« Aide à mourir » : le nombre de demandes augmente de 20% par an et l’Etat du Victoria relâche les conditions d’accès
1138 demandes d’« aide à mourir », un chiffre en augmentation de 38% sur un an[1] : l’Etat du Victoria a publié son rapport sur l’ « aide à mourir » (voluntary assisted dying, VAD) pour la période allant du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026.
Depuis l’autorisation de cette pratique en 2019, ce sont 4790 personnes qui ont demandé à y recourir dans l’Etat australien. Mais ces demandes sont parfois retirées. Le plus souvent, c’est en raison du décès du demandeur[2]. En 2025-2026, 401 demandes ont été annulées et 908 autorisations distribuées. La substance létale a été délivrée dans 702 cas.
Le nombre de retraits de demandes suite au décès du patient fait dire à la Commission d’examen de l’« aide volontaire à mourir »[3] que « de nombreux patients semblent entamer la procédure de demande alors qu’ils sont à un stade avancé de leur maladie ». Or la loi de l’Etat a changé : désormais les médecins pourront « fournir de l’information de façon proactive » à leurs patients, qui seront en outre éligibles à l’« aide à mourir » si leur pronostic vital est inférieur à 12 mois, contre 6 actuellement. Ces changements « pourraient permettre un accès plus rapide à l’aide médicale à mourir et réduire le nombre de retraits de demandes », prévoit le comité qui semble s’en réjouir.
La part des euthanasies en croissance
Autre changement annoncé : à partir de 2027, le demandeur pourra choisir entre l’« auto-administration » de la substance létale et l’administration par un praticien. Ce qui ne fera qu’augmenter la part des euthanasies qui est déjà en hausse sur les dernières années : 23% en 2025-2026 par rapport à la période précédente qui avait déjà enregistré une hausse de 18%. L’année dernière, sur les 702 délivrances de substance létale, 161 étaient destinées à être administrées par un tiers. Ainsi, en 2025-2026, 140 personnes ont été euthanasiées quand 372 patients ont mis fin eux-mêmes à leurs jours.
Avec le changement législatif, la Commission anticipe une forte augmentation des euthanasies : dans les juridictions australiennes où le choix est laissé au patient, ce sont de 70 à 90% d’entre eux qui font le choix se faire administrer le produit létal par un praticien.
Quelques médecins particulièrement « actifs »
« Les évaluations sont restées concentrées entre les mains d’un petit nombre de praticiens », pointe par ailleurs le rapport. En effet, la moitié des évaluations en vue d’une « aide à mourir » a été faite par 37 praticiens. Les 10 les plus « actifs » ont soumis 23% des évaluations, « avec une moyenne de 46 évaluations chacun ».
La Commission d’examen affirme vouloir « alléger la pression pesant sur le personnel actuel ». Dans ce but, les infirmiers pourront bientôt pratiquer une « aide à mourir ». Figure également parmi les dispositions votées en 2025, la suppression de l’exigence d’un troisième avis pour les demandeurs souffrant d’une maladie neurodégénérative. Ce qui « réduira la sollicitation d’une catégorie de spécialistes particulièrement rares ».
Des procédures qui ne respectent pas la loi mais ne semblent pas inquiéter la Commission de contrôle
Le rapport de la Commission de contrôle indique que 21 cas d’« aide à mourir » n’ont pas respecté la procédure légale. Il s’agit essentiellement de question de délais.
Les praticiens ont en effet la possibilité de passer outre le délai de 9 jours imposé – pour le moment – entre la première et la dernière demande d’« aide à mourir », s’ils attestent que le patient peut décéder avant ces 9 jours. 11% des demandes ont obtenu cette « dérogation » en 2025-2026. Mais certains praticiens ne se sont pas donné cette peine. Pour trois cas sur la période examinée par le rapport, ce délai n’a pas été respecté sans que ne soit soumise de demande de dérogation. Un patient a même formulé sa dernière demande le jour de la consultation d’évaluation.
D’autres situations de non-conformité concernent le retard observé pour restituer un produit létal non utilisé. Dans un cas, il ne l’a jamais été (cf. « Aide à mourir » : un Australien se suicide avec les substances prescrites à son partenaire). La Commission ne semble pas préoccupée par ces affaires et recommande d’aller toujours plus loin. Loin de se contenter de tous les changements d’ores et déjà votés (cf. Australie : dans l’Etat du Victoria, les médecins désormais autorisés à proposer l’« aide à mourir »), il est déjà question d’en obtenir un autre : que les patients puissent effectuer une demande d’« aide à mourir » par téléconsultation.
[1] 20% d’augmentation par an en moyenne depuis l’autorisation de la procédure en 2019
[2] Dans 82,3% des cas depuis l’autorisation de l’« aide à mourir ». La demande peut aussi être retirée car le demandeur n’est plus en capacité de prendre des décisions ou car il est dans une « trop mauvaise condition » pour procéder à l’administration du produit. Dans 1% des cas, le patient a finalement changé d’avis. La raison du retrait de la demande est toutefois inconnue dans près de 6% des cas.
[3] Commission en charge de la rédaction du rapport