Rapport scientifique de l’ABM : « Le nombre de demandes d’autoconservation des ovocytes a surpris par son ampleur »

Publié le 12 décembre 2025
Rapport scientifique de l’ABM : « Le nombre de demandes d’autoconservation des ovocytes a surpris par son ampleur »
© iStock - BongkarnThanyakij

En 2023, selon les données publiées par le rapport médical et scientifique de la procréation et de la génétique humaines de l’Agence de la biomédecine (ABM), « les activités de conservations de gamètes dans un cadre médical ou non médical ont augmenté de 25 % ». Au total 18 209 personnes ont eu recours à une conservation, 79 % en invoquant un « motif médical ».

L’explosion des autoconservations d’ovocytes non-médicales

Depuis 2022, date de début de l’autorisation de conservation autologue sans motif médical, « près de 5 400 femmes » ont fait conserver leurs ovocytes[1]. « Cette activité a doublé entre 2022 et 2023 (1 759 vs 3 645) et représente en 2023, 5 % des ponctions d’ovocytes toutes finalités confondues »[2], indique l’ABM. « Le nombre de demandes d’autoconservation des ovocytes a surpris par son ampleur », reconnait l’Agence.

Des femmes qui veulent souvent retarder une maternité, au risque de ne jamais devenir mère ? Lors des dernières rencontres de la biomédecine, le Pr Joëlle Belaisch-Allart, chef de service adjoint de médecine de la reproduction au centre hospitalier des 4 villes à Saint Cloud, témoignait voir en consultation des femmes nées, en très grande majorité, en 1984-1985. Des femmes qui pensaient « avoir le temps », et à qui elle doit annoncer qu’à 42 ans la probabilité d’obtenir une naissance est de 7 %. Or le nombre de femmes qui font conserver leurs ovocytes alors qu’elles sont dans une relation stable, en couple voire mariées, est passé de 8% à 40%. Une tendance qui inquiète le médecin qui dénonce la « confiance imméritée » dont bénéficient les techniques de PMA (cf. PMA : à la recherche d’une nouvelle « baguette magique » ?).

Des embryons qui s’implantent moins bien s’ils sont obtenus avec des ovocytes « réchauffés »

Au-delà de l’avancée en âge qui réduit les chances de donner naissance à un enfant, les ovocytes « réchauffés » sont des ovocytes abimés. Le taux d’implantation par embryon transféré se stabilise à 17,6 % en 2023[3], précise le rapport de l’ABM, mais reste inférieur à celui des embryons obtenus à partir d’ovocytes frais (26 % et 23,7 % respectivement en FIV et en ICSI[4] intraconjugale). En outre « la possibilité d’un transfert n’est pas garantie » : « seules 71,3 % des tentatives de décongélations ovocytaires aboutissent à la réalisation du transfert d’au moins un embryon avec une moyenne d’ovocytes décongelés de 6,4 par tentative ».

« Cette information sur le taux actuel de succès a toute sa place dans le conseil à formuler lors du parcours de soin proposant une autoconservation d’ovocytes », souligne l’Agence de la biomédecine. « Il manque certes encore des précisions corrélant les taux de grossesse avec le nombre d’ovocytes décongelés et l’âge à la congélation pour une information plus complète sur les chances de naissance aux patientes candidates, indique-t-elle. Cette analyse plus fine sera possible avec de plus grands effectifs. »

Des ovocytes conservés avant d’être donnés ?

Une « mesure d’impact » de la disposition législative qui a introduit un « droit d’accès à la conservation des ovocytes sans motif médical » sera à réaliser dans les années à venir, « afin d’évaluer le délai avant utilisation, les chances de réussite et la proportion de femmes qui utiliseront leurs ovocytes ou les donneront pour un couple ou une femme en parcours d’AMP ». Car les ovocytes conservés et non utilisés par les femmes elles-mêmes pourraient venir alimenter le stock (cf. « Le don de produits du corps humain » : une audition de l’OPECST pour promouvoir. Et interroger ?).

