IVG : « diversifier l’offre » ou prendre conscience « qu'il ne s'agit pas d'un acte normal ou banal » ?
A l’occasion de la « Journée mondiale pour le droit à l’avortement », le Planning familial a publié son deuxième baromètre sur l’accès à l’avortement en France. Pour l’association, « des obstacles importants persistent ». L’« alerte » reprise par toute la presse[1] interroge, alors que le nombre d’avortements recensés en 2025 n’a jamais été aussi élevé (cf. 259 400 avortements en France en 2025 : une grossesse sur 3,5 a été interrompue).
Des délais d’attentes considérés trop longs
Pour appuyer son constat l’association indique que « 72% des femmes ayant avorté dans un établissement de santé ont attendu plus de 7 jours pour obtenir leur rendez-vous ». « Un constat d’autant plus alarmant que dans ses directives sur les soins liés à l’avortement, l’OMS se positionne strictement contre tout délai d’attente obligatoire », entend faire valoir le Planning familial (cf. Des dizaines de millions d’avortements dans le monde chaque année. Et toujours pas assez pour l’OMS.).
Le délai de réflexion aujourd’hui considéré comme un « obstacle » à l’avortement était pourtant jugé « indispensable » par Simone Veil, « pour faire prendre conscience à la femme de ce qu’il ne s’agit pas d’un acte normal ou banal, mais d’une décision grave qui ne peut être prise sans en avoir pesé les conséquences et qu’il convient d’éviter à tout prix »[2]. L’OMS a éclipsé Simone Veil.
Le Planning familial déplore en outre que l’avortement « reste encore trop souvent entouré de tabous ». Ainsi, 35% des femmes reconnaissent qu’il leur a été « difficile » de parler de leur intention d’avorter avec leur entourage. Mais est-ce le signe d’un « tabou » ou simplement du fait qu’il ne s’agit pas d’un acte comme un autre ? Loin s’en faut.
65% des femmes déclarent avoir ressenti « une certaine pression pour avorter »
Autre « obstacle » identifié par le baromètre du Planning familial : une femme sur 2 indique qu’« un·e professionnel·le a refusé de l’accompagner pour l’intervention ». « L’enquête ne nous dit pas si le professionnel de santé a fait usage de sa clause de conscience spécifique à l’IVG », précise l’association. Ce qui ne l’empêche pas de revendiquer la suppression de la clause de conscience des médecins. La mesure est d’ailleurs au programme de la « Stratégie nationale de santé sexuelle » du gouvernement (cf. Clause de conscience, délais : le gouvernement prévoit de « réévaluer » le cadre légal en matière d’avortement).
« Les pressions restent également très présentes dans les parcours », déplore le Planning familial. Il précise que « 65% déclarent avoir ressenti une certaine pression pour avorter et 62% une pression pour ne pas avorter ». Pourtant, face au constat que les femmes subissant des pressions pour avorter sont plus nombreuses que les autres, le Planning familial ne se départit pas de ses œillères. « Les pressions auxquelles sont confrontées les personnes qui avortent montrent la nécessité de mener des politiques plus volontaristes, afin que chacune puisse avorter librement, en toute sécurité et en confiance », conclut l’association. La protection des femmes est-elle à sens unique ? (cf. IVG : une femme témoigne « ce n’était pas « mon choix », mais « ma peur »»)
Une volonté de « diversifier l’offre d’IVG »
Les politiques le sont. Unilatérales. Nulle question de prévention mais la volonté de « simplifier les parcours, réduire les inégalités territoriales et sociales ainsi que de diversifier l’offre d’IVG »[3]
La « feuille de route 2026-2030 de la Stratégie nationale de santé sexuelle » prévoit ainsi « la modernisation des forfaits de prise en charge, la suppression du délai de carence en cas d’arrêt de travail consécutif à une IVG et la prise en charge des frais de transport lorsqu’aucune structure de proximité ne propose la méthode choisie ». « Elle vise également à mieux accompagner les situations particulières, notamment celles des femmes proches de la fin du délai légal » – qu’il s’agit de repousser pour « s’aligner » sur certains de nos voisins européens, ainsi que celles « des mineures ou des personnes éloignées de l’offre de soins, et à soutenir le développement de l’IVG instrumentale dans les centres de santé ».
