« Notre action relève de la désobéissance civile » : 12 militants d’« Ultime Liberté » devant la justice
Le procès de 12 militants de l’association « Ultime Liberté » s’est ouvert ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont accusés d’avoir permis à « des dizaines de personnes », « malades ou non », de se procurer du pentobarbital dans le but de mettre fin à leur vie, entre août 2018 et novembre 2020 (cf. Une dizaine de militants pro-euthanasie interpelés en France).
Le droit à un « suicide serein » ?
L’association militante se conçoit « comme la continuation des mouvements militants des années 1960-70 (contraception, IVG) sur la liberté de disposer de son corps ». D’ailleurs, les « accompagnants » se décrivent comme des « faiseurs d’anges », comparant leur action à celle menée lors des avortements illégaux.
Ultime Liberté revendique ainsi un droit à un « suicide « serein », que l’on soit ou non malade, dans la mesure où la personne qui fait ce choix est en pleine possession de ses moyens et que sa décision est réfléchie » (cf. Euthanasie et prévention du suicide : le paradoxe). Selon Claude Hury, présidente de l’association, il existe « de nombreuses lois qui empêchent la liberté du suicide, le suicide non violent » (cf. « Est-on vraiment libre, quand la mort est préférable à la vie ? »).
Actuellement, l’association compte « une trentaine d’antennes qui se « gèrent » collectivement ». Hélène A. de l’antenne de Grenoble déclare : « Beaucoup de personnes qui nous contactent ne veulent pas peser sur les épaules de leurs enfants ».
Une affaire qui démarre en 2019
L’affaire débute en 2019 quand les autorités américaines signalent « une filière mexicaine de vente de barbituriques ». Des flacons étiquetés « Natural Cosmetics » contenant « jusqu’à 6 grammes de pentobarbital » qui étaient expédiés à travers le monde. Selon un expert, « l’ingestion de pentobarbital peut être létale dès 1 gramme »[1].
A partir d’une liste d’acheteurs, la justice française a pu mener des perquisitions et l’information judiciaire dévoiler « une face semi-clandestine de l’association Ultime Liberté, dont certains adhérents « accompagnent » des personnes souhaitant mourir ».
En effet, ces militants indiquent à des personnes suicidaires comment se procurer du pentobarbital sur internet via une messagerie cryptée, « voire les assistent dans le processus ».
Un procès ou une tribune ?
« Notre action relève de la désobéissance civile face à des lois qui contreviennent aux valeurs de la République et ce procès sera la tribune pour le faire entendre », considère l’un des prévenus, Patrice Bernado qui est le coprésident de l’association militante (cf. Fin de vie : « on supprime la liberté au nom de la liberté »).
Lors du procès, Ultime Liberté sera appuyée par d’autres militants tels que le philosophe André Comte-Sponville, l’essayiste François de Closets, ou encore l’ancien député Jean-Louis Touraine (cf. Aujourd’hui la société « admire le choix de la mort »; Une nouvelle offensive pour autoriser l’euthanasie ?).
La fin du procès est prévue pour le 9 octobre.
[1] « Cette filière implique un vétérinaire mexicain qui reçoit les commandes via la messagerie cryptée Proton Mail et expédie les colis via les États-Unis pour mieux éviter les contrôles douaniers. Arrêté au Texas en avril 2019, Alejandro Vasquez – un pseudonyme – aurait tiré plus de 300 000 € de ce commerce mortifère, à raison de 700 € la dose létale de pentobarbital. »
Sources de la synthèse de presse : AFP (15/09/2025) ; Le Nouvel Obs, Bérénice Rocfort-Giovanni (15/09/2025) ; Le Figaro, Margaux d’Adhémar (15/09/2025) ; La Croix, Antoine d’Abbundo (15/09/2025)