Pronostic vital engagé à « moyen terme », « phase avancée » d’une maladie : aucun « consensus médical » selon la HAS

Publié le 3 mai 2025
Pronostic vital engagé à « moyen terme », « phase avancée » d’une maladie : aucun « consensus médical » selon la HAS

Alors que la Commission des affaires sociales a retenu le fait d’être en « phase avancée ou terminale » comme l’un des critères pour recourir à l’« aide à mourir », plutôt que celui de « pronostic vital engagé à court ou moyen terme » (cf. « Aide à mourir » : « ce texte prépare et permet toutes les dérives »)[1], le journal La Croix a eu accès à la version provisoire de l’avis de la Haute autorité de santé (HAS) sur le sujet. Une instance citée à plusieurs reprises lors des débats, dont l’avis est attendu la semaine prochaine (cf. Pronostic vital engagé à « moyen terme » : la HAS débute ses travaux).

Un « éclairage tout en nuances »

Ceux qui attendent « une réponse toute faite » de la HAS « risquent fort d’être déçus ». En effet, l’instance s’apprêterait à apporter un « éclairage tout en nuances », pointant d’abord la « complexité » du sujet.

Le groupe de travail « composé d’une vingtaine de professionnels de santé et de représentants d’associations d’usagers » a été présidé par le professeur Régis Aubry, spécialiste des soins palliatifs. A partir d’une revue de la littérature scientifique et auditions d’experts français et internationaux, il conclut : « il n’existe pas de consensus médical sur la définition du pronostic vital engagé à « moyen terme », ni sur la notion de « phase avancée » lorsqu’elle est envisagée dans une approche individuelle de pronostic temporel ». Ainsi, « il est impossible de prédire objectivement le temps qu’il reste à vivre d’un patient ».

Privilégier une logique de « cheminement »

En effet, chaque situation est singulière : chaque malade réagira différemment à une même pathologie, « selon son degré de résistance et de résilience, sa prise en charge par telle équipe médicale ». Dès lors « passer d’un pronostic statistique, qui associe une médiane de survie à une maladie, à un pronostic individuel est une erreur », prévient le groupe de travail.

Il appelle à privilégier une logique de « cheminement » avec la personne. Loin de celle « prédictive » et « procédurale » portée par la proposition de loi que les députés s’apprêtent à débattre dans une semaine.

Complément du 06/05/2025 : La HAS a publié son avis, associé de son argumentaire. L’instance souligne l’absence de consensus médical sur la définition du pronostic vital engagé à « moyen terme », ou sur la notion de « phase avancée » « lorsqu’elle est envisagée dans une approche individuelle de pronostic temporel ».

Ainsi « dans la continuité des travaux du groupe d’experts, le collège s’est donc confronté à l’impossibilité de préciser les contours de ces deux notions selon des critères objectifs applicables à toute situation individuelle », principalement en raison de la « fiabilité insuffisante à l’échelle individuelle », de la « singularité de chaque situation » et de l’existence de « biais subjectifs », du côté de la personne malade comme de celui du personnel médical.

Dès lors, « le groupe a souhaité mettre en exergue l’importance d’un processus d’accompagnement et de délibération collective, centré sur la personne malade, en amont d’une éventuelle demande d’aide à mourir ».

 

[1] Ce qui conduit à « inclure potentiellement plus de patients, notamment ceux atteints de pathologies neurodégénératives très invalidantes – type maladie de Charcot – mais aussi ceux atteints d’affections chroniques – cancer, diabète, maladies du rein – avec lesquelles on peut vivre plusieurs années ».

Source : La Croix, Antoine d’Abbundo (03/05/2025)