Greffe de tissu ovarien ou testiculaire : restaurer la fertilité malgré une chimiothérapie subie à l’adolescence
Un homme dont le tissu testiculaire avait été congelé avant qu’il ne subisse une chimiothérapie dans son enfance, puis réimplanté 16 ans plus tard, a réussi à produire des spermatozoïdes. Il s’agissait d’un essai clinique dont les résultats sont disponibles dans une pré-publication[1] mais n’ont pas encore été revus par les pairs.
Selon les scientifiques, ce serait la première fois qu’il est démontré qu’une greffe de tissu testiculaire prépubère cryoconservé permet de rétablir la production de spermatozoïdes chez un patient adulte. Cet homme de 27 ans avait fait congeler l’échantillon à l’âge de 10 ans. « C’est une découverte majeure », affirme le professeur Ellen Goossens, de la Vrije Universiteit Brussel, qui a dirigé l’essai. « Beaucoup plus de personnes auront l’espoir de pouvoir avoir des enfants biologiques. »
Préserver la fertilité de patients prépubères
En 2002, la clinique belge a été la première à commencer à conserver du tissu testiculaire de patients prépubères[2]. Les premiers patients de la clinique atteignent aujourd’hui l’âge adulte et certains souhaitent fonder une famille. Le premier patient à avoir bénéficié d’une greffe de tissus avait subi une chimiothérapie et une greffe de moelle osseuse pour traiter sa drépanocytose. Avant le traitement, la clinique a retiré chirurgicalement un testicule, l’a segmenté en petits morceaux et a congelé les tissus.
L’année dernière, quatre fragments de tissu ont été greffés dans le testicule restant et quatre sous la peau du scrotum. Après un an passé dans l’organisme, les greffons ont été retirés et analysés en laboratoire. Deux des greffons provenant de l’intérieur du testicule avaient produit des spermatozoïdes matures, qui ont été prélevés et congelés. « Les spermatozoïdes isolés semblaient normaux », indique le Pr Goossens. « Il reste à voir s’ils sont capables de féconder un ovule. »
Le professeur Rod Mitchell, endocrinologue pédiatrique, mène un essai similaire au Centre pour la santé reproductive de l’université d’Édimbourg. La banque de tissus testiculaires lancée en 2014 recense des échantillons pour plus de 1000 patients britanniques. « Nous disposons désormais d’une preuve de principe chez l’homme que cette approche va fonctionner, ce qui est incroyable », se réjouit le professeur. Plus de 3000 patients à travers le monde ont déjà fait conserver du tissu testiculaire.
Eviter le recours à la PMA ?
En France, c’est une femme de 33 ans qui a bénéficié d’une greffe de tissu ovarien prélevé chez elle alors qu’elle avait 13 ans (cf. Cryoconservation de tissu ovarien : la fin de la ménopause ?). Elle était alors atteinte d’un cancer. L’intervention a été pratiquée par le CHU de Caen.
Quand son ovaire a été prélevé, « la conservation de fragments d’ovaire n’en était alors qu’à l’état de recherche », indique le Dr Christine Denoual-Ziad, chef du service de gynécologie-obstétrique du CHU.
La greffe a été pratiquée il y a un mois. « Il faut à présent que le cycle hormonal de la jeune femme se relance. Ce qui peut prendre jusqu’à six mois, précise le médecin. Mais, ensuite, si la greffe fonctionne, la patiente aura exactement les mêmes chances de grossesse que les autres. » « Cette jeune femme qui était malade a survécu et peut tout à coup peut espérer donner la vie à son tour. » (cf. Greffe de tissu ovarien : une naissance en Bretagne)
[1] E Goossens et al. First successful transplant of human immature testicular tissue after gonadotoxic therapy during childhood: complete spermatogenesis in intra-testicular grafts, medRxiv, https://doi.org/10.64898/2026.03.04.26347483
[2] . Les testicules immatures contiennent des cellules souches spermatogoniales – les précurseurs des spermatozoïdes – et des cellules de Sertoli, des cellules « nourricières » essentielles à la formation des spermatozoïdes en développement.
Sources de la synthèse de presse : The Guardian, Hannah Devlin (04/05/2026) ; Le Parisien, Bertrand Fizel (21/04/2026)