Andorre : vers la dépénalisation de l'avortement sous la pression des Nations Unies ?
Xavier Espot Zamora, chef de l’exécutif andorran, a déclaré être à « un stade de conversation très avancé avec le Saint-Siège » pour parvenir à une dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse avant la fin de la législature, prévue au printemps 2027. La principauté enclavée entre la France et l’Espagne reste, avec le Vatican, le seul État européen à interdire totalement l’avortement.
Le droit andorran actuel expose les femmes qui avortent à six mois d’emprisonnement, et les médecins qui le pratiquent à trois ans de prison assortis de cinq ans d’interdiction d’exercice. Xavier Espot précise cependant qu’aucune poursuite judiciaire n’a jamais été engagée sur ce fondement.
Maintenir un interdit de façade ?
Le chef du gouvernement veut supprimer les peines encourues par les femmes qui mettent fin à leur grossesse. L’avortement demeurerait illégal sur le territoire andorran, mais ses ressortissantes pourraient y recourir à l’étranger. Un médecin pratiquant des avortements clandestinement en Andorre resterait, lui, passible de sanctions.
L’un des deux coprinces d’Andorre étant l’évêque catholique d’Urgell, Mgr Josep-Lluis Serrano Pentinat, Xavier Espot veut éviter une réforme qui le conduirait à « mettre en échec » le système institutionnel et pourrait contraindre le coprince à abdiquer. Selon lui, la structure de la coprincipauté — partagée entre le président de la République française et l’évêque d’Urgell — « a été à la base de huit siècles de paix, d’indépendance et de souveraineté », et il serait « une grave erreur d’y renoncer ».
Une politique dictée par l’ONU ?
Cette déclaration intervient alors que le Comité des droits de l’homme des Nations unies, lors de sa 145e session tenue à Genève début mars 2026, a examiné pour la première fois le rapport initial d’Andorre sur la mise en œuvre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (ICCPR). Dans ses observations finales, le Comité a recommandé à Andorre de revoir sa législation pour « garantir un accès effectif à l’avortement légal et sécurisé » lorsque « la vie ou la santé de la femme est en danger », jugeant préoccupant que les dispositions pénales en vigueur conduisent les femmes à se rendre à l’étranger. Andorre devra rendre compte de ses avancées sur ce point d’ici le 19 mars 2029.
La visite officielle d’Emmanuel Macron, prévue les 27 et 28 avril à Andorre-la-Vieille, devrait également placer cette question en toile de fond diplomatique, la France ayant inscrit l’avortement dans sa Constitution en mars 2024 (cf. La France inscrit l’avortement dans sa Constitution. Et ensuite ?).
Sources de la synthèse de presse : AFP, Chantal Valéry (27/03/2026) ; OHCHR, Comité des droits de l’homme des Nations unies, 145e session (mars 2026)