PMA : des perturbations épigénétiques avec des conséquences sur le développement de l’enfant ?

Publié le 22 janvier 2025
PMA : des perturbations épigénétiques avec des conséquences sur le développement de l’enfant ?

Dans une étude publiée dans la revue Communications Medicine [1], des chercheurs ont montré que l’expression de différents gènes [2] est altérée par le recours à la PMA, plus particulièrement s’il s’agit d’embryons « frais ».

Ces modifications bien que « subtiles » peuvent « contribuer aux risques de troubles métaboliques et cardiaques ainsi qu’aux troubles de la croissance chez les nouveau-nés » ainsi conçus. Pour les scientifiques, cela serait dû au fait que les embryons « frais » sont exposés à des hormones « à un moment clé du développement, lorsque les marqueurs épigénétiques se forment ».

L’équipe a également constaté que les placentas conçus par ICSI [3] présentaient de nombreuses altérations génétiques associées à des problèmes de fertilité masculine. Ce qui est logique puisque l’ICSI est utilisée en cas de problèmes de fertilité connus chez l’homme.

Analyser le placenta

Contrairement aux études récentes sur le sujet qui ont eu recours à l’analyse du sang de cordon, les chercheurs ont choisi de travailler à partir de placentas. Pour Nina Kaminen-Ahola, chercheuse en génétique et épigénétique à l’Université d’Helsinki et auteur principal de l’étude, l’étude du placenta est particulièrement utile pour comprendre ce qui se passe au tout début du développement. Mais obtenir des échantillons s’est avéré difficile, il a fallu 10 ans à l’équipe pour récolter tous les échantillons nécessaires et réaliser les expériences.

Les scientifiq ont analysé 80 placentas provenant de grossesses issues de procréation médicalement assistée et 77 obtenus sans assistance médicale. Afin de s’assurer que les changements épigénétiques observés étaient réellement liés à la technique de PMA et non à des problèmes de fertilité, l’étude a inclus 11 placentas issus de couples sur le point de s’engager dans un parcours de PMA mais ayant obtenu une grossesse naturellement et 12 placentas issus de grossesses après une insémination intra-utérine.

Siri Haberg, chercheuse à l’Institut norvégien de Santé publique rappelle qu’« à mesure que l’utilisation des techniques de procréation médicalement assistée augmente dans le monde, il est nécessaire de mieux comprendre les influences potentielles de ces techniques ».

 

[1] Auvinen, P., Vehviläinen, J., Rämö, K. et al. Genome-wide DNA methylation and gene expression in human placentas derived from assisted reproductive technology. Commun Med 4, 267 (2024). https://doi.org/10.1038/s43856-024-00694-6

[2] TRIM28, NOTCH3 et DLK1 : TRIM28 joue un « rôle clé » dans l’implantation de l’embryon et régule également les marqueurs épigénétiques. DLK1 a été associé à l’infertilité, au faible poids à la naissance et à la croissance du placenta, et pourrait être régulé par TRIM28. TRIM28 et NOTCH3 pourraient également collaborer à la formation des vaisseaux sanguins, une étape importante de la formation du placenta et du développement embryonnaire.

[3] Injection Intracytoplasmique de spermatozoïde : cette technique permet de pallier certaines anomalies des spermatozoïdes qui les empêchent de féconder l’ovule.

Source : Live Science, Jennifer Zieba (14/01/2025) – Photo : iStock