Les Français favorables à l’« aide à mourir » ? Un nouveau sondage trompeur

Publié le 10 février 2026
Les Français favorables à l’« aide à mourir » ? Un nouveau sondage trompeur
décryptage
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L’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) a commandé un nouveau sondage sur l’« aide à mourir ». S’appuyant sur lui, l’association militante affirme que « 87 % des Français soutiennent la possibilité, pour les personnes en fin de vie, de choisir entre soins palliatifs et aide active à mourir »[1].

Ils seraient en outre 84 % à approuver « la proposition de loi dans sa version telle qu’elle sera présentée aux députés le 16 février prochain (affection grave et incurable, phase avancée, souffrance insupportable, demande explicite) ». Toujours selon l’enquête IFOP, « 67 % des Français sont favorables à la création d’un délit d’entrave pour l’aide active à mourir »[2]. Sachant que le délit d’entrave est explicitement prévu à l’article 17 de la proposition de loi, il est incohérent de ne pas avoir les mêmes pourcentages et d’affirmer que 84 % des Français approuvent le texte « dans sa version telle qu’elle sera présentée aux députés le 16 février prochain » (cf. « Aide à mourir » : sourde aux alertes, la commission achève de façon express l’examen du texte). Comment les Français ont-ils été interrogés ?

Un choix valorisé alors qu’il n’existe pas

C’est en réalité l’affirmation « les malades en fin de vie devraient pouvoir choisir entre le recours à des soins palliatifs et une aide active à mourir encadrée par la loi » que les sondés ont approuvée à 87 %. Une phrase qui valorise la notion de choix, et euphémise l’acte létal au moyen du terme « aide active à mourir » « encadrée ». Le sondage n’indique pas que les personnes interrogées aient bénéficié d’une information claire ce que sera dans les faits l’« aide active à mourir ».

Une enquête de la Fondapol, qui a interrogé les Français en utilisant les termes euthanasie et suicide assisté, a révélé que seuls 64 % des sondés affirment comprendre la différence entre euthanasie, suicide assisté et sédation profonde et continue jusqu’au décès. Comment les personnes interrogées par l’IFOP ont-elles compris le terme « aide active à mourir » ?

L’enquête de la Fondapol a en outre révélé que 50 % des personnes interrogées estiment qu’il faut garantir l’offre de soins palliatifs partout en France avant d’envisager la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Dans un contexte où 20 départements ne sont toujours pas pourvus d’unités de soins palliatifs, et où près de la moitié des patients qui devraient en bénéficier n’y ont pas accès, les conditions pour « pouvoir choisir » véritablement ne sont pas réunies (cf. « Des malades restent sur le carreau » : malgré les promesses, les soins palliatifs confrontés au manque de moyens).

Une présentation très partielle de la proposition de loi

Dans une autre question, l’ADMD interroge les Français sur la proposition de loi[3] en la résumant aux critères d’accès à l’euthanasie et au suicide assisté ainsi présentés : « être atteint d’une affection grave et incurable, être en phase avancée ou terminale, éprouver une souffrance physique ou psychologique constante liée à cette affection, jugée insupportable ou impossible à soulager ». Une façon de demander aux Français s’ils sont favorables au soulagement de la souffrance. En revanche, nulle mention de l’existence d’un délit d’entrave et à l’absence de délit d’incitation, du caractère expéditif de la procédure ou encore de l’absence de véritable collégialité assortie d’un contrôle effectué a posteriori (cf. « Droit à l’aide à mourir » : l’essentiel du texte sur lequel les députés vont se prononcer). Malgré cela, l’ADMD affirme quand même dans son communiqué que 84 % des Français approuvent le texte « dans sa version telle qu’elle sera présentée aux députés le 16 février prochain »[4].

Grâce à des questions précises, l’enquête de la Fondapol avait au contraire révélé que les sondés rejettent la plupart des conditions concrètes de mise en œuvre d’une « aide à mourir » telles que prévues par la version actuelle de la proposition de loi. Ainsi, 73 % d’entre eux jugent nécessaire de solliciter l’avis d’un psychiatre en cas de doute sur les capacités de discernement du patient, et 68 % voudraient que les contrôles de respect des procédures de l’« aide à mourir » soient réalisés avant la mort, et non après. Les Français jugent également le délai de réflexion de 48 h insuffisant.

Sans surprise, les écarts entre le sondage de l’IFOP et l’enquête de la Fondapol révèlent une fois de plus que les résultats sont très sensibles à la façon dont les citoyens sont interrogés. Sur un sujet aussi grave, engageant une rupture anthropologique, l’opinion des Français ne devrait-elle pas être recueillie avec le plus grand soin ? Cela commence par leur fournir une information complète et objective, loin des manipulations militantes (cf. L’« aide à mourir », une priorité des Français ? L’éclairage de l’« Observatoire de la fin de vie 2025 »).

[1] ADMD, Sondage Ifop – Les Français et la proposition de loi sur la fin de vie (09/02/2026)

[2] Seuls 30% y sont « tout à fait favorable », 37% expriment une opinion « plutôt favorable ». Savent-ils que les psychiatres et les associations de prévention du suicide sont passibles d’être poursuivies sur ce motif ?

[3] « Vous personnellement, êtes-vous favorable ou opposé à cette proposition de loi ? ». Dans cette question les termes euthanasie et suicide assistés apparaissent

[4] Le sondage inclut par ailleurs 4 questions sur la question des directives anticipées, pour le moment exclues de la proposition de loi malgré l’insistance de certains députés (cf. L’« aide à mourir » exclue des directives anticipées, pour le moment). S’agirait-il de l’utiliser pour faire pression sur les élus ?