Fin de vie en Espagne : un père tente d’empêcher l’euthanasie de sa fille

Publié le 6 mars 2025
Fin de vie en Espagne : un père tente d’empêcher l’euthanasie de sa fille

Au mois d’août 2024, une jeune Espagnole de 24 ans, Noelia, a vu son euthanasie suspendue in extremis à la demande de son père. Paraplégique, elle a confirmé le 4 mars dernier devant un tribunal espagnol son désir de mourir par suicide assisté : « Je veux en finir une bonne fois pour toutes ». Or, ce n’est pas la volonté de ses parents et ses sœurs. Ainsi, l’affaire oppose la Generalitat, qui défend la décision de la Commission de Garantie et d’Evaluation (CGAC) de donner feu vert à l’euthanasie, et le père de Noelia.

Le consentement d’une jeune femme suicidaire ?

La paraplégie de Noelia fait suite aux blessures qu’elle a subies après avoir tenté de se suicider en 2022. Le gouvernement régional de Catalogne appuie sa demande, après que la CGAC a soutenu unanimement sa décision en juillet 2024. Le ministère public, lui, a soutenu la demande du père de la jeune femme, de suspendre son euthanasie qui devait avoir lieu le 2 août dernier et n’a toujours pas statué sur la question de savoir si le suicide assisté devait lui être accordé.

Sept médecins spécialistes présents à l’audience ont convenu à l’unanimité qu’elle a des « capacités préservées » et ne souffre d’aucun problème mental qui altère sa capacité de décision. Noelia se dit « contrainte » de renoncer à cause de groupes religieux. L’avocat principal membre d’Abogados Cristianos nie toute coercition en assurant qu’il « a été absolument prouvé qu’il n’y a pas eu de harcèlement ». Selon lui, Noelia souffre d’un trouble obsessionnel compulsif qui se manifeste par des pensées suicidaires. Sa paraplégie ne lui cause pas de douleur, ni de souffrance insupportable, ne lui permettant pas de recourir du suicide assisté ainsi que le prévoit la législation espagnole.

Protéger les plus vulnérables

En outre, le père de la jeune femme rappelle « l’obligation de l’Etat de protéger la vie des gens, en particulier les plus vulnérables, comme c’est le cas d’un jeune souffrant de santé mentale ». Il affirme par ailleurs que sa fille avait changé d’avis plusieurs fois quant à son souhait de subir une euthanasie. Noelia assure qu’elle n’avait aucune intention de faire machine arrière.

La loi sur l’euthanasie a été introduite en Espagne en 2021. Les parties ont cinq jours pour soumettre leurs rapports écrits et la position du Parquet sera déterminante. Le juge rendra ensuite une décision contre laquelle un recours pourra être déposé auprès du Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne (TSJC).

Complément du 17/03/2025 : Dans une décision datée du 14 mars, la juge Irene Urbón considère que la jeune femme remplit les conditions fixées par la loi espagnole. Les avocats représentant son père ont indiqué qu’ils feraient appel de la décision.

Sources de la synthèse de presse : El Mundo, Cristina Rubio (04/03/2025) ; Le Parisien, Maxime Poul (05/03/2025) ; AFP (17/03/2025)