Autoconservation des ovocytes : 245 000 femmes ont franchi le pas, souvent bercées d’illusions
L’Agence de la biomédecine (ABM) a publié les résultats d’une enquête nationale sur l’autoconservation des ovocytes, cinq ans après que la pratique a été autorisée, sans indication médicale, par la loi de bioéthique de 2021.
Des femmes intéressées mais peu informées
Même si 85% des femmes entre 25 et 44 ans ont déjà entendu parler de l’autoconservation ovocytaire, seules 57% affirment « savoir précisément » en quoi consiste cette pratique. Au-delà, 35% des femmes se déclarent « intéressées par le sujet à titre personnel ». Avec un intérêt « plus marqué » dans la tranche d’âge 25–34 ans au sein de laquelle 41% le manifestent.
Pourtant, seules 28% des femmes se sentent « suffisamment informées ». Elles ne sont d’ailleurs que 40% à savoir qu’il existe une limite d’âge pour faire congeler ses ovocytes. Et seules 20% savent que le prélèvement est pris en charge à 100% par la Sécurité sociale.
De nombreuses femmes engagées dans la démarche
L’enquête révèle que 3% des femmes âgées de 25 à 44 ans ont déjà fait congeler leurs ovocytes ou sont en cours de démarche, ce qui représente environ 245 000 femmes à l’échelle de la population française métropolitaine.
Une démarche entamée avant 29 ans, c’est-à-dire l’âge minimal autorisé en France, pour 61% d’entre elles, « soit par une réflexion initiée avant cet âge soit par une procédure menée à l’étranger ».
En plus des femmes qui se sont déjà lancées, 26% indiquent s’être renseignées ou envisager de le faire. Ainsi, près de 2,1 millions de femmes pourraient « potentiellement » être concernées.
Entretenir de faux espoirs ?
Ce qui conduit les femmes à s’engager sur ce chemin est lié aux « parcours de vie », « tels que la prise de conscience de l’altération de la fertilité après un certain âge, une séparation ou l’absence de stabilité conjugale ». Celles qui ont franchi le pas, l’ont fait espérant « préserver une chance supplémentaire de grossesse en cas d’infertilité » ou voulant « prendre le temps » (cf. A Cambridge, des cours pour « éviter d’oublier d’avoir un bébé »).
Pourtant congeler ses ovocytes ne garantit pas la réussite d’une future grossesse. Plusieurs études internationales[1] rapportent un taux cumulatif de naissances « de l’ordre de 28% par cycle » pour les femmes ayant utilisés leurs ovocytes congelés, indique l’ABM. Et ce taux diminue plus les ovocytes sont prélevés « tardivement ». Or, selon l’enquête de l’ABM, 47% des femmes interrogées croient qu’une tentative de grossesse à partir d’ovocytes congelés a « des chances élevées » d’aboutir. Elles ne sont que 20% à savoir qu’elles sont faibles. Le sujet ne mériterait-il pas que l’ABM lui consacre une campagne d’information ?
Lors des dernières rencontres de la biomédecine, le Pr Belaisch-Allart dénonçait en effet la « confiance imméritée » dont bénéficient les techniques de PMA. Elle pointe en outre le taux de femmes recourant à l’autoconservation ovocytaire qui sont en couple, voire mariées. De 8% initialement, il atteint désormais 40% (cf. PMA : à la recherche d’une nouvelle « baguette magique » ?).
Une fuite en avant
Alors que 62% des femmes considèrent la démarche comme « stressante » et que deux études[2] montrent que seules 11 à 17% recourent effectivement aux ovocytes qu’elles ont fait congeler (cf. PMA : beaucoup de femmes n’utilisent pas leurs ovocytes congelés), ne faudrait-il pas réinterroger le cadre d’autorisation de cette pratique ?
Entre 2021 et 2024, ce sont 42 300 demandes de première consultation qui ont été déposées (cf. Rapport scientifique de l’ABM : « Le nombre de demandes d’autoconservation des ovocytes a surpris par son ampleur »). Des demandes en hausse constante que l’on peine à satisfaire : fin 2024, 11 595 femmes avaient pu obtenir « au moins » une congélation de leurs ovocytes.
Pourtant, le chemin de la réflexion ne semble pas être celui qui a été privilégié. Ce qui est à l’ordre du jour c’est d’ouvrir l’autoconservation des ovocytes aux centres privés (cf. L’auto-conservation des ovocytes bientôt ouverte aux centres privés).
[1] « Return rates and pregnancy outcomes after oovocyte preservation for planned fertility delay : a systematc review and meta-analysis », Fertily and Sterility Novembre 2024 ; « Elective fertility preservation: a national database study on trends in oocyte cryopreservation and oocyte utilization over a 5- to 7-year follow-up period », American Journal of Obstetrics & Gynecology, Février 2026.
[2] « Return rates and pregnancy outcomes after oovocyte preservation for planned fertility delay : a systematc review and meta-analysis », Fertily and Sterility Novembre 2024 ; « A 10-year follow-up of reproductive outcomes in women attempting motherhood after elective oocyte cryopreservation », Human Reproduction, Décembre 2023