Olivia Maurel : « Dans toute société démocratique, les droits de l'enfant doivent primer sur les projets des adultes »
Le 15 juin, le think tank Meta Nova et la Déclaration de Casablanca organisent en collaboration un colloque sur le thème : « GPA : enjeux éthiques, juridiques et politiques pour la France » (cf. GPA : un colloque pour éclairer les enjeux éthiques, juridiques et politiques pour la France). Olivia Maurel, présidente de la Déclaration de Casablanca et elle-même née après une GPA, a accepté de répondre aux questions de Gènéthique. Entretien.
Gènéthique : Pourquoi avoir organisé ce colloque ?
Olivia Maurel : Parce que la GPA revient aujourd’hui dans le débat public comme si elle était une simple technique de procréation, alors qu’elle soulève des questions fondamentales sur les droits des femmes et des enfants. Nous avons voulu réunir des experts, des juristes, des médecins, des psychologues et des personnes directement concernées pour remettre au centre de la discussion ceux dont on parle le moins : les enfants nés de GPA et les femmes qui portent ces grossesses.
G : Vous-même êtes née d’une GPA. Quels sont les risques pour les enfants nés de cette pratique ?
OM : Chaque histoire est différente, mais une réalité demeure : la GPA organise délibérément la séparation entre un enfant et la femme qui l’a porté pendant neuf mois. On parle beaucoup du désir des adultes, mais trop peu de ce que ressent l’enfant. Dans mon cas, cette rupture a eu des conséquences profondes sur mon identité, mon sentiment d’abandon et ma construction personnelle.
Au-delà de mon histoire, la GPA prive également l’enfant de son histoire complète et de son droit à connaître ses origines. Un enfant peut être aimé et blessé à la fois. L’amour des parents d’intention n’efface pas nécessairement les conséquences de cette séparation programmée.
G : Selon vous, la GPA peut-elle être « éthique », comme le prétendent notamment certaines personnalités politiques ? Le « projet parental » doit-il primer sur toute autre considération ?
OM : Je ne crois pas qu’une GPA puisse être éthique, car elle repose toujours sur la mise à disposition du corps d’une femme et sur la remise programmée d’un enfant à la naissance. Le problème n’est pas seulement celui de l’argent. Même lorsqu’il n’y a pas de rémunération directe, il existe un contrat dont l’objet est la grossesse et l’enfant à naître.
Par ailleurs, le désir d’enfant est parfaitement légitime, mais aucun désir, aussi sincère soit-il, ne crée un droit à l’enfant. Dans toute société démocratique, les droits de l’enfant doivent primer sur les projets des adultes.
G : Alors que les violences faites aux femmes sont toujours plus dénoncées, la maternité de substitution ne serait-elle pas une nouvelle forme de violence ?
OM : Oui, parce qu’elle transforme les capacités reproductives des femmes en ressource disponible pour autrui. Dans les pays où la GPA se développe, ce sont presque toujours les femmes les plus vulnérables économiquement qui portent les enfants des plus favorisés.
Même dans les systèmes présentés comme « altruistes », les études montrent que les mères porteuses sont davantage exposées à certaines complications physiques et psychologiques. On ne peut pas parler d’émancipation lorsque le corps des femmes devient un moyen de satisfaire la demande d’autrui.
G : La Déclaration de Casablanca se mobilise depuis trois ans au niveau international. L’abolition de cette pratique vous semble-t-elle un objectif atteignable ?
OM : Oui. Lorsque nous avons lancé la Déclaration de Casablanca, beaucoup considéraient l’abolition de la GPA comme une cause perdue. Pourtant, en trois ans, nous avons vu émerger une prise de conscience mondiale. Des parlementaires, des magistrats, des experts des Nations unies et des responsables politiques commencent à reconnaître les dérives et les atteintes aux droits fondamentaux que cette pratique implique.
Nous avons déjà obtenu des avancées importantes dans plusieurs pays et le débat a profondément changé. Je suis convaincue que nous sommes au début du même mouvement historique que celui qui a conduit à remettre en cause d’autres formes d’exploitation humaine autrefois considérées comme inévitables. La question n’est plus de savoir si le débat aura lieu, mais quand la communauté internationale décidera enfin de protéger les femmes et les enfants de ce marché.