Canada : la mère porteuse ne veut pas avorter, les commanditaires l’attaquent en justice
Deux Canadiens poursuivent la femme qui a donné naissance à leur fils, désormais âgé de deux ans. Elle avait refusé d’avorter, à 22 semaines de grossesse. Elle aurait accepté un avortement si le bébé n’avait eu « aucune chance de survie après la naissance », explique-t-elle, mais elle « n’était pas à l’aise à l’idée d’interrompre la grossesse d’un fœtus de 22 semaines présentant ce qu’elle considérait comme une malformation essentiellement esthétique ».
On avait en effet diagnostiqué une fente labiale et de « potentielles anomalies » génétiques au fœtus. La Canadienne a demandé que l’on procède à des analyses complémentaires. Les spécialistes ayant indiqué qu’il s’agissait d’un enfant en bonne santé présentant « une malformation congénitale relativement mineure », les deux hommes ont finalement accepté que la grossesse ne soit pas interrompue. Toutefois dans le recours qu’ils ont introduit au mois de mai, ils accusent la mère porteuse de ne pas les avoir informés de la santé du bébé, de l’avoir « mis en danger », de leur avoir causé une « détresse émotionnelle » et d’avoir violé leur vie privée. Des allégations qu’elle nie en bloc.
« J’ai juste l’impression d’avoir été utilisée… »
La mère porteuse comme la directrice de l’agence Surrogacy in Canada Online, Sally Rhoads-Heinrich, indiquent qu’après le désaccord sur l’interruption de grossesse les relations ont commencé à se dégrader. Des tensions qui se sont encore exacerbées après que la femme a insisté pour accoucher à domicile, puis intenté une action afin d’obtenir le remboursement de ses frais personnels par les commanditaires. Les plaignants lui réclameraient désormais 600 000 dollars.
« Vous savez que je suis mère célibataire, vous savez que j’ai une fille, et en gros, vous me poursuivez en justice pour récupérer ma maison. Ça me semble vraiment minable, c’est tout simplement horrible », s’indigne-t-elle. « J’ai juste l’impression d’avoir été utilisée… Ils n’ont pas eu l’enfant parfait qu’ils voulaient et ils m’ont jetée comme une vieille chaussette. »
La vulnérabilité des mères porteuses canadiennes
Pour Sally Rhoads-Heinrich, cette succession d’événements « inhabituelle » met en lumière la « situation de vulnérabilité » des mères porteuses canadiennes, qui sont « très sollicitées » alors que la loi leur interdit d’être rémunérées – contrairement à leurs homologues aux Etats-Unis et dans certains autres pays. Elles ne peuvent être « remboursées que pour les frais réels engagés ». La plupart d’entre elles tombent enceintes « simplement pour aider les autres », mais « il leur arrive parfois de ne pas se faire rembourser leurs frais ou de se retrouver littéralement avec le bébé sur les bras lorsque les parents se désistent », affirme la directrice d’agence (cf. Quand les mères porteuses « altruistes » expliquent leurs motivations : décryptage).
Selon elle, environ 100 familles sont à la recherche d’une mère porteuse au Canada, pour chaque femme disposée à le devenir.
Source de la synthèse de presse : The national post, Tom Blackwell (09/07/2026)