Les « fuseaux du sommeil » : un révélateur d’une conscience « cachée » ?

Publié le 4 mars 2025
Les « fuseaux du sommeil » : un révélateur d’une conscience « cachée » ?

Des travaux menés par l’Université de Columbia et le New York-Presbyterian pourraient aider les médecins à identifier les patients souffrant de lésions cérébrales dont la conscience est « cachée » et qui sont susceptibles de se rétablir à long terme, en recherchant les ondes cérébrales qui sont indicatives de schémas de sommeil normaux. Ces travaux sont publiés dans la revue Nature Medicine [1].

Etudier le sommeil

« Nous savons que de nombreux patients semblent inconscients, mais que certains se rétablissent sans que nous le comprenions », explique Jan Claassen, professeur agrégé de neurologie à l’Université de Columbia, qui a dirigé l’étude. Les techniques actuellement utilisées pour déceler des signes de conscience peuvent être « difficiles à mettre en œuvre » et donner des résultats faussement négatifs.

Le chercheur a décidé de se concentrer sur le sommeil, car les circuits cérébraux fondamentaux pour la conscience sont également essentiels pour contrôler le sommeil. En outre, les ondes cérébrales du sommeil sont faciles à enregistrer et ne nécessitent pas d’intervention de la part de l’équipe soignante.

Identifier les « fuseaux de sommeil »

Les scientifiques ont examiné l’activité cérébrale nocturne [2] de 226 patients dans le coma. Ils ont pu observer que « l’activité électrique pendant le sommeil semble relativement chaotique, puis occasionnellement, chez certains patients, des fréquences rapides et très organisées apparaissent », explique Jan Claassen.

Ces salves, appelées « fuseaux de sommeil », ont souvent précédé la détection de la dissociation cognitivo-motrice [3] avec une méthode plus complexe, le retour de la conscience et la récupération à long terme.

« Les fuseaux se produisent normalement pendant le sommeil et montrent un certain niveau d’organisation dans le cerveau, ce qui suggère que les circuits entre le thalamus et le cortex nécessaires à la conscience sont intacts », précise le chercheur.

Améliorer le sommeil pour favoriser le rétablissement ?

Environ un tiers des patients présentaient des fuseaux de sommeil bien définis. Parmi les patients avec des fuseaux de sommeil et une dissociation cognitivo-motrice, 76 % présentaient des signes de conscience au moment de leur sortie de l’hôpital. Un an plus tard, 41 % de ces patients avaient récupéré leur fonction neurologique, avec des « déficits mineurs » ou un handicap « modéré », et étaient capables de s’occuper d’eux-mêmes pendant la journée.

Ces résultats soulèvent la possibilité que l’amélioration du sommeil d’un patient, éventuellement en modifiant son environnement, puisse favoriser son rétablissement.

Les résultats de l’étude ne s’appliquent toutefois qu’aux patients ayant subi des blessures récentes. Pour la plupart des patients de l’étude, des fuseaux de sommeil normaux sont apparus dans les jours qui ont suivi la blessure initiale. De plus les prédicteurs n’étaient pas parfaits : 19 des 139 patients qui ne présentaient pas de fuseaux de sommeil ou de signes de dissociation cognitivo-motrice ont tout de même repris conscience. D’autres données seront probablement nécessaires pour faire des prévisions plus précises. « Les techniques ne sont pas encore prêtes à être utilisées dans la pratique clinique, mais c’est quelque chose sur lequel nous travaillons activement en ce moment », indique Jan Claassen.

 

[1] Elizabeth E. Carroll et al, Sleep spindles as a predictor of cognitive motor dissociation and recovery of consciousness after acute brain injury, Nature Medicine (2025). DOI: 10.1038/s41591-025-03578-x

[2] les électroencéphalogrammes (EEG)

[3] Proche du syndrome du « locked-in », il s’agit d’une « rupture entre la compréhension et la réponse ».

Source : Medical Xpress, Columbia University Irving Medical Center (03/03/2025)