Clonage : 30 ans après la naissance de Dolly, où en sommes-nous ?

Publié le 9 juillet 2026
Clonage : 30 ans après la naissance de Dolly, où en sommes-nous ?
© iStock - Fotografer Garuda

Le 5 juillet 1996, naissait la brebis Dolly, premier mammifère né d’un clonage à partir d’une cellule somatique adulte (cf. Clonage : discussions autour de Dolly). Elle a été conçue au Roslin Institute, à Edinbourg, par l’embryologiste britannique Ian Wilmut. Sa vie fut courte. Souffrant d’arthrose et atteinte d’une maladie pulmonaire, Dolly a été euthanasiée en 2003, à l’âge de 6 ans. Trente ans plus tard, quel est l’état des lieux du clonage aujourd’hui ?

Un « frère jumeau » à plusieurs années d’écart

La technique du clonage la plus connue implique un transfert de noyau de cellule somatique (TNCS, cf. Qu’est-ce que le clonage et comment fonctionne-t-il ?). On prélève le noyau d’une cellule somatique adulte et on l’implante dans un ovocyte dont le noyau a été retiré. L’ovocyte, avec ce noyau qui porte l’ADN de l’individu cloné, reçoit une décharge électrique qui entraîne le processus de division cellulaire conduisant à obtenir un embryon.

Le clone a le même patrimoine génétique que l’individu initial, comme si un frère jumeau était engendré avec plusieurs années d’écart.

Un interdit à géométrie variable

En 2015, le Parlement européen a voté à une vaste majorité l’interdiction du clonage d’animaux d’élevage ainsi que leur importation. Le co-rapporteur de la commission de l’environnement, Renate Sommer, évoquait un taux de mortalité « toujours aussi élevé »[1] et le fait que « bon nombre des animaux qui sont nés vivants meurent dans les quelques premières semaines, et ils meurent douloureusement »[2].

Le clonage d’animaux domestiques est quant à lui autorisé (cf. Corée : deux chiots génétiquement modifiés et clonés). Quant au clonage humain, largement proscrit à l’échelle internationale, il n’a encore donné lieu à aucune naissance avérée (cf. « Unibébés », « bébés multiplex », ou issus biologiquement de deux parents de même sexe : « Les gens ne se rendent peut-être pas compte de la rapidité avec laquelle la science évolue »).

Cloner des animaux domestiques pour « faire vivre l’amour pour toujours »

Le clonage d’animaux domestiques est devenu connu du grand public en 2018, quand la chanteuse Barbara Streisand a fait cloner son chien mort, le président argentin Javier Milei a pris la pose entouré de son Mastiff et de ses 4 clones. En 2022, l’influenceuse texane Kelly Anderson obtenait une copie de son chat, après 4 ans d’essais infructueux. Elle montre chaque étape de son parcours sur ses comptes Instagram et Tiktok et sur le site « clonekitty ».

Kelly Anderson a fait appel à l’entreprise Viagen, basée au Texas, qui propose de cloner les chiens et les chats pour l’équivalent de 44.000 euros, ainsi que les chevaux pour 74.000 euros. Son slogan : « la science de faire vivre l’amour pour toujours »[3].

Les entreprises qui clonent les animaux de compagnie promettent le prolongement d’un lien avec un disparu, affirmant, dans le cas de Viagen, que « les chats clonés ont souvent la même intelligence, les mêmes traits de caractère et la même apparence que l’original ». De même, l’entreprise espagnole Ovoclone « garantit que le clone partage le même tempérament, la même intelligence et apparence que l’original »[4] (cf. Chine : le clonage des animaux de compagnie « en pleine expansion »).

Un animal cloné identique à l’« original » ?

L’apparence du clone peut être légèrement différente, et des études menées sur les chiens et les cochons d’Inde montrent que certains traits de caractères sont semblables, tandis que d’autres divergent.

Le biologiste Adam Reddon, qui a observé des cochons d’Inde, explique que « certains comportements pourraient être davantage déterminés par la génétique que d’autres ». Il n’en reste pas moins que « tous les traits de personnalité résultent d’une interaction entre le bagage génétique d’un animal et son environnement »[5]. Si Kelly Anderson trouve que Belle a la même « audace et insolence » que la chatte qu’elle a perdue, cela pourrait s’expliquer aussi bien par la génétique que par des stimulations similaires.

