Quelle est la valeur de la vie humaine ?
Dans une tribune publiée par The Herald, plusieurs membres du Scottish Council on Human Bioethics parmi lesquels ses président et vice-présidente [1], ont pris position contre les récentes mesures adoptées par Westminster visant à dépénaliser l’avortement et autoriser le suicide assisté.
Il est assez frappant qu’un amendement visant à dépénaliser l’avortement volontaire jusqu’à la naissance en Angleterre et au Pays de Galles (cf. Angleterre et Pays de Galles : les députés britanniques dépénalisent l’IVG quel que soit le stade) ait été examiné la même semaine qu’une nouvelle législation visant à dépénaliser le suicide assisté au Parlement de Westminster (cf. Royaume-Uni : la Chambre des Communes adopte la proposition de loi sur l’« aide à mourir »). Des initiatives similaires sont également à l’étude en Ecosse [2]. Il convient donc de se demander ce qui se passe dans notre société moderne ; pourquoi de nombreux membres du grand public et leurs représentants au Parlement ont-ils abandonné le concept de la valeur de la vie humaine ?
Une grande « confusion »
Un paradoxe sociétal semble évident. Les gouvernements britannique et écossais ont, à juste titre, accordé des fonds pour aider les enfants extrêmement prématurés, alors que des initiatives sont envisagées pour permettre les avortements jusqu’à la naissance (cf. Avortement : 700 médecins anglais demandent une réduction des délais de 24 à 22 semaines). De même, un soutien financier est accordé à juste titre pour prévenir les suicides, y compris chez les jeunes, alors qu’une nouvelle législation sur le suicide assisté est envisagée (cf. Euthanasie et prévention du suicide : le paradoxe).
Dans toute cette confusion, il convient de se demander pourquoi la vie humaine devrait être valorisée. Certes, d’un point de vue purement scientifique, l’être humain n’a aucune valeur puisqu’il n’est constitué que d’environ 70 % d’eau et de quelques autres composés biochimiques.
Pourquoi se soucier du contrat social ?
Les êtres humains ont-ils alors une valeur parce qu’ils sont autonomes ? Mais cela signifierait que certaines vies, comme celles des enfants à naître et des personnes atteintes de troubles mentaux très graves, n’ont aucune valeur. De plus, comment l’autonomie des personnes peut-elle, logiquement, leur donner de la valeur ?
Peut-être la valeur d’une vie humaine vient-elle de la quantité de plaisir ou de souffrance qu’elle éprouve. Mais pourquoi l’activation de certaines cellules sensorielles dans le cerveau des individus leur donnerait-elle plus de valeur ? De plus, si seul le plaisir comptait, cela signifierait que toutes les personnes de la société auraient des vies de valeur inégale.
D’où vient donc la valeur de la vie humaine, y compris celle des hommes politiques qui décident (après quelques heures de discussion) si certaines personnes de leur entourage ont une vie indigne, à laquelle on peut mettre fin ? Mais peut-être que les hommes politiques au Parlement ne sont là que pour soutenir le concept d’un contrat social où chacun doit respecter l’autre de manière égale. Mais pourquoi alors les forts et les puissants devraient-ils respecter un tel contrat ? Et pourquoi s’en soucierait-on si personne n’a de valeur ?
Une seule réponse possible
La seule réponse possible à la question de savoir pourquoi les personnes humaines ont de la valeur réside dans la croyance que chaque personne humaine a une valeur incommensurable. Une conviction que chacun devrait partager dans une société laïque si elle veut rester civilisée et ne pas sombrer dans la barbarie.
A cet égard, il est affligeant de voir tant de députés dénigrer les croyances personnelles lors des débats sur le suicide assisté au Parlement écossais. Ils auraient dû se rendre compte que ce n’est que parce qu’ils partagent eux-mêmes la croyance en la valeur et l’égalité de toute vie humaine que la démocratie et le Parlement écossais existent réellement.
[1] Dr Antony Latham (président) ; Dr Anne Williams (vice-présidente) ; Prof Dr Robert Minns (président honoraire) ; Dr Calum MacKellar (directeur de recherche) ; Dr Danielle de Zeeuw (chercheur principal)
[2] The Herald, Hannah Brown, Labour MP calls for Scotland to decriminalise abortion (29/06/2025)