Lettre ouverte aux députés appelés à se prononcer sur l’« aide à mourir » : « Ne nous décevez pas »

Publié le 30 juin 2026
Lettre ouverte aux députés appelés à se prononcer sur l’« aide à mourir » : « Ne nous décevez pas »
tribune
© iStock - legna69

A l’heure où les députés s’apprêtent à se prononcer une troisième fois sur la proposition de loi visant à instaurer un « droit à l’aide à mourir », Marie-Lys Pellissier, professeur de philosophie et porte-parole de la Marche pour la vie, adresse une lettre ouverte aux députés.

Mesdames et Messieurs les députés,

Aujourd’hui, vous vous prononcerez une troisième fois sur un texte crucial : la proposition de loi relative au « droit à l’aide à mourir ».

Derrière ce titre, se cache un sujet difficile et douloureux. C’est celui de la maladie, de la souffrance et de la mort.

Peut-être ce texte de loi fait-il écho à des expériences intimes et à des doutes existentiels. Le sentiment d’impuissance face à la souffrance d’un proche est sûrement un des plus difficiles à vivre.

Ce texte de loi nous interpelle tous individuellement et collectivement : oui il y a des personnes malades qui souffrent, avec un pronostic vital engagé à court ou moyen terme. Face à cette réalité, que répondons-nous ?

S’il apparaît évident que toute souffrance ne peut être épargnée, nous savons qu’il est de notre devoir de ne pas y être indifférents, et d’agir le mieux possible pour chacune des personnes concernées. Au nom du respect de la dignité humaine, au nom de notre solidarité, au nom de la vocation médicale.

Vous avez voté quasiment à l’unanimité pour le développement les soins palliatifs, parce que vous êtes convaincus, comme tous les Français, que chaque patient a le droit d’être soigné jusqu’au bout, dans toutes les dimensions de sa personne.

Mais les soins palliatifs ne suffisent pas. Car les personnes atteintes d’une maladie incurable n’ont pas seulement besoin de soins médicaux, si humains et riches soient-ils. Les personnes qui souffrent ont besoin de présence, d’écoute, en définitive d’amour. Elles ont besoin d’une société qui les considère pleinement, malgré la dépendance parfois totale, malgré l’extrême fragilité que nous redoutons tous, malgré leur apparente inutilité. Les « éligibles » veulent une aide à vivre dignement, jusqu’au moment où la maladie les emportera (cf. Philippe Pozzo di Borgo : « Il faut aider à vivre, pas à mourir »).

Mesdames et messieurs les députés, j’ai 24 ans, et vous direz peut-être que je ne connais rien à la vie. C’est pourtant avec toute ma jeunesse que je vous parle. Je suis la porte-parole d’un mouvement constitué de milliers de jeunes. Je parle en leur nom.

Nous jeunes, ne voulons pas d’une société qui offre le suicide à la personne qui souffre.

Nous ne voulons pas d’une société qui laisse ses aînés, de plus en plus nombreux, choisir la mort comme réponse au sentiment d’être un fardeau.

Nous voulons regarder la souffrance en face, et y répondre courageusement, en développant tous les moyens possibles que l’intelligence et le cœur humain peuvent inventer.

Nous voulons qu’en France nous donnions collectivement à chaque personne le goût de vivre. Nous voulons que chaque personne fragile se sente digne, toujours et partout.

Pour toutes ces raisons, mesdames et messieurs les parlementaires, je vous demande de ne pas voter ce texte.

A tous ceux qui doutent, je demande le principe de précaution pour un texte aussi grave qui ne fait pas consensus : votez contre, ou a minima abstenez-vous !

Vous ne serez pas contre un soi-disant progrès. Vous serez au contraire du côté de ceux qui souffrent, du côté des soignants, du côté de la jeunesse de France, du côté d’un avenir bien plus lumineux que celui de la Belgique, du Canada, des Pays-Bas, de la Suisse ou de l’Espagne.

Je vous remercie de l’attention que vous aurez portée à cette lettre. Nous comptons sur vous, je vous en prie, ne nous décevez pas