GPA « éthique » : une « tromperie sémantique »

Publié le 25 août 2025 . Mis à jour le 4 septembre 2025 à 13:13.
GPA « éthique » : une « tromperie sémantique »
© iStock - JLco - Julia Amaral

L’ancien Premier ministre et président du groupe parlementaire Ensemble pour la République, Gabriel Attal, entendrait franchir la « ligne rouge » de la GPA (cf. GPA : Emmanuel Macron réaffirme « les lignes rouges ». Et en pratique ?). « Nous évoquerons la légalisation de la “GPA éthique” lors d’une “convention thématique” », a en effet indiqué son entourage le 21 août, dans le cadre d’un projet présidentiel pour 2027.

« La “GPA éthique” est au cœur d’un enjeu de société très important : la natalité », veut insister le cabinet de l’élu, considérant : « L’égalité des droits est importante, mais elle l’est aussi entre les couples qui peuvent avoir des enfants et ceux qui ne le peuvent pas. » Jusqu’ici, Gabriel Attal avait seulement indiqué qu’il serait prêt à recourir lui-même à cette pratique (cf. GPA : « N’en déplaise à monsieur le ministre, la souffrance est une des choses du monde les mieux partagées »).

Le leurre de la « GPA éthique »

« La GPA éthique n’existe pas et ne peut pas exister », rappelle une fois de plus dans un communiqué[1] la Déclaration de Casablanca, une coalition internationale de plus de 150 experts et associations issus de tous horizons politiques et culturels. « En effet, ce ne sont pas certaines modalités de la GPA qui portent atteinte aux droits humains – et pourraient être encadrées – mais le principe même de cette pratique », rappelle le groupe d’experts.

« La volonté d’encadrer la GPA part souvent d’une intention louable de limiter les dégâts de la GPA et d’éviter ses dérives, comme les fermes à bébés ou la GPA mafieuse, pointe la Déclaration. C‘est pourquoi nous rappelons que la GPA en elle-même est une dérive et qu’aucun encadrement ne peut rendre éthique l’utilisation d’une femme 24h sur 24 et 7 jours sur 7 pendant 9 mois, dans ce qu’elle a de plus intime, ses fonctions reproductives, et la commande et la livraison d’un enfant, délibérément privé de sa filiation et délibérément séparé de sa mère de naissance, ce qui l’expose à la situation traumatique majeure de la blessure d’abandon. »

En outre, « la dimension mondiale du marché génèrera toujours des cas de GPA ne respectant pas les standards définis », relève le groupe d’experts (cf. L’ONU appelle à « prendre des mesures en vue d’éradiquer la maternité de substitution sous toutes ses formes »). « La protection des enfants nés de GPA est une préoccupation prioritaire, mais parfaitement compatible avec la lutte résolue contre la pratique », insiste-t-il : « il serait particulièrement cynique que la protection des enfants soit invoquée comme prétexte pour légaliser une pratique qui, dans son principe même, porte atteinte à leurs droits ».

Une proposition qui suscite de nombreuses oppositions

Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau abonde : « La GPA éthique est une tromperie sémantique. On fait mentir les mots pour justifier l’injustifiable : en l’occurrence, que des hommes riches puissent louer le ventre des femmes pauvres en ignorant le lien qui se crée entre un enfant et sa mère pendant la grossesse. Aucun progressisme ne peut effacer cette réalité. » Il est rejoint par Philippe Juvin, député Les Républicains : « La GPA est toujours une affaire économique qui se drape dans un prétendu altruisme. Car il y a toujours un intérêt financier : celui de la femme pauvre contrainte de porter l’enfant d’un homme riche, celui des intermédiaires et cliniques ».

Dans le camp présidentiel comme Gabriel Attal, Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, dénonce également cette proposition : « Je considère que le corps des femmes, la dignité des femmes et la dignité humaine est totalement contraire à la gestation pour autrui ». Lors de l’Université du PCF, Fabien Roussel s’est lui aussi insurgé : « Avec eux, tout devient marchandise, même le ventre des femmes. Jamais nous ne participerons à un tel choix de société ».

Complément du 27/08/2025 : Hanane Mansouri, députée UDR, a indiqué déposer le 26 août une proposition de loi visant à inscrire l’interdiction de la GPA dans la Constitution française.

Pour l’élue, la France a « déjà clos » le débat sur le sujet puisque « la Cour de cassation a jugé nulles toutes les conventions ayant pour objet la procréation pour autrui » et « le principe d’indisponibilité du corps humain est consacré dans notre Code civil ».

[1] Elle a consacré une note à ce sujet : La GPA « éthique » n’existe pas et ne peut pas exister

Sources : Le Figaro, Lois Boichot (22/08/2025) ; Le Figaro, Claire Conruyt (23/08/2025) ; Déclaration de Casablanca, Communiqué de presse (23/08/2025) ; Europe 1 (25/08/2025) ; PCF sur X (23/08/2025) ; JDD, Hélène Roué (26/08/2025)