Epigénétique : des conséquences de la maltraitance transmises à la descendance ?

Publié le 18 mars 2025
Epigénétique : des conséquences de la maltraitance transmises à la descendance ?

Une étude finlandaise publiée dans la revue Molecular Psychiatry [1] montre que les spermatozoïdes d’hommes ayant été maltraités dans leur enfance portent des modifications de leur profil épigénétique [2] qui affecte l’expression de leurs gènes (cf. Epigénétique : jusqu’à quel point l’environnement nous influence).

« Ces résultats demandent à être reproduits, indique Isabelle Mansuy, à la tête d’un laboratoire d’études sur le sujet à l’Université de Zürich et à l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich, mais il est déjà établi chez l’animal que les spermatozoïdes portent des marques dites épigénétiques transmissibles à la descendance de ce qu’a vécu l’individu au cours de sa vie ».

Une influence « transgénérationnelle »

Ainsi, des changements physiologiques acquis par les parents peuvent affecter la descendance. « Cette influence est dite transgénérationnelle car elle peut subsister sur plusieurs générations, jusqu’à la cinquième chez la souris en cas de traumatisme extrême peu après la naissance », précise Isabelle Mansuy. Les conséquences physiologiques négatives faisant suite à un régime alimentaire déséquilibré, ou au contraire positives pour l’exercice physique, peuvent aussi être constatées « sur une à deux générations », chez l’animal.

Toutefois, « les modifications épigénétiques des spermatozoïdes responsables de ces effets sur la descendance ne semblent pas irréversibles », souligne la scientifique. L’équipe qu’elle dirige a par exemple montré qu’elles peuvent être corrigées chez la souris en plaçant les mâles qui ont été soumis à un stress sévère dans « un milieu enrichi en activité », ce qui stimule leurs fonctions physiques et cérébrales.

Chez l’être humain, la psychothérapie ou l’exercice physique régulier pourraient permettre de réduire les marques épigénétiques du stress sur l’organisme, y compris sur les gamètes.

 

[1] Tuulari, J.J., Bourgery, M., Iversen, J. et al. Exposure to childhood maltreatment is associated with specific epigenetic patterns in sperm. Mol Psychiatry (2025). https://doi.org/10.1038/s41380-024-02872-3

[2] « profil de méthylation » de leur ADN et « contenu en ARN » des gamètes

Source : Le Figaro, Pierre Kaldy (12/05/2025)