Le cerveau, un organe sexué ?
« Hommes et femmes ont une même humanité, des inclinations et aptitudes communes », mais « les neurosciences montrent que l’homme et la femme ont chacun un cerveau spécifiquement doté du potentiel nécessaire à leur sexe », explique le Dr René Ecochard, professeur à l’université Claude-Bernard et auteur de Homme, femme, ce que nous disent les neurosciences. Un article scientifique publié en 2019 recense « 123 différences psychologiques significatives entre hommes et femmes »[1].
L’évolution du cerveau
Parmi ces différences certaines sont innées. « Les fondations du cerveau masculin ou féminin se construisent avant la naissance et pendant la mini-puberté, qui dure jusqu’aux 6 mois du garçon et aux 2 ans de la fille », précise le médecin. Puis, « l’enfance est comparable à un stage pratique pendant lequel l’enfant développe ce qui est inné en lui ».
Ensuite, « vient ce que les neurosciences appellent la « deuxième douzaine« , qui comporte la puberté, puis la poursuite de l’adolescence et enfin vers 22 ans l’émergence de l’âge adulte ». Lors de cette dernière période, « le cerveau, en particulier le lobe frontal, est le siège de grandes transformations rendant plus apte à prendre des décisions donnant une place équilibrée entre raison et émotions » (cf. Genre, IVG, santé : protéger l’enfant).
L’importance des hormones
« Cette deuxième douzaine, qui se termine vers 22-24 ans, est fortement marquée par les hormones, testostérone chez l’homme, estrogène chez la femme, qui poursuivent la sexuation du cerveau », pointe le Dr Ecochard.
« La testostérone de l’homme dans la force de l’âge est 40% plus élevée le matin, poussant l’homme à aller de l’avant, indique le médecin. Cette même hormone est moins élevée pendant les 6 premiers mois qui suivent la naissance de son enfant. L’homme est ainsi plus enclin à passer plus de temps au foyer. »
Les risques de la pilule
« Les hormones naturelles de la jeune fille, à partir de la puberté, féminisent tout autant son cerveau que son corps », souligne le professeur. L’administration d’estrogènes aux jeunes filles qui en manquent [2] « permet cette féminisation ».
La pilule contraceptive est principalement à base de progestatifs qui « empêchent la sécrétion naturelle des estrogènes, privant ainsi la jeune fille du support nécessaire à la poursuite de la sexuation de son cerveau et à la croissance de sa personnalité ». Et « si les transformations du cerveau de la jeune fille n’ont pas lieu, un remplacement hormonal à l’âge adulte ne pourra pas remplacer le manque », alerte René Ecochard.
[1] Archer J. The reality and evolutionary significance of human psychological sex differences. Biol Rev Camb Philos Soc. 2019 Aug;94(4):1381-1415. doi: 10.1111/brv.12507. Epub 2019 Mar 20. PMID: 30892813
[2] Par exemple chez celles qui souffrent du syndrome de Turner. Un syndrome causé par la délétion partielle ou totale de l’un des deux chromosomes X.
Source : Le Figaro, Agathe Lecoulant (18/03/2022)