Fin de vie : « Soins palliatifs et euthanasie sont incompatibles et inconciliables »

Publié le 30 juin 2026
Fin de vie : « Soins palliatifs et euthanasie sont incompatibles et inconciliables »
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La proposition de loi sur l’« aide à mourir », sur laquelle les députés se sont prononcés une troisième fois solennellement mardi 30 juin, entraînerait la mort de nombreuses personnes dont les peines peuvent pourtant être soulagées, affirme le professeur Emmanuel Sapin, ancien chirurgien pédiatrique et néonatal. Pour lui, la mort ne doit pas être présentée comme la seule issue souhaitable.

Plusieurs milliers de soignants, médecins, infirmières, infirmiers et pharmaciens, ont signé, ce début de mois, un appel que nous avons lancé à ne pas provoquer intentionnellement la mort de leurs patients.

La proposition de loi relative à la fin de vie est examinée au Parlement depuis le 22 juin et les députés devront se prononcer pour ou contre le 30 juin. Des garde-fous nous sont présentés, mais l’exemple de la Belgique et des Pays-Bas montre bien que ces barrières décrites comme infranchissables sont rapidement renversées, avec des indications sans cesse élargies.

Les raisons invoquées pour demander l’euthanasie – culpabilité d’être un fardeau pour l’entourage, peur de présenter une image intolérable de soi-même, vie qui paraît inutile, peur d’une souffrance insoutenable, peur de « l’acharnement thérapeutique » – doivent toujours être entendues et accompagnées sans jamais proposer la mort comme la seule issue souhaitable.

Des demandes de mourir qui s’effacent par les soins prodigués

Des études ont montré que parmi des personnes admises en soins palliatifs qui avaient exprimé, à leur entrée, une demande d’en finir, seules 0,3% avaient maintenu leur demande dès lors que des soins appropriés leur avaient été prodigués : suppression de la douleur (près de 95% des douleurs sont actuellement accessibles à un traitement médical, grâce aux progrès de la science), obtention d’un confort, écoute et accompagnement bienveillant des soignants leur signifiant la valeur de leur vie, même ténue.

Non, les soins palliatifs ne sont pas la première étape de l’euthanasie ! Soins palliatifs et euthanasie sont incompatibles et inconciliables !

Combien sont touchants les témoignages des soignants des unités de soins palliatifs, et ceux des Petites Sœurs des pauvres, qui ont reçu de très nombreuses et émouvantes confidences des personnes dont ils s’étaient occupés ! Combien sont chers ces regards gratifiants, le remerciement pour une présence, une écoute, un geste de douceur et d’attention qui leur ont redonné le sentiment que leur vie était précieuse, qu’elles comptaient pour ceux qui les entouraient, et qu’elles-mêmes avaient une valeur, même si elles n’avaient pas d’efficacité et se sentaient bien inutiles.

Vers l’abandon de la recherche, en particulier sur la lutte contre les douleurs encore non gérées ?

Le texte actuellement discuté au Parlement survient dans un contexte budgétaire tendu, alors que le système de santé traverse une crise majeure. Or, l’immense majorité des soignants, médecins et infirmières, s’occupant des personnes en fin de vie, des personnes souffrant ou vivant dans des conditions de vie très dégradées, sont opposés à cette proposition de loi.

La légalisation de l’euthanasie aura pour conséquence, entre autres, l’abandon de la recherche, en particulier sur la lutte contre les douleurs encore non gérées, puisque, pour toute personne restant douloureuse, l’euthanasie sera la solution.

Lorsque la gravité de la pathologie ne répond pas au traitement prescrit par le médecin, et que celui-ci se sent impuissant pour enrayer l’évolution de la maladie et guérir son patient, le médecin, dans sa volonté de trouver une solution, de guérir son patient, peut vivre cette absence d’efficacité comme un échec personnel.

Des progrès considérables accomplis pour soulager la douleur

J’ai trop vu, durant ma carrière, de médecins qui ne passaient plus voir leurs patients lorsque les choses évoluaient mal, croyant avoir trahi leur confiance ou, dans certains cas, parce qu’ils étaient vexés dans leur orgueil. Or le patient, lorsqu’il prend conscience qu’il ne peut attendre une guérison, ou simplement une amélioration de son état de santé, n’attend pas du médecin de « faire » mais d’ « être » : être présent et attentif, ne pas l’abandonner, l’accompagner dans l’épreuve et l’écouter.

Sans cette dimension du soin, il est logique que des personnes demandent, lorsqu’elles sont confrontées à une lourde épreuve sans issue favorable, de mettre fin à leurs jours.

Or, les progrès considérables accomplis pour soulager la douleur et une meilleure connaissance des besoins spécifiques à cette étape de vie, avec le développement des soins palliatifs et un accompagnement global personnalisé, ont permis de faire face aux plaintes de nos patients dans la majorité des cas.

Pour toutes ces raisons, nous, soignants, refusons d’abréger volontairement la vie de nos patients. Nous appelons tous les soignants qui partagent cette éthique à refuser de pousser la seringue qui tue.

NDLR : Cette tribune du Pr Emmanuel Sapin a été initialement publiée par le journal La Croix. Elle est reproduite ici avec l’accord de l’auteur.