Greffe d’utérus sur des femmes transgenres : « Sur le plan technique chirurgical, ce n’est pas difficile »
Alors que le nombre de transplantations utérines se multiplie (cf. Royaume-Uni : une première naissance après une transplantation d’utérus issue d’une donneuse décédée ; Greffe d’utérus : une quatrième transplantation et trois naissances en France), la communauté scientifique reste « divisée » quant à la perspective de pratiquer ce type d’intervention sur des femmes transgenres, des personnes nées hommes et devenues femmes à l’état civil.
« Je n’ai pas fait 15 ans de recherche avec 20 chercheurs pour mener une telle transplantation »
Le professeur Jean-Marc Ayoubi, à l’origine de la première greffe d’utérus réalisée en France, affirme : « Sur le plan technique chirurgical, ce n’est pas difficile ». « Il suffit de brancher l’artère et la veine et ça marche… », résume le médecin. « Sur le plan théorique, la personne pourrait également avoir un bébé. Car un bébé a besoin d’un utérus et que celui-ci soit irrigué et fonctionnel », explique-t-il. « Mais je n’ai pas fait 15 ans de recherche avec 20 chercheurs pour mener une telle transplantation », oppose le professeur.
En effet, le Pr Ayoubi pointe que transplanter un utérus chez une femme transgenre serait « artificiel, au sens large du terme ». « Il n’y aurait rien de naturel, souligne-t-il. D’abord, la personne ne disposerait pas d’ovocytes. Il faudrait donc lui procurer les ovocytes d’une donneuse, qu’il faudrait ensuite traiter hormonalement. » Et la personne receveuse devrait aussi se voir administrer des hormones féminines pour préparer l’utérus transplanté à l’implantation d’un embryon.
Une question de « non-discrimination » ?
Les critères encadrant la transplantation utérine au niveau international datent de 2013. Ils imposent que les personnes receveuse soient « génétiquement des femmes ». Ces critères pourraient toutefois évoluer. En effet, les dernières recommandations de la Société internationale de transplantation utérine publiées au mois de décembre dernier dans la revue Transplantation[1], indiquent que cette procédure « n’a été pratiquée que chez des femmes cisgenres mais [que] son application aux femmes transgenres fait l’objet de vifs débats ».
« On sait qu’au moins certaines femmes transgenres désirent vivre une grossesse, un accouchement et la parentalité, et sont susceptibles de recourir à une transplantation utérine en utilisant leurs propres gamètes, des gamètes de donneuse ou des embryons de donneuse », précise le document. « Les principes de non-discrimination justifient que les receveurs et les donneurs potentiels ne soient pas automatiquement exclus de la greffe d’utérus pour des raisons non médicales liées à l’identité de genre », considère la société savante.
De son côté le Pr Ayoubi assume : « Je peux être critiqué pour cette position, mais je ne ferai pas de recherche pour aller dans ce sens-là ».
[1] Wall AE, Brännström M, Lotz M, Racowsky C, Stock P, Järvholm S, Sustek P, Brucker S, Tullius SG; International Society of Uterus Transplantation Ethics Committee; endorsed by The Transplantation Society Ethics Committee; International Society of Uterus Transplantation Ethics Committee and endorsed by The Transplantation Society Ethics Committee. Evolving Ethical Challenges After a Decade of Uterus Transplantation: Recommendations From the International Society of Uterus Transplantation Ethics Committee. Transplantation. 2025 Dec 1;109(12):1836-1844. doi: 10.1097/TP.0000000000005507. Epub 2025 Aug 26. PMID: 40855396.
Source de synthèse de presse : La Libre, Sophie Devillers (21/03/2026)