Consultation nationale de la SFAP : des soignants inquiets et en colère défendent leur attachement aux soins palliatifs
La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) vient de publier les résultats de sa 3e consultation nationale, après celles de 2021 et 2024. Elle retient l’hypothèse probable que la loi sur le « droit à l’aide à mourir » sera votée et pose aux professionnels de santé deux questions, sur leur ressenti vis-à-vis de cette future loi et leur perception de ce que devraient être les soins palliatifs dans 10 ans, dans un contexte où l’euthanasie serait intégrée à l’« offre de soins » (cf. « Aide à mourir » : les députés abandonnent le délit d’entrave mais réinstaurent le choix entre euthanasie et suicide assisté, qualifiés de « mort naturelle »). La SFAP interroge dans ces termes les professionnels du soin : « Qui voulons-nous être collectivement dans dix ans ?».
La probabilité d’une future loi qui préoccupe les soignants
Les répondants sont des professionnels de santé ou bénévoles d’accompagnement, dont 42% sont adhèrents à la SFAP. Un total de 4.373 personnes ont donné leur avis lors de cette consultation.
La question de la future loi préoccupe la profession : depuis l’enquête menée en 2021, le nombre d’ouvertures du questionnaire et de réponses complètes a été multiplié respectivement par 2,4 et 1,8. L’échantillon compte 25,6% de médecins, 22% d’infirmiers, 14% de bénévoles et 8,3% de psychologues. Seuls 3% des répondants ont moins de 30 ans, et, dans leur grande majorité (84,5%), ils disposent d’une expérience professionnelle de plus de 5 ans.
Des soignants « inquiets », « méfiants » voire « en colère »
Les répondants ont un avis clairement négatif à propos de la proposition de loi sur l’« aide à mourir ». Un pourcentage très élevé d’entre eux (78,9%) se disent « préoccupés », 76,2% sont « méfiants », 76,1% se disent « inquiets » et 69,1% sont « insatisfaits ». 52,5% se déclarent même « en colère ».
Les courbes ont très peu évolué depuis 2024 – et rappelons que le nombre de répondants a plus que doublé. Ces personnes ne se sont pas « habituées à la loi », et n’ont pas été convaincues par les arguments déployés par les promoteurs de l’« aide à mourir ».
Bien au contraire, le taux de ressenti « le plus négatif » a augmenté : 36,1% se disent « très insatisfaits », contre 30% en 2024 ; 39,3% sont très inquiets, contre 36% il y a 2 ans (cf. « Depuis quatre ans, aucune de nos inquiétudes n’a été prise en compte » : les soignants demandent au Premier ministre de les entendre sur l’« aide à mourir »). Et, globalement, ce sont les médecins qui sont la catégorie de professionnels dont le ressenti est le plus négatif : 48,3% affirment être « très préoccupés ».
Quel cap pour l’avenir ?
Dans un 2e volet de l’enquête, les répondants se sont vu proposer un choix entre 4 scénarios possibles pour l’avenir : 1/ les soins palliatifs intègrent l’« aide à mourir » dans leur offre de soins ; 2/ la SFAP ne s’implique pas dans la mise en œuvre de la loi sur l’« aide à mourir », elle ne s’exprime plus dans le débat public ; 3/ la SFAP poursuit ses actions de plaidoyer pour défendre les soins palliatifs et, sans s’affranchir du cadre légal, continue d’affirmer que l’« aide à mourir » est en contradiction avec les valeurs du soin ; 4/ la SFAP continue de s’opposer fermement à la loi votée.
Le scénario 3, de « préférence pour les soins palliatifs », est très largement favorisé, avec 57,9% d’avis favorables, contre respectivement 17,5% et 17,4% pour les scénarios 1 et 4. Le 2e scénario n’a été choisi que par 2,7% des personnes interrogées.
Les professionnels de santé interrogés plébiscitent « une hiérarchisation claire des pratiques » analyse la SFAP dans un communiqué : « Face à la souffrance et à la demande de mort, la réponse privilégiée doit être, pour les répondants, la prise en charge palliative ».
En outre, le scénario jugé le plus « à éviter » par les répondants est celui de l’intégration de l’« aide à mourir » dans l’offre de soin, (le scénario 1) (cf. Fin de vie : « On est en train de remettre en cause l’éthique et les valeurs du soin »). Enfin, on peut souligner que 54,4% des répondants indiquent que leur avis leur semble partagé au sein de leurs équipes. Près d’un tiers toutefois a déclaré ne pas savoir si c’est le cas.
Un engagement « d’abord quotidien, concret, au chevet des patients et de leurs proches »
« L’engagement de la SFAP dépasse la question politique, rappelle le Dr Ségolène Perruchio, présidente de la SFAP. Il est d’abord quotidien, concret, au chevet des patients et de leurs proches. Et c’est précisément pour cette raison que nous prenons la parole et réfléchissons à la meilleure manière de continuer à faire notre travail, même si la loi sur le suicide assisté et l’euthanasie venait à être votée. » « Ces 4 373 soignants qui ont répondu ne nous demandent pas de nous renier ou de nous retirer : ils nous demandent de tenir, d’être utiles, et de rester debout pour eux et pour les patients, souligne le médecin. C’est exactement ce que nous ferons. » (cf. Claire Fourcade : « toutes les étoiles ne sont pas encore éteintes et la nuit n’est pas finie »)