« Mitoméiose » : des ovocytes humains fabriqués en laboratoire par « transfert nucléaire »

« Mitoméiose » : des ovocytes humains fabriqués en laboratoire par « transfert nucléaire »
© iStock - Nuttawan Jayawan

Des chercheurs de l’Oregon Health & Science University (OHSU) aux Etats-Unis affirment être parvenus à fabriquer en laboratoire des ovocytes « capables d’être fécondés par un spermatozoïde » à partir de cellules adultes[1]. Des recherches qui « suscitent déjà d’importants questionnements éthiques » (cf. « Unibébés », « bébés multiplex », ou issus biologiquement de deux parents de même sexe : « Les gens ne se rendent peut-être pas compte de la rapidité avec laquelle la science évolue »). Ils ont publié leurs travaux dans la revue Nature Communications[2].

Une technique qui s’apparente au clonage

Pour arriver à leurs fins, les scientifiques ont retiré les noyaux d’ovocytes de donneuses avant de les remplacer par des noyaux de cellules cutanées humaines. Une technique appelée « transfert de noyau » qui est utilisée pour cloner des animaux (cf. Chine : le clonage des animaux de compagnie « en pleine expansion »).

Sous l’effet du cytoplasme de l’ovocyte de donneuse, le noyau de la cellule cutanée implanté « se débarrasse » – « dans l’idéal » – de la moitié de ses chromosomes, selon un processus similaire à la méiose. Cette « étape clé » permet d’obtenir un ovule haploïde contenant un seul jeu de 23 chromosomes au lieu de 46.

La « mitoméiose » : un « troisième » type de division cellulaire

« La nature nous a donné deux types de division cellulaire, nous en avons développé un troisième », se targue Shoukhrat Mitalipov, directeur du OHSU Center for Embryonic Cell and Gene Therapy.

Les scientifiques ont baptisé leur technique « mitoméiose », comme combinaison des deux processus de division cellulaire : la mitose et la méiose.

Des embryons qui ont atteint le stade de blastocyste

Les chercheurs indiquent avoir obtenu ainsi « 82 ovules fonctionnels » qu’ils ont ensuite fécondés avec des spermatozoïdes in vitro.

La plupart des embryons obtenus n’ont pas dépassé le stade de 4 à 8 cellules, affichant des anomalies chromosomiques. Toutefois, 9% d’entre eux ont atteint le stade de blastocyste, celui auquel les embryons obtenus par FIV sont « habituellement » transférés. Aucun embryon n’a été cultivé au-delà de ce stade ; ils ont été détruits.

La gamétogenèse in vitro est un champ de recherche « en plein essor ». Début 2025, des scientifiques japonais avaient obtenu des souris issues de « deux pères biologiques » (cf. Empreinte génomique : des souris nées de « deux pères » atteignent l’âge adulte). Les chercheurs explorent différentes techniques, certains travaillent à reprogrammer des cellules adultes en gamètes mâles ou femelles (cf. Gamétogenèse in vitro : des cellules iPS amorcent une méiose hors du corps).

Des enjeux éthiques abyssaux

Outre la lutte contre l’infertilité qui est affichée comme motivation de cette recherche, cette méthode « permettrait aussi à des couples de même sexe d’avoir un enfant apparenté génétiquement aux deux partenaires », affirme Paula Amato, professeur de gynécologie obstétrique et co-auteur de l’étude. Il faudra selon elle « au moins une dizaine d’années » pour que ces travaux parviennent au stade des essais cliniques.

La fabrication de gamètes in vitro « pourrait profondément bouleverser le paysage de la reproduction humaine », considère l’Agence de la biomédecine. Ce type de technique est en effet selon l’agence « susceptible de modifier, en profondeur, la dynamique de formation des familles, les normes sociales autour de la reproduction, et les liens génétiques qui les sous-tendent ».

L’ABM pointe notamment un risque d’eugénisme étant donné le grand nombre d’embryons que ce type de technique est en mesure de générer (cf. Jacques Testart : « Demain, les enfants seront conçus au laboratoire et le sexe sera réservé au plaisir »). Un risque qui ne l’inquiète pourtant pas dès lors qu’il s’agit de mettre en place une politique de dépistage prénatal de la trisomie 21 (cf. Dépistage prénatal : la trisomie 21 au cœur de la cible ; La justice interdit une expérimentation eugénique sur les embryons trisomiques).

La « prudence » de l’ABM ?

L’agence appelle à « la mise en place d’un cadre éthique et juridique international (…) pour éviter une course à l’innovation non régulée ».

L’instance serait-elle devenue prudente ? Rien n’est moins sûr, alors qu’elle multiplie les campagnes pour trouver des donneurs de gamètes, n’hésitant pas à aller recruter de jeunes adultes (cf. « Faites des parents » : l’ABM fait aussi sa rentrée). La gamétogenèse in vitro pourrait constituer un palliatif au manque de donneurs.

L’ABM, qui a déjà autorisé des recherches pourtant parfois hors-la-loi (cf. Embryons génétiquement modifiés : le Conseil d’Etat désavoue l’ABM), réclamait en janvier 2024 de pouvoir « adapter la loi » sur les « modèles embryonnaires », sans la « lourdeur » d’une révision totale de la loi de bioéthique (cf. Greffes, PMA, recherche sur l’embryon, IA : l’OPECST auditionne l’ABM ; Embryoïdes : l’ABM propose une « troisième voie » pour « encadrer » les recherches).

Nul doute que si « cadre éthique et juridique international » il y a, il sera inévitablement « adapté » pour satisfaire l’hubris des chercheurs et les désirs individuels (cf. 30 ans de lois de bioéthique : « changeons la règle pour rester en règle »).

[1] OHSU news, Erik Robinson, OHSU researchers develop functional eggs from human skin cells (30/09/2025) ; AFP, Créer des ovules artificiels, une piste contre l’infertilité? (30/09/2025)

[2] Marti Gutierrez, N., Mikhalchenko, A., Shishimorova, M. et al. Induction of experimental cell division to generate cells with reduced chromosome ploidy. Nat Commun 16, 8340 (2025). https://doi.org/10.1038/s41467-025-63454-7