Des embryons génétiquement modifiés pour étudier le rôle de certains gènes dans le développement
Des chercheurs du Loke Center for Trophoblast Research de l’université de Cambridge ont eu recours à l’édition de bases, une technique plus précise[1] que l’outil CRISPR Cas9, pour modifier génétiquement des embryons et étudier ainsi le rôle de certains gènes dans leur développement[2].
En bloquant un gène appelé NANOG chez des embryons humains « à un stade très précoce », ils ont constaté que « les cellules de l’embryon ne pouvaient pas se développer en cellules pluripotentes plus spécialisées appelées épiblaste, qui forment par la suite le corps ». Sans le gène NANOG, les cellules qui deviendront plus tard le placenta et le sac vitellin — les tissus qui assistent l’embryon en développement — pouvaient tout de même se former. Cette étude a été publiée dans la revue Nature[3].
L’embryon, matériau de laboratoire
Bien que des études sur l’édition de bases d’embryons humains aient déjà été rapportées, c’est la première fois que cette technique est utilisée pour étudier la fonction des gènes chez les embryons humains, affirment les scientifiques[4] (cf. Edition de base : des embryons génétiquement modifiés avec une précision « sans précédent » ?). « En identifiant précisément comment des gènes tels que NANOG contrôlent le développement des cellules pluripotentes, nous pouvons rendre les systèmes de cellules souches destinés à la recherche biomédicale plus prévisibles et plus fiables », défend le Dr Oliver Bower, chercheur au Loke Center for Trophoblast Research et premier auteur de l’étude.
Mais derrière les « systèmes de cellules souches », ce sont bel et bien des embryons humains qui sont utilisés comme matériau de laboratoire. Soit directement, soit une fois qu’on leur a prélevé leur cellules souches pour obtenir des « embryoïdes », encore moins protégés des pulsions épistémophiliques des scientifiques (cf. Monette Vacquin : « Le grand moment de rupture, c’est la fécondation in vitro »).
Les chercheurs affirment avoir travaillé sous la « surveillance réglementaire stricte » de la Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA), l’autorité de régulation britannique en la matière. « Les embryons, ovocytes et spermatozoïdes utilisés dans le cadre de cette étude provenaient d’échantillons inutilisés donnés par des couples ayant suivi un traitement de FIV », précisent-ils. « La plupart des donneurs avaient déjà constitué leur famille et souhaitaient que leurs embryons, ovocytes ou spermatozoïdes excédentaires soient utilisés à des fins de recherche. » (cf. La justice annule une autorisation de recherche utilisant 400 embryons humains) Les embryons ont été « cultivés en laboratoire pendant une durée maximale de six jours et demi après la fécondation », puis « laissés mourir ».
Vers une application en clinique ?
« Une meilleure compréhension du rôle des gènes nécessaires au développement humain, tels que le gène NANOG, pourrait à l’avenir contribuer à améliorer les taux de réussite de la FIV et à mieux comprendre les fausses couches précoces », justifient les chercheurs.
Ils envisagent même l’édition de bases pour modifier, au stade embryonnaire, des gènes liés à des maladies héréditaires telles que la mucoviscidose ou la maladie de Huntington, « afin d’empêcher la transmission de ces maladies aux générations futures » (cf. Embryons génétiquement modifiés : le milliardaire Brian Armstrong veut financer une start-up). « Avant toute utilisation clinique future, des tests de sécurité approfondis, un perfectionnement de la technique, ainsi qu’un large débat public et un soutien de la population seraient nécessaires », avancent les scientifiques. L’argument sera de prévenir des pathologies lourdes. Avant de proposer des bébés augmentés ?
Compterons-nous bientôt parmi nous des êtres humains génétiquement modifiés ? Les chercheurs y travaillent. Et ils « avancent ».
[1] « Elle permet de modifier une seule paire de bases nucléotidiques — l’élément constitutif de base de l’ADN — au sein d’un génome humain comptant environ 3 milliards de paires de bases »
[2] Medical Xpress, First use of precision editing to study human embryo development reveals role of master gene, University of Cambridge (25/06/2026)
[3] Base editing reveals an essential role for NANOG in human embryogenesis, Nature (2026). DOI: 10.1038/s41586-026-10792-1.
[4] Ils indiquent que de précédentes études menées chez la souris avaient montré que « la perte de NANOG avait perturbé à la fois l’épiblaste et le sac vitellin », à la différence de l’homme. Ce qui justifie selon eux l’emploi d’embryons humains