« Nous vivons un moment d’exacerbation de la volonté de l’individu, souvent au détriment de cet individu même »
Le 17 mars, un tribunal de Barcelone a rejeté le recours engagé par un père qui tentait d’empêcher l’euthanasie de sa fille de 24 ans atteinte de paraplégie (cf. Fin de vie en Espagne : un père tente d’empêcher l’euthanasie de sa fille). La famille conteste cette décision et espère que les instances supérieures changeront de position. L’avocat du père, José María Fernández, nous éclaire sur le recours engagé et les incidences du jugement rendu.
Existe-t-il encore la possibilité que cette demande d’euthanasie soit rejetée ?
José María Fernández : Oui. Actuellement, le processus va être porté en appel devant le Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne ; par la suite, le jugement pourrait même être annulé par la Cour Suprême du pays. Nous estimons que nos arguments sont valables et qu’il existe une réelle possibilité de modification par les instances supérieures.
Pourquoi la famille n’a-t-elle pas le droit de s’opposer, même si la personne souffre de douleurs, pas seulement physiques ?
JMF : Le tribunal considère que la décision est exclusive à la patiente, ce qui va à l’encontre de la décision du Tribunal Constitutionnel qui exige que tout acte administratif puisse être contesté devant les tribunaux du pays. De plus, nous pensons que la patiente souffre d’un trouble obsessionnel compulsif, accompagné d’idées suicidaires et d’un trouble borderline de la personnalité, ce qui, selon nous, trouble sa décision (cf. Pays-Bas : l’euthanasie approuvée pour une femme de 29 ans souffrant de dépression chronique).
Quel message ce cas reflète-t-il quant au soulagement moral des personnes qui souffrent ?
JMF : Le message renvoyé est que la société, au lieu d’investir dans le soutien aux patients atteints de maladies mentales, préfère appliquer l’euthanasie. C’est un message très dur, et avec des conséquences à long terme (cf. Belgique : Plus d’un tiers des demandes d’euthanasie pour souffrance psychique aboutissent).
Quel est le point de vue exprimé par les parents ? Et quels arguments avancez-vous pour les défendre ?
JMF : Les parents veulent que leur fille vive : celle-ci est très jeune, puisqu’elle a seulement 24 ans, et a toute la vie devant elle, son espérance de vie est de plusieurs décennies. Nous avançons deux arguments juridiques : il n’y a pas de souffrance grave, donc les conditions requises par la loi ne sont pas remplies, et le consentement de la patiente est vicié par ses troubles. De plus, nous pensons que le processus doit être déclaré nul en raison de graves vices de procédure.
Le rêve humain de la plus grande autonomie, notamment de décision, entre-t-il en conflit avec le besoin inhérent de solidarité chez l’homme ?
JMF : Nous vivons un moment d’exacerbation de la volonté de l’individu, souvent au détriment de cet individu même. En effet, l’être humain vit en société et a besoin des autres, nous avons tous besoin des autres (cf. « Ils m’ont montré que je pouvais servir à quelque chose » : Romain, 25 ans, renonce à l’euthanasie). Dans ce cas qui nous préoccupe, la patiente a un degré d’autonomie assez élevé : elle est capable de se lever seule, de monter des escaliers et de faire beaucoup de choses par elle-même.
Quelle place dans la société peut occuper la vulnérabilité avec une telle législation ?
JMF : Il est impératif qu’une loi sur les soins palliatifs soit instaurée chez nous, laquelle s’opposerait à celle de l’euthanasie, afin de donner une alternative aux patients chroniques (cf. Euthanasie : « ne pas se laisser enfermer dans le piège du choix truqué entre mourir ou souffrir »).
Ce témoignage a initialement été publié par la revue Ombres et Lumière.
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