PMA : à la recherche d’une nouvelle « baguette magique » ?

Publié le 3 octobre 2025
PMA : à la recherche d’une nouvelle « baguette magique » ?

Les 2 et 3 octobre se tenaient les deuxièmes rencontres de la biomédecine. « 2005-2025 : 20 ans à conjuguer éthique et innovation » : l’Agence de la biomédecine (ABM) dotée d’un budget de plus de 86 millions d’euros en 2024 se veut à la pointe sur les deux tableaux. Mais quelle éthique l’ABM prône-t-elle ? Les différentes interventions le révèlent : derrière un discours centré sur l’altruisme, c’est une logique utilitariste qui prévaut.

Après le discours introductif de Marine Jeantet, directrice générale de l’ABM, une séance plénière était proposée sur le thème « Sciences, conscience et soins : quels choix pour demain ? ». Une table ronde rassemblant quatre professeurs : le Pr Michel Tsimaratos, directeur général adjoint en charge de la politique médicale et scientifique à l’ABM, le Pr Hervé Chneiweiss, président du Comité d’éthique de l’Inserm, de l’EMBL et de EBRAINS; directeur de recherche émérite au CNRS et praticien hospitalier en neuro-oncologie à la Salpétrière (APHP – Sorbonne Université), le Pr Stanislas Lyonnet, professeur de génétique à la faculté de médecine de l’université Paris Cité et généticien clinicien de l’hôpital Necker- Enfants Malades à Paris, et enfin le Pr Joëlle Belaisch-Allart, chef de service adjoint de médecine de la reproduction au centre hospitalier des 4 villes à Saint Cloud. A leurs côtés, Virginie Rio, co-fondatrice du Collectif BAMP, censée représenter les patients (cf. L’ANDDE : une association militante qui veut peser sur la prochaine loi de bioéthique).

Une « confiance imméritée » accordée à la PMA

Neurosciences, xénotransplantation, procréation médicalement assistée (PMA), génétique. Les thèmes abordés sont divers. Un élément attire en revanche l’attention : après le Pr Lyonnet qui regrette qu’on ait « survendu » la médecine prédictive, le Pr Belaisch-Allart dénonce la « confiance imméritée » dont bénéficient les techniques de PMA (cf. PMA, GPA : « la croyance que tout est possible grâce à la science »).

Ce dernier rappelle avec insistance que le premier facteur de l’infertilité est l’âge maternel. Stanislas Lyonnet souligne également que le taux de mutations augmente drastiquement dans les gamètes masculins avec l’âge du père. Or, Joëlle Belaisch-Allart témoigne voir en consultation des femmes nées, en très grande majorité, en 1984-1985. Des femmes qui pensaient « avoir le temps », et à qui elle doit annoncer qu’à 42 ans la probabilité d’obtenir une naissance est de 7 %.

Des femmes pourtant en couple qui congèlent leurs ovocytes

Sur l’autoconservation des ovocytes le médecin fait le même constat. Elle qui considère cette technique « géniale » « en principe », observe un changement notable du profil des femmes qui souhaitent y avoir recours. De 8 % initialement, le taux de femmes en couple, voire mariées, pour qui simplement « ce n’est pas le moment » d’avoir un enfant, est passé à 40 %.

Et ces femmes restent sourdes à ses alertes quand elle leur rappelle que des ovocytes congelés n’auront jamais la même qualité d’ici quelques années que des ovocytes frais, utilisés aujourd’hui.

Comme les femmes qui n’écoutent que leur désir individuel, croyant pouvoir s’abstraire des contraintes imposées par leur corps, l’ABM semble, elle aussi, sourde aux alertes des praticiens. Accaparée par le fait de trouver des donneurs de gamètes pour « faire des parents » (cf. « Faites des parents » : l’ABM fait aussi sa rentrée).

DPI-A : le mirage d’une nouvelle « baguette magique »

Malgré le réalisme exprimé par certains, la foi dans la science semble garder ses fidèles. Ainsi, Virginie Rio réclame, au nom des patients, d’« optimiser les techniques d’AMP ». Selon elle, on « maltraite » les femmes et les couples en transférant des embryons qui n’ont pas de « potentiel implantatoire ». La revendication est claire, elle la porte depuis 13 ans : autoriser le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A, cf. DPI-A : le comité d’éthique de l’Inserm contourne le législateur).

Une demande qui fait réagir le Pr Belaisch-Allart. Bien que n’étant pas opposée à cette technique consistant à identifier les embryons ayant un nombre anormal de chromosomes pour ne pas les implanter, elle craint qu’on soit encore à la recherche d’une « baguette magique ». Revenant sur la question de l’âge, le médecin alerte : pour certaines femmes, pratiquer un DPI-A sur les embryons conduira à n’en implanter aucun (cf. Embryons mosaïques : le DPI face à ses limites ?).

Un choix de société qui se pose une fois de plus

Pourquoi une telle insistance alors qu’il existe des zones d’ombre ? Comme le souligne Hervé Chneiweiss, on ne sait rien sur l’implantation. Les embryons aneuploïdes peuvent bel et bien s’implanter et, parfois même, des embryons « prétendument défectueux se corrigent d’eux-mêmes pendant la grossesse » (cf. DPI-A : une étude démontre son invalidité ; Avons-nous tous été trisomiques ?). D’ailleurs, si ces embryons aneuploïdes n’avaient aucun « potentiel implantatoire » comme le prétend Virginie Rio, pourquoi avoir mis en place une politique de dépistage prénatal systématique de la trisomie 21 ? (cf. Dépistage prénatal : la trisomie 21 au cœur de la cible)[1]

Promouvoir le DPI-A, c’est en réalité accepter que toute notre société devienne intolérante au handicap et à la vulnérabilité (cf. « Si on va vers le DPI-A, collectivement, on accepte que toute notre société est intolérante au handicap »). Pourtant, Joëlle Belaisch-Allart l’a annoncé : le sujet sera à nouveau au programme des prochains états généraux de la bioéthique, et ce dès le mois de janvier 2026.

[1] Notons que le DPI-A ne recherche pas uniquement la trisomie 21 mais toutes les anomalies du nombre de chromosomes