L'ANDDE : une association militante qui veut peser sur la prochaine loi de bioéthique
A l’approche de la révision de la loi de bioéthique, une nouvelle association, créée fin 2023[1], sort du bois avec la parution d’une « tribune fondatrice » publiée dans le magazine Têtu[2] le 18 août.
L’Association nationale du don d’engendrement (ANDDE) qui se qualifie de « société savante » entend défendre un « don d’engendrement plénier, universel, inclusif, respectueux et libre », « pour accompagner tous les publics, célibataires et couples, cis-hétérosexuels et personnes LGBT » [3].
Un nouveau concept : le « don d’engendrement »
Pour promouvoir une totale libéralisation des pratiques de PMA, l’ANDDE met en avant un nouveau vocable : « le don d’engendrement ». « Le terme don d’engendrement vient de la sociologie et de l’anthropologie : il s’agit de définir une pratique sociale et non seulement médicale ou biologique », indique le Pr Mikaël Agopiantz, gynécologue coordonnateur du centre AMP du CHRU de Nancy et président de l’ANDDE.
Le « don d’engendrement » qui a déjà son acronyme, DDE, pour couvrir les pratiques d’un voile pudique (cf. La novlangue à la conquête de la bioéthique ?), recouvre selon l’association le don d’ovocytes, de spermatozoïdes, d’embryons, « ou encore d’utérus ». Dans un contexte de velléités de réglementation d’une prétendue GPA « éthique », la maternité de substitution sera-t-elle renommée « don d’utérus » ? (cf. GPA « éthique » : une « tromperie sémantique »)
Autoriser toutes les transgressions
Les ambitions de l’ANDDE ne sont pas minces : autoriser le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A), autrement dit le tri des embryons sur la base de leur génome (cf. « Si on va vers le DPI-A, collectivement, on accepte que toute notre société est intolérante au handicap »), la PMA post-mortem (cf. PMA, GPA post-mortem : naître orphelin), et la ROPA[4], une pratique qui consiste à féconder l’ovule d’une femme avec les gamètes d’un donneur avant d’implanter l’embryon obtenu dans l’utérus de sa partenaire (cf. Interdire la ROPA pour éviter « toute dissociation de maternité » : la CEDH donne raison à l’Allemagne).
Vers un marché français de la procréation ?
Mais l’ANDDE ne compte pas s’arrêter là. En effet, l’association juge « nécessaire » « d’autoriser davantage de centres à organiser le don, y compris des centres privés à but lucratif ». « Il est également indispensable d’indemniser le don, sur le modèle de la recherche clinique, afin de marquer la reconnaissance de la société pour ce geste altruiste, et d’augmenter le nombre de personnes qui donnent », considère l’association (cf. Dons de gamètes : aux Etats-Unis des influenceurs vantent leur « passe-temps » lucratif).
En outre, elle préconise de « faciliter l’importation de gamètes » (cf. Banques de gamètes : la France aussi est un marché). La GPA n’est pour le moment pas clairement évoquée (cf. Quand les mères porteuses « altruistes » expliquent leurs motivations : décryptage). Nul doute toutefois sur le fait qu’elle figure à terme à l’agenda de l’ANDDE.
« Ce progressisme n’est que le masque d’une idéologie libertarienne, expression d’un individualisme sans limite, où chacun revendique ses droits et fait valoir son projet personnel sans plus se soucier de la dimension citoyenne », dénonce Pierre Le Coz, professeur de philosophie à l’université Aix-Marseille[5]. En outre, les nombreux médecins qui sont membres de l’ANDDE n’auraient-ils qu’une motivation « altruiste » au développement de ces pratiques lucratives ?
L’enfant à naitre, « grand oublié de ce discours qui exalte pourtant le projet parental »
« Surtout, le point le plus problématique de cette tribune tient en l’affirmation d’un droit à engendrer pour tous sans qu’il soit jamais fait mention de l’enfant à naître, grand oublié de ce discours qui exalte pourtant le projet parental », dénonce Pierre Le Coz (cf. Le zygote « n’est pas un projet parental, il est un projet de lui-même »).
« L’éthique ne régule plus, elle s’adapte, au nom de l’autonomie toute puissante de l’individu, dans un contexte de dérégulation internationale à laquelle la France est sommée de se soumettre, pour la PMA comme pour la fin de vie », déplore de son côté Emmanuel Hirsch, professeur émérite d’éthique médicale.
Une volonté d’influence
L’ANDDE ne s’en cache pas, elle veut peser dans les futurs débats. « Nous, professionnels médicaux, médecins et pharmaciens, biologistes et cliniciens, des secteurs public et privé, chercheurs en sciences sociales, personnes concernées », « nous souhaitons améliorer les accompagnements sur des éléments concrets, et porter collectivement les réformes législatives et structurelles nécessaires dans l’organisation du don d’engendrement en France ».
« Nous souhaitons participer à la prochaine révision de la loi de bioéthique, dont les débats préliminaires débuteront dans quelques semaines au Comité consultatif national d’éthique (CCNE) puis au Parlement, poursuit la tribune. Nous militerons auprès des institutions et des élus pour promouvoir une vision progressiste et universaliste de la PMA sur l’ensemble des grandes questions. »
Présidée par le Pr Mikaël Agopiantz, l’association regroupe des professionnels de l’AMP, médecins et pharmaciens, biologistes et cliniciens, des secteurs public et privé, ainsi que des représentants de « personnes concernées »[6] et des universitaires du domaine des sciences sociales.
Sous couvert d’expertise, la « société savante » est un groupe militant. Les législateurs en seront-ils dupes ?
[1] Journal officiel des associations et fondations d’entreprise (26/12/2023)
[2] Têtu, Tribune, PMA pour toutes : « Il faut simplifier significativement les parcours de don » (18/08/2025)
[3] Le Quotidien du médecin, Coline Garré, Création de l’ANDDE, une nouvelle société savante pour améliorer l’accès à l’AMP (22/08/2025)
[4] Réception des ovocytes de la partenaire (« Réception des ovocytes de la ou du partenaire » pour l’ANDDE qui doit envisager le cas des hommes transgenres)
[5] La Croix, Antoine d’Abbundo, PMA : une nouvelle association veut « réformer » le cadre éthique (20/08/2025)
[6] notamment le collectif BAMP!