IA en santé : « le patient devient une ligne de code, et le médecin une signature »
« 50 patients par heure », « 72 secondes par patient ». Dans un communiqué de presse, l’UMFLS, un syndicat de médecins libéraux, dénonce ce que le groupe britannique Health Hero affiche comme la « médecine de demain ».
Dans ce modèle de consultation dite « asynchrone », « l’IA recueille les antécédents, détecte les risques, gère « l’interaction avec le patient », prépare le diagnostic, le traitement et le plan de soins, puis remplit le dossier. Il ne reste au médecin qu’une case : la « décision ultime » ». Ainsi, « le patient devient une ligne de code, et le médecin une signature ».
La solution à la pénurie de médecins : « que les patients ne voient plus de médecin » ?
« La décision ultime, en 72 secondes, sur un patient qu’il n’a jamais vu. Ce n’est plus de la médecine. Le patient y est réduit à un formulaire, le médecin à une signature, et cette signature porte toute la responsabilité », s’insurge le syndicat.
Le patient peut également obtenir une ordonnance « sans rendez-vous » en remplissant un formulaire. La solution à la pénurie de médecins serait-elle « que les patients ne voient plus de médecin » ? Actuellement, en France, une consultation sans échange avec le patient n’ouvre pas droit au remboursement.
« La médecine à deux vitesses, emballée dans un discours sur l’innovation »
Le groupe Health Hero est propriétaire de Qare, l’une des principales plateformes de téléconsultation en France.
L’UMFLS s’interroge : ce « modèle » sera-t-il importé en France ? Séduira-t-il les complémentaires santé ? « On connaît la suite, anticipe le syndicat. D’un côté, ceux qui pourront encore voir un médecin. De l’autre, ceux à qui l’on proposera un formulaire, un algorithme et une signature à la chaîne. C’est la médecine à deux vitesses, emballée dans un discours sur l’innovation. » (cf. Développement de l’intelligence artificielle : « la santé sert de prétexte »)
« Une atteinte aux médecins, à la médecine et surtout à la santé des patients »
La téléconsultation peut être un outil utile, reconnait l’UFML-S. Mais « vendre cette plateforme comme une solution à la pénurie de médecins relève d’une atteinte aux médecins, à la médecine et surtout à la santé des patients », considère l’organisation. Récemment la multinationale américaine Nvidia, est entrée au capital de Doctolib (cf. Doctolib : Nvidia va entrer au capital en tant qu’actionnaire minoritaire pour « lancer la révolution de l’IA en Europe »). Dans le but, un jour, de remplacer le médecin par une intelligence artificielle ?
Pourtant « la santé n’est pas un marché, le seul profit légitime est celui du service médical rendu », rappelle un collectif composé de membres de l’Académie de médecine et de soignants dans une tribune publiée par le Monde. En vain ?