La sénatrice Laurence Rossignol indique d’ailleurs avoir déposé ce lundi une proposition de loi visant à « permettre aux sage-femmes de pratiquer des IVG instrumentales partout où les médecins le peuvent déjà[4], en particulier dans les centres de santé »[5].
Avorter : une question de « droit » pour les femmes ?
Le 25 septembre, le Planning familial a interpellé le Pape à l’occasion de sa venue en France. Dans une lettre ouverte, les signataires se disent « interpellé.es » par un passage de l’encyclique de Léon XIV, Magnifica Humanitas : « Il ne suffit donc pas d’affirmer en paroles que hommes et femmes ont la même dignité et les mêmes droits ; il faut que cela se traduise par des choix concrets, dans des lois, dans l’accès au travail, à l’éducation ». Ils réclament que l’Eglise « cesse de faire obstacle » au « droit des femmes à disposer de leur corps ».
Alors que Léon XIV rappelle la « dignité inaliénable » de toute personne humaine (cf. « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral » : le « droit à l’aide à mourir » fermement condamné par Léon XIV), le malentendu s’installe. Pour l’association qui s’affirme féministe, avorter serait un « droit » de la femme. Mais s’agit-il de cela ? Là où certaines clament : « Nos corps, nos choix, nos droits »[6], d’autres soulignent que l’embryon n’a pas le même ADN que la femme enceinte. Il est doté d’un système circulatoire et d’un système nerveux indépendants qui lui sont propres. Son rythme cardiaque est aussi très différent de celui de la femme qui le porte. L’observation scientifique ne peut que conduire à conclure que l’embryon, certes présent au sein du corps de la femme enceinte, n’est pas une simple partie de son corps, mais bien un être humain à part entière.
Interrompre la vie d’un embryon est autorisé par le droit français. Cette « liberté » est même inscrite dans la Constitution. Mais comme l’a souligné le Pape au sujet du « droit à l’aide à mourir », « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral ». La loi ne dispense pas de réfléchir à l’acte qu’elle autorise avant d’agir.
[1] Voir par exemple France info, INFO RADIO FRANCE. L’accès à l’avortement de plus en plus difficile en France malgré son inscription dans la Constitution, alerte le Planning familial (28/09/2026) ou Ouest France, IVG : délais trop longs, moyens insuffisants, IA… L’inquiétude grandit pour l’accès à l’avortement en France (28/09/2026)
[2] Simone Veil, « Aucune femme ne recourt de gaîté de cœur à l’avortement », 26 novembre 1974
[3] Santé sexuelle et reproductive : garantir la liberté de choix et l’accès effectif aux droits, en renforçant l’accès à une information fiable, communiqué de presse du gouvernement (28/09/2026)
[4] Actuellement, les IVG médicamenteuses peuvent être réalisées par les sage-femmes en ville comme à l’hôpital. Elles peuvent aussi pratiquer des IVG instrumentales, mais uniquement en établissement de santé, hôpital ou clinique, sous condition de formation spécifique, depuis un décret d’avril 2024 (cf. IVG : les sages-femmes demandent la réécriture du décret, l’Exécutif obtempère).
[5] Public Sénat, « Le droit à l’IVG ne doit pas être que constitutionnel » : Laurence Rossignol veut élargir l’offre de soins et le choix des femmes, Emma Bador-Fritche (28/09/2026)
[6] Aurore Bergé, Santé sexuelle et reproductive : garantir la liberté de choix et l’accès effectif aux droits, en renforçant l’accès à une information fiable, communiqué de presse du gouvernement (28/09/2026)