« Incriminer l’avortement contraint ou forcé », informer sur les « alternatives possibles » : à l’ONU, Reem Alsalem s’oppose aux violences contre les mères sans oublier l’IVG

Publié le 1 octobre 2026
« Incriminer l’avortement contraint ou forcé », informer sur les « alternatives possibles » : à l’ONU, Reem Alsalem s’oppose aux violences contre les mères sans oublier l’IVG
© iStock - Askolds

Après un rapport consacré à « la violence contre les femmes et les filles, ses causes et ses conséquences », où elle condamnait vigoureusement la maternité de substitution (cf. L’ONU appelle à « prendre des mesures en vue d’éradiquer la maternité de substitution sous toutes ses formes »), la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes et les filles, Reem Alsalem, a consacré un nouveau document onusien à la « violence contre les mères ». Au sein de ce panorama des violences et des discriminations subies par les femmes à travers le monde en raison de leur statut de mère, elle dénonce les contraintes et pressions qui peuvent conduire une femme à avorter alors qu’elle ne le souhaite pas.

Un constat lucide…

« La pauvreté et la marginalisation » peuvent conduire les mères à interrompre leur grossesse, pointe Reem Alsalem. « L’absence de moyens financiers minimaux ou de conditions jugées nécessaires pour élever un enfant » peut « contraindre les femmes à recourir à l’avortement ».

La Rapporteuse souligne aussi les risques de la délivrance de pilules abortives par la poste : « Les mères peuvent également être contraintes ou forcées à avorter, notamment en raison de régimes d’avortement par correspondance ou par télémédecine qui n’exigent pas l’administration de médicaments abortifs sous surveillance médicale » (cf. « Avortements par la poste » et pression sur les femmes : les médecins britanniques alertent).

« Elles peuvent subir un avortement à leur insu ou sans leur consentement éclairé, notamment dans des situations de violence conjugale, de traite et d’exploitation sexuelle », poursuit-elle. « Le refus d’avorter, y compris dans les cas de handicap, a conduit à la stigmatisation, au refus d’assistance, à des agressions et à des meurtres », dénonce la Rapporteuse spéciale.

Elle saisit cette nouvelle occasion de dénoncer la pratique de la GPA, source de « violence procréative », « notamment par l’exposition à des procédures médicales préjudiciables et à des interventions imposées sans véritable consentement, y compris le transfert forcé d’embryons et l’avortement forcé à la demande des parents commanditaires ou des agences » (cf. La mère porteuse a refusé d’avorter, un nouveau-né « gravement malade » finalement remis à ses commanditaires).

… et des recommandations détaillées

Après le constat viennent les recommandations aux Etats et parties prenantes dont plusieurs sont dédiées à l’avortement. Reem Alsalem préconise de « garantir l’accès des victimes de viol à des soins complets, y compris la possibilité de recourir à l’avortement », mais elle demande de « veiller à ce que les mères qui envisagent un avortement reçoivent des informations exactes et complètes sur les alternatives disponibles, y compris l’accès à des services de soutien ».

La Rapporteuse spéciale recommande aussi d’« incriminer l’avortement contraint ou forcé, y compris l’avortement sélectif en fonction du sexe ou du handicap ». Dans le cas d’un avortement médicamenteux, elle réclame également d’« exiger un dépistage en personne ou en ligne par un professionnel de santé qualifié afin de recenser tout indicateur de contrainte, de violence ou d’exploitation avant la délivrance du médicament ».

« Confrontées à une grossesse parfois imprévue alors qu’elles se trouvent en situation de vulnérabilité, avorter est souvent la seule alternative qui leur soit proposée ». Tel est « le vécu de beaucoup de femmes enceintes », souligne l’ECLJ[1]. L’organisation « se réjouit donc qu’une vision nuancée et fidèle à la réalité figure désormais dans un document onusien ». Car pour ces femmes, « cet acte n’est pas synonyme de liberté, de choix, de droit ou d’autonomie : c’est une violence qui leur est faite, ce que le présent rapport reconnaît enfin expressément ».

[1] ECLJ, L’ONU reconnaît l’IVG «contraint» comme une violence, Priscille Kulczyk (28/09/2026)