« Guérir l’incurable » ? Un nouvel outil CRISPR pour détruire plutôt que modifier

Publié le 7 mai 2026
« Guérir l’incurable » ? Un nouvel outil CRISPR pour détruire plutôt que modifier
© iStock - skhoward

Un nouveau type d’outil CRISPR, « qui détruit les cellules plutôt que de les modifier génétiquement », s’est révélé capable d’éliminer des cellules malades tout en épargnant les cellules saines. Cette technologie a pour le moment été testée in vitro et chez la souris. Les chercheurs ont publié leurs résultats dans la revue Nature[1].

Cas12a2, une protéine qui agit « comme une déchiqueteuse de papier »

Alors que Cas9 agit « comme une paire de ciseaux moléculaires » pour effectuer des modifications de l’ADN, la protéine Cas12a2 agit « comme une déchiqueteuse de papier ». Lorsqu’elle est activée par sa cible, elle « broie » le génome : une action que les chercheurs affirment pouvoir programmer pour détruire les cellules nocives infectées par un virus ou les cellules cancéreuses. Face aux dommages causés à l’ADN, les cellules ciblées s’autodétruisent.

« Son objectif n’est pas de corriger quoi que ce soit », explique Yang Liu, maître de conférences en biochimie à l’Université de l’Utah Health et l’un des coauteurs de l’article. « Il s’agit plutôt de détruire tout ce qu’il voit. »

Des essais in vitro et chez la souris

Les chercheurs ont ciblé une mutation cancéreuse d’un gène appelé KRAS. L’utilisation de Cas12a2 a réduit de 50%, in vitro, la croissance de cellules cancéreuses pulmonaires humaines présentant cette mutation, avec une efficacité « comparable » à celle de médicaments anticancéreux. Et, contrairement aux produits utilisés en chimiothérapie, Cas12a2 n’a eu aucun effet sur les cellules présentant un gène KRAS sain.

« Si l’on envisage un traitement contre le cancer, on traite la maladie sans effets secondaires, déclare Yang Liu. Cela nous a beaucoup impressionnés. Nous ne savions pas que c’était possible. »

Cas12a2 a également permis de détruire « efficacement » des cellules infectées par le papillomavirus humain : la croissance des cellules infectées était réduite, in vitro, de plus de 90% sans nuire aux cellules saines. L’injection de Cas12a2 a également ralenti la croissance tumorale chez la souris. Pour Yang Liu, cette technique pourrait être utilisée contre le VIH.

Un long chemin encore avant la clinique

Jared Thompson, chercheur diplômé en biochimie à l’Université de l’Utah Health et l’un des co-auteurs de l’article met toutefois en garde : « Nous ne savons pas encore comment la simple présence de cette protéine, même si elle n’est pas activée, affecte l’organisme ». Les scientifiques ajoutent qu’outre les questions de sécurité, acheminer une quantité suffisante de Cas12a2 vers les parties du corps qui en ont besoin constituera un défi majeur.

Les chercheurs restent néanmoins optimistes. Outre le traitement des infections virales et du cancer, Yang Liu pense que le potentiel cytotoxique de la molécule pourrait être utilisé pour traiter les maladies neurodégénératives en éliminant les cellules du cerveau qui produisent des toxines. La molécule pourrait également servir à « inverser » d’autres maladies liées au vieillissement « en détruisant les cellules malades qui consomment des ressources sans contribuer au bon fonctionnement de l’organisme ». Et à la question « quelle est la prochaine étape de cette recherche ? », le chercheur ose répondre : « Guérir l’incurable ».

[1] Yang Liu, RNA-triggered cell killing with CRISPR–Cas12a2, Nature (2026). DOI: 10.1038/s41586-026-10466-y.

Source de la synthèse de presse : Phys.org, University of Utah Health Sciences (06/05/2026)