Le dernier choix – Bettina Ferdman
« Mon père puis ma mère ont tous deux demandé le suicide assisté, dans un pays où il est permis, la Suisse. » Dans un ouvrage poignant, Bettina Ferdman témoigne de « deux expériences traumatiques, bien que diamétralement opposées ».
Son père a fait un choix radical, annoncé quelques jours avant : « Lui, assisté pour mourir, me laissait sans assistance pour vivre ». Sa mère affirmait qu’elle emprunterait le même chemin. « Je ne peux m’empêcher de ressasser que je vais la perdre, qu’il y a quelque chose d’intolérable à cela, confie Bettina Ferdman. Tout proche a connu ou connaitra cette douleur, mais avec Exit, c’est pire. C’est la chronique d’une mort annoncée. » « Programmer est une torture. »
Bettina Ferdman n’est pas opposée au suicide assisté. Comment pourrait-elle condamner le dernier geste d’un père vénéré ? Alors qu’elle témoigne page après page d’un véritable traumatisme, elle s’emploie aussi à justifier la pratique. Avoir le choix confèrerait la tranquillité. Certaines maladies, terrifiantes, comme la maladie de Charcot, ne le requièrent-elles pas ? Et puis mettre fin à sa vie de façon anticipée ne permet-il pas de soulager les proches, de leur éviter le spectacle d’une agonie douloureuse ? Pétrie d’ambivalence Bettina Ferdman veut convaincre – se convaincre ? – mais n’y parvient pas. Le suicide, assisté ou non, demeure une violence ; il ne résout rien.
Sa mère avait accepté la décision de son mari qui s’est « endormi » sur son sein gauche. Après son décès, elle affirmera son mari les « avait « protégées ». D’une mort pas propre, d’une vie végétative, d’un état grabataire, de se voir comme de se laisser voir ainsi ». Pourtant son corps parlera en des termes bien différents. Pourtant, quand un terrible diagnostic tombera, elle choisira de se battre, laissant sa fille « sidérée par sa capacité d’adaptation ».
Bien loin d’une ode à l’« autonomie », à la « liberté » – d’ailleurs est-on réellement libre quand on considère que la mort est l’unique issue ? » – Le dernier choix est le témoignage d’une fille déchirée par le suicide brutal de son père, puis torturée par la mort annoncée de sa mère. Le suicide assisté n’aura soulagé personne : ni son père puisque ce n’est pas à ses souffrances qu’il a mis fin mais à sa vie, ni sa mère qui a érigé le suicide en faire-valoir. Exit militerait « évidemment » pour les soins palliatifs. Ce serait leur « insuffisance » dans certains cas qui aurait « assis sa légitimité ». Pourtant le cas de sa mère, confrontée à la plus terrible des maladies peut-être, est éloquent : « Dans son appartement, avec tout le monde aux petits soins, où est l’urgence, au fond ? »
Le suicide assisté aura dévoré la vie de Bettina Ferdman. Ce n’est que grâce à sa force d’âme, son dévouement indéfectible, et l’amour profond qu’elle porte à chacun de ses parents qu’elle a pu traverser ces années d’épreuves. Le suicide assisté serait une décision individuelle, la consécration de l’autonomie. Mais la vie « ne se borne pas à la biologie, mais s’inscrit dans un cercle amical, familial et professionnel ». « Le choix de mourir est comme une goutte qui tombe dans l’eau : il atteint par cercles concentriques l’ensemble des proches. » Et la société toute entière.
Editeur : Editions de l’Observatoire
Date de publication : 10/04/2026
Nombre de pages : 220