Des chiens génétiquement modifiés, clonés et équipés d’IA bientôt dans l’armée américaine ?
La start-up Warhound (« Chien de guerre ») annonce, après une levée de fonds de 200 millions de dollars, lancer un programme pour fournir à l’armée américaine des chiens génétiquement modifiés, clonés et équipés de matériel utilisant l’IA.
Une start-up issue des domaines de l’armée, du renseignement et des biotechnologies
A l’initiative de cette entreprise basée au Texas figurent Palmer Luckey, fondateur d’Anduril, une entreprise de technologies de défense, et Ben Lamm, cofondateur de Colossal Biosciences (cf. Une espèce de loup ressuscitée ? L’annonce enjolivée de Colossal Biosciences).
L’entreprise a pour directeur général David Spirk, vétéran du corps des Marines et auparavant conseiller auprès de Palantir. Parmi ses investisseurs, on compte In-Q-Tel, un fonds créé et géré par la CIA, ou encore Sequoia Capital, l’un des premiers investisseurs de Facebook. La valorisation financière de la start-up s’élève à présent à 1,2 milliard de dollars.
La désextinction au profit de l’industrie militaire
Dans un podcast de 2023, Palmer Luckey vantait « la biologie comme outil au service de l’armée ». Il appelait à la désextinction de certaines espèces dans lesquelles il perçoit un « potentiel militaire ». Il explique : « Si vous pensez que les bergers allemands de 70 kg font de bonnes unités canines, alors que dire de « loups sinistres » (« direwolves ») de 270 kg capables de porter 70 kg de matériel ? Les « loups sinistres » sont éteints pour le moment, mais cela pourrait changer. »[1]
Il souhaite voir parmi les rangs de l’armée des animaux qui ont les capacités et la résistance physiques d’un loup arctique, tout en étant aussi obéissants et faciles à éduquer que nos chiens actuels.
Warhound prétend répondre à des besoins stratégiques
L’armée des Etats-Unis compte plus de 2.200 équipes cynophiles, et plus de 95% des chiens militaires sont nés à l’étranger, notamment dans des élevages situés en Allemagne et aux Pays-Bas. Warhound déclare agir pour l’indépendance de l’armée américaine envers les filières d’approvisionnement étrangères.
Avant d’être intégrés dans une unité cynophile, les jeunes chiens sont soumis à un entraînement d’une durée de 3 ans. Au cours de la formation, la moitié d’entre eux se révèle incapable de terminer le programme avec succès, notamment en raison de capacités physiques insuffisantes. La commercialisation de chiens génétiquement modifiés est censée répondre à cet écueil en évitant d’imposer vainement des efforts intenses à des animaux et pour éviter les dépenses inutiles.
Une biobanque pour le matériel génétique de chiens d’excellence
La start-up détient un stock d’échantillons de sang de chiens sélectionnés pour leurs excellentes performances. Il s’agit principalement de bergers malinois, de bergers allemands et de quelques labradors. L’entreprise a également prélevé des lignées cellulaires de ces animaux. Conservés dans une biobanque, ces extraits de matériel biologique permettent aux scientifiques de Warhound d’étudier les caractéristiques génétiques des chiens sélectionnés. L’entreprise en serait actuellement au stade de commencer à procéder à des modifications génétiques.
Les premières modifications génétiques auront pour but d’éliminer le risque de problèmes de santé répandues parmi ces races, comme la dysplasie de la hanche, ou le risque lié à une prédisposition au cancer, et d’augmenter leur espérance de vie. Au-delà d’améliorer l’état de santé de ces chiens, Ben Lamm prévoit dans un deuxième temps de procéder à des modifications génétiques pour les rendre plus rapides, plus agiles et « renforcer leurs récepteurs olfactifs, donc leur capacité à détecter les explosifs, notamment ». L’entreprise entamera ensuite le processus du clonage, pour des naissances de chiots prévues pour début 2027.
Des chiens modifiés et équipés de systèmes d’IA
Une fois « améliorés », les animaux seront dotés d’équipements fournis par Anduril, à savoir des protections pour les oreilles et les yeux, un gilet pare-balle ainsi qu’un casque Eagle Eye, qui utilise l’IA dans le but d’améliorer la perception, par le chien et par le maître, d’une situation donnée sur le terrain, et donc de rendre leurs interventions plus sûres.
Warhound n’a pas communiqué de prix. L’entreprise a déclaré prévoir de les commercialiser auprès du département de la Défense américain, des services de secours et des forces de police.
Le clonage de chiens, une technique contestable
Des chiens aux capacités exceptionnelles ont déjà été clonés par le passé. En effet, dès 2009 la Corée du sud a annoncé que ses forces de police intégraient six chiens renifleurs engendrés avec cette technique, tandis que 10 ans plus tard, en 2019, la Chine présentait six chiens policiers d’élite également issus du clonage. La start-up Warhound annonce vouloir utiliser cette technique à une bien plus grande échelle.
La vétérinaire Lisa Moses, qui est également enseignante en bioéthique à l’Université Harvard, rappelle que le taux de succès de cette technique reste faible, c’est-à-dire que le clonage de chiens implique la mort de nombreux chiots « pour produire un seul chiot clonés ». Cette technique met aussi en danger les chiennes mères porteuses (cf. Clonage : 30 ans après la naissance de Dolly, où en sommes-nous ?).
Un changement d’échelle dans le domaine de l’édition génétique du chien
Ben Novak est scientifique auprès de l’entreprise Revive and Restore, qui utilise la technique du clonage pour protéger les espèces en voie d’extinction. Il explique que la recherche dans le domaine de la modification génétique chez le chien n’est pas récente et pourrait donc « progresser très rapidement, car on dispose déjà de nombreuses données génomiques sur les races canines ». Il précise que des chercheurs ont déjà modifié le génome de chiens, de manière à cibler des gènes associés à la dysplasie de la hanche, les rendre hypoallergéniques ou traiter des troubles musculaires (cf. Edition génétique : des scientifiques créent un chien « hypoallergénique »).
Les effets à long terme de ces modifications sur la santé des animaux restent inconnus à ce jour. Le chercheur précise que ce travail mené à grande échelle pourrait mener à des « conséquences imprévues ».
[1] Palmer Lucky, dans une vidéo publiée sur X le 23 octobre 2026
Sources de la synthèse de presse: The Wall Street Journal, Markus Weisgerber (23/10/2026) ; Le Grand continent (23/10/2026) ; Scientific American, Mary Randolf (23/10/2026) ; The Dallas Morning News, Sasha Richie (22/10/2026) ; Wired, Kate Knibbs (22/10/2026) ; TechCrunch, Dominic-Madori Davis (22/10/2026) ; Fortune, Nick Lichtenberg (22/10/2026)