Comme pour les spermatozoïdes, les dons d’ovocytes manquent. En 2023, 912 prélèvements d’ovocytes ont abouti à un don. 54,7% des femmes ayant fait don de leurs ovocytes n’avaient jamais procréé. Elles étaient 51,1% en 2022.

« L’ouverture depuis 2021 à l’autoconservation sans indication médicale a pour conséquence la dissociation complète entre don d’ovocytes et autoconservation chez les femmes n’ayant pas procréé depuis 2022 », souligne le rapport de l’ABM. « En 2021 encore 40,5 % des femmes nullipares[5] donneuses d’ovocytes associaient leur don à une autoconservation », précise-t-il. « En effet, la loi relative à la bioéthique du 2 août 2021 a modifié les activités de recueil des ovocytes en vue de don », explique l’Agence. « Auparavant, les femmes n’ayant jamais procréé pouvaient demander à conserver une partie des ovocytes prélevés pour elles-mêmes. » Mais « depuis la loi, une ponction d’ovocytes ne peut conduire qu’à une seule finalité » : « une donneuse d’ovocytes ne peut pas, dans le même temps, autoconserver des ovocytes pour raison non médicale ».

Au total, 520 enfants sont nés vivants après les 912 dons d’ovocytes effectués en 2023.

Des spermatozoïdes conservés, pour « raison médicale », avant une vasectomie

Même si le nombre de demandes d’autoconservation de spermatozoïdes est, lui, resté « confidentiel », il a toutefois connu une hausse de 12% entre 2022 et 2023.

Un phénomène est souligné par l’ABM : « le recueil et la conservation des spermatozoïdes avant une vasectomie est déclarée par les centres dans la catégorie « autoconservation pour raison médicale » par certains et « autoconservation pour raison non médicale » par d’autres », note l’Agence de la biomédecine. « Au regard du grand nombre de vasectomies réalisées chaque année, on peut supposer qu’une grande partie des conservations de spermatozoïdes le sont pour cette indication », considère-t-elle. Ce qui pourrait expliquer « l’écart du nombre de conservations entre hommes et femmes » : on recense en effet 2 fois plus de conservations de spermatozoïdes que d’ovocytes pour « raison médicale ».

Une étude Epi-Phare portant sur les données 2022 a montré que le nombre de vasectomies a été multiplié par 15 en 12 ans, passant de 1940 vasectomies en 2010 à 30 288 en 2022. Au total, 6,8% des hommes ayant eu recours à la vasectomie ont effectué une conservation préalable de leurs spermatozoïdes.

Des femmes qui n’ont pas d’enfant mais qui donnent leurs ovocytes, d’autres qui les font conserver pour être mère, peut-être, plus tard, des hommes qui subissent une vasectomie mais font conserver leurs gamètes… Et des enfants qu’on ne considère plus que comme le fruit d’un « projet parental » (cf. PMA, GPA : Omerta sur le sort de l’enfant).

« Le monde s’affole au sujet de l’écologie de la nature, mais, qu’en est-il des folies réalisées dans le domaine de l’engendrement, témoignant d’une absence d’écologie de l’Homme à l’aube de la vie ? » La question d’Anne Schaub, psychologue et psychothérapeute, est pour le moment sans réponse.

[1] Les conditions d’âge requises sont fixées par un décret en Conseil d’Etat : du 29ème au 37ème anniversaire pour les ovocytes et du 29ème au 45ème anniversaire pour les spermatozoïdes

[2] Les autoconservations médicales ont concerné 4 621 patientes.

[3] Transfert embryons après réchauffement ovocytaire et utilisation des gamètes du conjoint

[4] injection intra-cytoplasmique de spermatozoïdes, une technique particulière de fécondation in vitro dans laquelle un spermatozoïde est directement injecté dans chaque ovocyte mature prélevé

[5] Femmes n’ayant jamais accouché