L’« aide à mourir », une priorité des Français ? L’éclairage de l’« Observatoire de la fin de vie 2025 »
Le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie a publié[1] les résultats de l’enquête « Observatoire de la fin de vie » réalisée au printemps 2025 par l’institut de sondage Ipsos bva[2]. Il en ressort des conceptions hétérogènes, un niveau de connaissance que l’on peut considérer comme peu satisfaisant, et une priorité accordée non pas au « choix des modalités » de sa fin de vie mais à la prise en charge de la douleur et à la présence des proches (cf. Fin de vie : le calendrier d’examen des propositions de loi arrêté, sous la pression militante).
Parle-t-on de la même chose ? Des divergences sur la définition des termes
Alors qu’elle est au centre de toutes les discussions sur l’« aide à mourir » et les soins palliatifs, l’expression « fin de vie » est comprise de façon très variable. Pour 30% des répondants, le moment où commence la fin de vie correspond à celui de l’« aggravation d’une maladie grave et incurable ». Pour un quart d’entre eux (26%), ce moment correspondrait à la « perte de leur autonomie », et pour un Français sur cinq (20%), à la pose du « diagnostic d’une maladie grave et incurable » (cf. « Cette loi dévalorise les personnes comme moi » : l’autorisation du suicide assisté dans le Delaware devant la justice).
La représentation des soins palliatifs semble plus nette, une majorité des personnes interrogées (59%) les comprend comme « une approche globale soulageant les douleurs physiques et psychologiques de la personne malade et de ses proches ». En revanche, plus d’un quart (28%) des Français réduisent les soins palliatifs à la fin de vie. Ils ignorent que ces dispositifs peuvent être initiés dès l’annonce d’un diagnostic, pour soulager la douleur et soutenir l’entourage du patient. (cf. Soins palliatifs : la Vendée rejoint les départements sans unité dédiée ; Au Québec, « champion du monde » d’euthanasie, une nouvelle loi pourrait davantage limiter l’accès aux soins palliatifs)
Les Français sont-ils suffisamment bien informés sur les droits et dispositifs liés à la fin de vie actuellement en vigueur ?
En fait, à peine un Français sur deux (51%) « se dit bien informé », un chiffre qui n’évolue pas depuis 2022. Lorsque l’on tente d’évaluer leur niveau de connaissance effective, il s’avère qu’en effet seuls 53% des personnes interrogées peuvent être considérées comme « assez bien informées » (42%) ou « très bien informées » (11%). Le terme « directives anticipées », par exemple, est connu de 41% des Français, mais 22% d’entre eux seulement savent quel est leur objectif, 7% des personnes en ont rédigées. Cette proportion est de 32% parmi les personnes âgées de 65 ans et plus.
Un sujet globalement peu présent dans les préoccupations des Français
Seuls 40% des Français ont « réfléchi à leurs préférences pour leur fin de vie », et 22% d’entre eux attendrait de souffrir d’une maladie « à un stade avancé » pour évoquer le sujet.
Au total seuls 13% voudraient avoir cette discussion « avant d’être réellement confrontés à la fin de vie ».
Ni acharnement thérapeutique, ni choix du moment du décès
Les priorités des Français concernant leur fin de vie se dégagent nettement dans les résultats de l’enquête : il s’agit en premier lieu du « soulagement de la souffrance physique », cité comme un souhait important par une grande majorité des répondants (57%) ; et du fait d’être « entouré par ses proches » (55%). Ces aspects sont cités en tête de liste des priorités par respectivement 28% et 21% des personnes ayant répondu au sondage.
Le « maintien en vie le plus longtemps possible » n’est souhaité que par 8% des personnes interrogées. A l’opposé, la « possibilité de choisir le moment de son décès » ne fait pas non plus partie des priorités : elle n’est citée comme un souhait que par 29% des personnes et c’est la priorité de seulement 12% des Français. Par ailleurs, on peut s’interroger sur ce que recouvre « la prise en compte des besoins des proches », citée par 32% des répondants parmi leurs priorités (cf. Euthanasie « en duo » : il met fin à ses jours, elle, « entourée », change d’avis).
Un regard critique sur les lois actuelles… ou sur leur mauvaise application ?
Comme en 2022, les Français sont partagés quant à leur appréciation des lois actuelles sur la fin de vie. En effet 41% d’entre eux « estiment qu’elles garantissent le respect de leurs volontés et préférences pour leur fin de vie (-5pts depuis 2022) quand 44% estiment qu’elles ne le garantissent pas (-4pts) ». Une part non négligeable, et croissante (15%, +9pts), de la population ne parvient pas à se prononcer sur le sujet. Les personnes critiques sont particulièrement représentées parmi celles qui ont été confrontées à la fin de vie d’un proche au cours des 12 derniers mois. Une situation qui pourrait être résolue par le développement significatif des soins palliatifs ?
Elles expriment le « sentiment d’une inadéquation du cadre légal actuel (63%) ». Notamment du fait de « l’absence d’autorisation de l’aide à mourir en France (28%) », pour les personnes ayant évoqué la « possibilité de choisir le moment de son décès » comme une priorité. Par ailleurs, ces personnes sont très nombreuses (69%) à estimer que « l’accompagnement pour leur proche en fin de vie a été mauvais ». Est-ce que le souhait d’une « aide à mourir » a été une réaction de dépit face à une prise en charge, et en particulier des soins palliatifs, qui n’ont pas été à la hauteur des besoins du patient ? A-t-il seulement pu en bénéficier ? A quel pourcentage s’élève le regret de « l’absence d’autorisation de l’aide à mourir en France » parmi les répondants qui ont jugé satisfaisant la prise en charge de leur proche ? (cf. Canada : feu vert pour l’euthanasie d’une femme qui la demande faute d’opération chirurgicale)
Une chose ressort de cet Observatoire de façon certaine : l’obtention d’un « droit à l’aide à mourir » est une priorité pour les militants, pas pour les Français.
[1] Ipsos, Fin de vie : quelles sont les attentes des Français ? (05/12/2025)
[2] Observatoire de la fin de vie 2025 réalisé par Ipsos bva pour le Centre National Fin de Vie et Soins Palliatifs, Mai 2025