Edition génétique : des scientifiques créent un chien « hypoallergénique »

Publié le 3 septembre 2026
Edition génétique : des scientifiques créent un chien « hypoallergénique »
© iStock

Des chercheurs ont utilisé l’édition génétique pour créer un chien « hypoallergénique ». Ces travaux ont été publiés dans The CRISPR Journal[1].

Le recours à CRISPR et au clonage

Pour créer deux beagles baptisés Alfie et Bailey, des scientifiques de la start-up Kindred Companion Sciences ont utilisé l’outil CRISPR pour modifier le code génétique de cellules cutanées canines, afin de désactiver le gène principal responsable de la production de protéines allergènes, Can f 1. Ils ont ensuite eu recours à une technique de clonage, le transfert nucléaire de cellules somatiques (cf. Clonage : 30 ans après la naissance de Dolly, où en sommes-nous ?).

25 embryons obtenus en insérant cet ADN modifié dans des ovules ont été implantés chez une « chienne porteuse ». Deux chiots sont nés, « en bonne santé », en septembre 2024[2].

Des chiots qui ne déclenchent pas de réaction allergique

Les scientifiques ont analysé leur salive et leur pelage et n’ont trouvé aucune trace de la protéine allergène. Ils n’ont par ailleurs pas détecté de « dommage génétique involontaire »[3]. Cependant les chercheurs ne peuvent pas affirmer que leur manipulation n’aura aucun effet négatif sur la santé des animaux. « Par mesure de précaution », les chiots ont été placés « sous étroite surveillance vétérinaire » dès leur naissance[4].

Après les tests biochimiques, les scientifiques ont fait appel à un « volontaire », en l’occurrence Matt Walker, PDG et co-fondateur de Kindred Companion Sciences. Alors qu’il a développé des éruptions cutanées allergiques après avoir été exposé à un « beagle classique » et « même aux races supposées hypoallergéniques », les chiens génétiquement modifiés n’ont déclenché aucune réaction chez lui.

« Une innovation centrée sur le consommateur »

Les chercheurs soulignent que ces travaux constituent seulement une démonstration de principe. Jusqu’ici, Alfie et Bailey ont présenté une croissance et un développement normaux. Mais avant que cette approche ne puisse être exploitée à des fins commerciales[5], les scientifiques devront faire la preuve de sa sécurité à long terme, « garantir une surveillance rigoureuse du bien-être animal »[6] et respecter « toutes les exigences réglementaires ». La technique pourrait, en principe[7], être appliquée à d’autres animaux.

« Notre objectif n’est pas de reconcevoir les chiens, mais d’apporter une modification minimale et précise qui réponde à un véritable problème », assure Matt Walker. Il avance privilégier la santé animale plutôt que l’apparence ou le tempérament. Pourtant, dans le cas des chiens génétiquement modifiés pour être hypoallergéniques, l’objectif immédiat est « avant tout de résoudre un problème humain : permettre aux personnes allergiques de vivre plus facilement avec des chiens ».

« A mes yeux, il s’agit d’une innovation centrée sur le consommateur », souligne la bioéthicienne Jessica Pierce. Même si, selon elle, « cela ne rend pas nécessairement cette recherche contraire à l’éthique », elle interroge : modifier génétiquement des chiens doit-il être la première réponse apportée ?

« Une nouvelle étape de la domestication » ?

Ce débat émergent serait « une nouvelle étape de la domestication » pour Jessica Pierce. « Historiquement, la cohabitation avec les animaux a toujours exigé des humains qu’ils s’adaptent à eux : à leur perte de poils, à la saleté, au bruit et à d’autres problèmes. L’édition génétique pourrait potentiellement inverser cette relation en rendant les animaux de plus en plus adaptables aux préférences humaines. »

D’ailleurs les propriétaires d’animaux de compagnie se mettent à pratiquer le « biohacking » dans l’espoir de prolonger leur espérance de vie : séances de luminothérapie, massages chez le chiropracteur, compléments alimentaires spécialisés, ou encore colliers supposés intégrer « une technologie avancée d’énergie quantique conçue pour favoriser le bien-être général de votre chien ».

Dès lors on s’interroge : « les chiens sont-ils des êtres avec lesquels les humains partagent leur vie, ou s’agit-il de produits pouvant être toujours plus optimisés pour satisfaire leur propriétaire ? »

[1] Matt W.G. Walker et al, Targeted Genetic Knockout of Can f 1, the Major Allergen in Dogs, The CRISPR Journal (2026). DOI: 10.1177/25731599261473124

[2] Des chercheurs avaient déjà tenté de créer des animaux de compagnie hypoallergéniques, principalement par clonage. Mais cela a donné naissance à des chiots en moins bonne santé. Des scientifiques ont utilisé la technique CRISPR pour réduire les niveaux d’une protéine allergène chez un chat nommé Alsik.

[3] La modification apportée est rare, mais elle existe à l’état naturel chez certains chiens

[4] Les chiots vivent avec des scientifiques de Kindred

[5] Une demande de brevet a été déposée

[6] Certains redoutent que cela réduise les adoptions des chiens des refuges

[7] Les allergènes félins « ont une base génétique différente et plus complexe » que l’allergène canin étudié dans la présente étude indique Matt Walker.

Sources de la synthèse de presse : AP news, Adithi Ramakrishnan (05/08/2026) ; Phys.org, Sanjukta Mondal (16/08/2026) ; Newsweek, Liz O’Connell (22/08/2026) ; Daily mail, Elmira Tanatarova (19/08/2026)