Le zygote « n’est pas un projet parental, il est un projet de lui-même »
« Dans les premières lois de bioéthique, la recherche sur l’embryon était interdite. Trente ans plus tard, sa protection juridique s’est effondrée. Pourtant, l’embryon de 2025 ressemble à celui de 1994. Sa nature, son développement, rien n’est différent ». Blanche Streb, directrice de la formation de l’association Alliance Vita, pointe le paradoxe.
« Pourquoi ce qui justifiait de ne pas l’instrumentaliser hier ne serait-il plus valable aujourd’hui ? », interroge-t-elle. « Si le cadre protecteur s’effiloche, ce n’est pas seulement lié à la banalisation de l’avortement, analyse le docteur en pharmacie. Depuis plus de quarante ans, nous savons concevoir la vie “hors des corps”. Cela ne pouvait pas être anodin. »
Blanche Streb dénonce : « Nous sommes passés de la vie donnée à la vie produite. De la vie reçue à la vie fabriquée, programmée ». Et « l’embryon entre nos mains est passé, sournoisement, mais sûrement, de sujet à objet ».
Le développement embryonnaire, un processus continu
« L’embryon n’est pas un simple amas de cellules qui ne feraient que bêtement se dupliquer », rappelle la scientifique. « Saviez-vous que si on prélève une cellule à un embryon de 8 ou 16 cellules in vitro pour réaliser un diagnostic préimplantatoire (DPI), il s’en accommodera et continuera normalement son développement ? » Elle explique : « Pourquoi ? Parce que les cellules communiquent entre elles et se réorganisent. Fascinant. Le développement embryonnaire est un phénomène d’une complexité extraordinaire. Et c’est un processus continu auquel nos cerveaux ne sont pas habitués ».
En effet, « toutes les étapes sont prévues à l’origine selon un programme bien défini. Tout est “inscrit” dans cette cellule originelle. Le zygote est son propre architecte, le seul à avoir la propriété de s’édifier lui-même ». « Finalement, il n’est pas un projet parental, il est un projet de lui-même », pointe Blanche Streb. « Au fond, dans cette cellule fondatrice est déjà contenue toute la puissance de l’être humain. Je ne dis pas “être humain en puissance”. Je dis volontairement “puissance de l’être humain”. »
L’individu humain, humain dès le premier instant de son existence
« L’existence de l’être humain est un processus complexe, évolutif et continu, souligne le docteur en pharmacie. Au fur et à mesure de cette construction magistrale, il n’y a aucun changement de nature ni gradation de valeur. Une étape n’est jamais que la conséquence des étapes d’avant. Et une étape n’est humaine que si la précédente l’était déjà, et on peut remonter comme ça de la naissance jusqu’au zygote, car toute matière vivante en développement continue d’obéir à son principe de vie souverain et originel. »
La scientifique insiste : « L’individu humain n’est pas d’abord une plante, puis un animal puis un humain mais dès le premier instant de son existence, il est humain, même si les caractères humains visibles n’émergent qu’au cours de sa propre évolution ». Alors elle interpelle : « nous pouvons choisir de le traiter avec dignité. Pour la sienne et par la nôtre ».
Source : Valeurs actuelles, Blanche Streb : L’embryon, le grand absent des débats bioéthiques (20/01/2025) – Photo : iStock