Au Canada, des euthanasies illégales en toute impunité

Publié le 10 février 2026
Au Canada, des euthanasies illégales en toute impunité
© iStock

Des chercheurs ontariens ont répertorié des cas d’euthanasies sur des patients qui ne correspondaient aux critères légaux d’éligibilité ou dont le consentement n’était peut-être pas « libre et éclairé ». Ils ont publié leurs travaux dans la revue BMJ Supportive & Palliative Care[1].

Le Canada a dépénalisé l’« aide médicale à mourir » en 2016 avec une extension des critères d’éligibilité en 2021. Dorénavant, quasiment toutes les demandes de patients sont prises en considération, avec deux catégories de demandes : la première catégorie concerne les patients dont « la mort naturelle est raisonnablement prévisible » ; la seconde s’adresse quant à elle aux patients dont ce n’est pas le cas (cf. Euthanasie et frais de santé : une étude force le trait pour alerter sur la situation au Canada). A partir de 2027, l’« aide médicale à mourir » sera également accessible aux personnes atteintes uniquement d’une pathologie mentale (cf. Au Québec, « champion du monde » d’euthanasie, une nouvelle loi pourrait davantage limiter l’accès aux soins palliatifs).

Et si les critères ne sont pas respectés ?

En théorie, toute personne qui formule une demande doit remplir des critères précis pour que sa demande soit « satisfaite ». Ainsi, il faut être majeur et « mentalement capable », avoir « un problème de santé grave et irrémédiable », ce qui implique d’« être dans un état de déclin avancé qui ne peut pas être inversé ». Les médecins doivent s’assurer que la demande est « délibérée » et non pas « le résultat de pressions ou d’influences externes »[2]. Pourtant, une équipe pluridisciplinaire de chercheurs a répertorié des cas de non-respect des critères énoncés par la loi ; sans qu’il y ait eu la moindre conséquence judiciaire.

Quand la dépression empêche les patients de se soigner – mais pas d’être euthanasiés

Le premier cas concerne une femme en obésité morbide atteinte de plusieurs comorbidités, notamment de dépression, incapable de sortir de chez elle et qui a renoncé aux soins. Elle refuse une psychothérapie qui pourrait améliorer son état de santé. Cette patiente a obtenu une « aide médicale à mourir » en raison de sa décision de ne pas suivre de traitement, alors que d’autres pistes thérapeutiques auraient pu être explorées.

Un patient atteint de paralysie cérébrale a volontairement arrêté de s’alimenter et de boire, ce qui a fini par provoquer une affection rénale et une déshydratation. A ce titre, les médecins ont considéré qu’il était éligible au titre de la catégorie 1, car son décès était « prévisible ». Personne n’a proposé d’expertise par un psychiatre, alors que son état de détresse psychosociale était manifeste.

Quand un conjoint demande l’euthanasie pour sa femme

Une femme âgée de plus 80 ans souffrait des séquelles d’une opération. Elle a exprimé sa préférence pour des soins palliatifs à domicile, mais son conjoint, estimant que la charge était « trop lourde », l’a emmenée à l’hôpital pour qu’elle soit prise en charge par les équipes hospitalières. Elle n’y a pas été admise (cf. Des « soins prodigués dans les couloirs », un Canadien demande l’« aide médicale à mourir »). Son conjoint a alors lui-même formulé une demande d’« aide à mourir » pour son épouse ; demande jugée éligible. Le médecin à l’origine de cette évaluation a demandé un deuxième avis qu’il n’a pas pu obtenir. Peu de temps après, un troisième professionnel de santé a été dépêché en urgence. Il a statué sur son cas et la patiente a été euthanasiée le jour même (cf. « J’ai peur qu’on me rembourse mon euthanasie plutôt que mon traitement »). Un patient atteint de la maladie d’Alzheimer a quant à lui été euthanasié après le décès de son proche aidant.

Une euthanasie à la demande du patient, ou de ses ayants droit ?

Dans un autre contexte, c’est également la famille d’un patient atteint de démence qui a demandé une « aide à mourir » pour lui à deux reprises. L’évaluation de la demande a été menée en présence de l’un des membres de sa famille, et alors que le médecin ne disposait pas d’informations suffisantes sur l’avancement de la perte de ses fonctions cognitives.

Alors que le recours à l’« aide à mourir » est toujours présenté comme très encadré, les faits racontent une autre histoire (cf. Québec : 23 euthanasies « non conformes » dans la quasi-indifférence de l’Exécutif).

[1] Coelho R, Shannon D, Lemmens T, Safeguard failures in Canada’s MAiD system, BMJ Supportive & Palliative Care Published Online First: 27 January 2026. https://doi.org/10.1136/spcare-2025-006046

[2] Site web du gouvernement du Canada, page « Aide médicale à mourir, aperçu »