnes prennent un produit létal (mortel), en présence d’un médecin, pour mettre fin à leurs souffrances ? ». Le suicide assisté est ainsi présenté comme la seule réponse possible à la souffrance d’un patient. Face à une alternative entre la souffrance et le soulagement de cette souffrance, de façon prévisible, les personnes interrogées penchent vers la seconde option, à 92% et 89% respectivement (cf. Souffrir ou mourir, est-ce vraiment la question ?).
Un nouveau sondage qui laisse la place aux soins palliatifs
Le sondage de la Fondapol, quant à lui, comporte davantage de questions, et présente aux sondés la possibilité du recours aux soins palliatifs comme réponse à la douleur dans le cas d’une maladie grave et incurable.
« Imaginez que l’euthanasie soit légale en France et qu’un de vos proches soit gravement malade. Personnellement, préféreriez-vous … Qu’il bénéficie de soins palliatifs de qualité, ou qu’on opère sur lui une euthanasie, c’est à dire une injection létale ? ». Ainsi interrogés, 52% des personnes expriment leur préférence pour une fin de vie accompagnée par les soins palliatifs, et seulement 38% d’entre elles se disent favorables à une fin de vie provoquée par une injection létale. Si l’on considère uniquement les « opinions exprimées », c’est-à-dire en laissant de côté les « sans réponse » (10%), la préférence pour les soins palliatifs atteint les 58%.
Plus largement, 50% des sondés estiment qu’il faut assurer l’offre de soins palliatifs partout en France avant d’envisager la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté – dans un contexte où 20 départements ne sont toujours pas pourvus d’unités de soins palliatifs (USP), et où près de la moitié des patients qui devraient en bénéficier n’y ont pas accès (cf. « L’enjeu n’est même plus de développer les soins palliatifs. Il s’agit d’éviter leur écroulement »).
Les jeunes davantage attachés aux soins palliatifs et inquiets pour les personnes vulnérables
Le soutien aux soins palliatifs est particulièrement présent chez les plus jeunes, avec une proportion de 62% chez les 18-24 ans et 57% parmi les 25-34 ans.
Cette tranche d’âge est également nettement plus sensible à la question de la vulnérabilité de certains patients qui peut les rendre influençables face à la possibilité du suicide assisté. Au total, 52% des personnes interrogées craignent le fait que l’on ait « davantage recours à l’euthanasie ou au suicide assisté pour les personnes fragiles psychologiquement et physiquement », et cette crainte touche 63% des moins de 35 ans et 58% des moins de 50 ans.
Des craintes proportionnelles au niveau d’information sur le sujet
Il est intéressant de voir que plus une personne s’est informée sur le sujet, plus ses craintes concernant cette proposition de loi sont grandes. Ainsi, une moyenne de 46% des répondants « craignent l’extension de l’euthanasie ou du suicide assisté aux mineurs ou aux personnes en situation de handicap intellectuel ». Ces personnes sont-elles toutes au fait des évolutions de la pratique de l’euthanasie dans les pays où elle a été légalisée ? (cf. « Déclaration anticipée élargie » : le Comité d’éthique belge veut autoriser les euthanasies en cas de démence). Parmi les répondants qui déclarent « tout à fait » rechercher des informations sur le sujet, 62% des sondés expriment cette crainte, un chiffre bien supérieur à la moyenne des personnes interrogées sur le sujet.
La Fondapol attire l’attention sur la proportion élevée de personnes qui restent « sans réponse », à savoir 14%, et parle d’un « débat escamoté ». Cette incapacité à répondre concerne en particulier des catégories vulnérables comme les catégories socio-professionnelles inférieures (les CSP-), les inactifs, les chômeurs ou les personnes isolées.
Les sondés rejettent les modalités du suicide assisté telles qu’énoncées dans le texte
Qu’ils soient favorables ou non à une évolution de la loi, les sondés rejettent la plupart des conditions concrètes de mise en œuvre d’une « aide à mourir », telles que votées par les députés en 2025. Ainsi, s’opposant à ce qu’énonce le texte, 73 % d’entre eux jugent nécessaire de solliciter l’avis d’un psychiatre en cas de doute sur les capacités de discernement du patient et 68 % voudraient que les contrôles de respect des procédures de l’« aide à mourir » soient réalisés avant la mort, et non après.
En dépit de la pression militante (cf. Fin de vie : le calendrier d’examen des propositions de loi arrêté, sous la pression militante), les élus prendront-ils en compte la véritable opinion des Français ? (cf. L’« aide à mourir », une priorité des Français ? L’éclairage de l’« Observatoire de la fin de vie 2025 »)
[1] « Les Français n’approuvent pas la proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté », Dominique Reynié, sondage mené par la Fondapol et les Associations familiales catholiques (AFC), décembre 2025