Cloner des chevaux aux performances sportives exceptionnelles

« Dans le monde ultra-compétitif du concours de saut d’obstacle, tout repose sur la génétique », affirme l’entreprise Ovoclone, qui propose des chevaux avec le même ADN que « la jument légendaire Harmonie », ou que Beauvalais, dont l’entreprise vante la qualité du lignage. Les clones de chevaux champions dans diverses disciplines équestres sont vendus en édition limitée pour en garantir l’exclusivité. Comme Viagen, Ovoclone fournit des chevaux clonés à des particuliers et aux éleveurs qui veulent s’approprier la descendance de ces animaux d’exception.

L’industrie est particulièrement développée en Argentine, au prétexte d’un engouement pour le polo et ses 12 chevaux par joueur et par partie. Le champion Adolfo Cambioso déclare que sa jument préférée a déjà plus de 20 clones. Le fondateur de l’entreprise argentine Clonargen biotech explique vouloir « améliorer la race » de ces animaux si performants[6].

Cloner des animaux menacés d’extinction ?

En novembre 2025, Viagen était rachetée par Colossal Biosciences, une entreprise dédiée à la « désextinction » des espèces disparues ou en voie d’extinction[7] (cf. Une espèce de loup ressuscitée ? L’annonce enjolivée de Colossal Biosciences).

Malgré les annonces dans ce sens, il ne s’agit pas de clonage à proprement parler, puisque la technique requiert une édition du génome avec la technologie Crispr, les individus ont un génome proche mais non pas identique à celui des espèces en question (cf. Avant le mammouth laineux, des chercheurs fabriquent des « souris laineuses »).

Une technique qui montre des limites

Le clonage remplacera-t-il bientôt la reproduction sexuée dans les élevages ? Son efficacité ne semble pas suffisante pour en permettre un usage généralisé.

Tout d’abord, le clonage en série montre des limites. Des chercheurs ont enchaîné les clonages de clones à partir d’une souris originelle, et ce, pendant deux décennies. Après une baisse continue de la fertilité de chaque cohorte, la 58e génération de souris n’a pas survécu (cf. Clonage : des scientifiques identifient une limite avant un « effondrement mutationnel »).

Des taux de rendement qui restent faibles

Avant d’obtenir la naissance de Dolly, les scientifiques ont perdu 277 embryons. Seuls 29 d’entre eux ont été implantés dans l’utérus d’une mère porteuse, pour aboutir à un seul animal viable. Ce taux de réussite extrêmement faible, qui entraîne la disparition de nombreux embryons et l’exploitation de nombreuses mères porteuses, ne s’est pas amélioré au fil du temps.

Richard Fry, le fondateur de l’entreprise Speed Breed, a cloné une cinquantaine de têtes de bétail depuis 1992. Il explique que le taux de succès du clonage est faible pour la plupart des espèces : 1 à 2%, avec un taux de 5 à 20% toutefois pour le bétail. Entre 2007 et 2020, les études montraient que les taux de réussite n’augmentaient pas[8].

Deux macaques clonés sont nés en Chine en 2018, avec un taux de rendement de 1,6% seulement.

(cf. Chine : premiers primates clonés par transfert nucléaire).

Qu’en est-il de l’espérance de vie de ces animaux ? Si Dolly est morte prématurément, Prometea, le premier cheval cloné, en 2003 en Italie, a actuellement 22 ans et il est en bonne santé. Selon Russel Bonduriansky, biologiste auprès de l’Université de Sydney, la science manque de données pour tirer des conclusions générales sur la bonne santé des clones et leur espérance de vie[9].

[1] le Parlement cite le chiffre de 6% d’efficacité pour le clonage porcin

[2] Communiqué de presse du Parlement européen, Le Parlement veut étendre l’interdiction des animaux clonés à leurs descendants (8/09/2015)

[3] « The science of keeping love alive », site internet de Viagen accédé le 08/07/2026

[4] Site internet d’Ovoclone, entreprise basée à Malaga, Espagne, accédé le 08/07/2026

[5] Ashley Balser Vigil, Vous pouvez cloner votre animal de compagnie (mais il n’aura pas la même personnalité), National Geographic (09/03/2026)

[6] En Argentine, des entreprises se spécialisent dans le clonage des chevaux, Radio Canada Info (11/03/2026)

[7] Layten Prator, Colossal’s First Acquisition Aims to Build a Global ‘Cloning Superpower’, D Magazine (5/11/2025)

[8] Gouveia, C.; Huyser, C.; Egli, D.; Pepper, M.S. Lessons Learned from Somatic Cell Nuclear Transfer. Int. J. Mol. Sci. 2020, 21, 2314. https://doi.org/10.3390/ijms21072314

[9] Peter de Kruijff, Horse and cattle cloning now commercialised in Australia, 30 years after Dolly the sheep, ABC News (2/09/2025)