« Psychopolitique » : les implants cérébraux, outils d’une nouvelle forme de pouvoir ?
« Je vous parle depuis mon esprit ». Dans une vidéo, Kenneth Shock, atteint de sclérose latérale amyotrophique depuis 2024, fait une démonstration de ce qu’il peut faire après avoir été implanté avec le dispositif développé par Neuralink en janvier 2026 (cf. Sam Altman lance une start-up pour concurrencer Neuralink).
Le principe du système repose sur l’enregistrement de l’activité neuronale liée à l’intention de parler. Et « la voix générée n’est pas une voix générique, mais une reconstruction du timbre du patient » (cf. Grâce à implant cérébral expérimental, une patiente recouvre la parole après un AVC).
Une nouvelle forme de pouvoir : la « psychopolitique »
« Un projet médical, humanitaire, transhumaniste et politiquement neutre », c’est ainsi que Neuralink se décrit depuis sa création en 2016. Mais « l’entreprise fondée par Elon Musk s’est révélée être bien plus que cela », affirme une étude menée par l’Universitat Oberta de Catalunya (UOC) et l’Universitat Autònoma de Barcelona (UAB), qui a été publiée dans Culture, Theory and Critique[1]. Ces travaux explorent comment cette technologie neuronale ouvre la voie à une nouvelle forme de pouvoir : la « psychopolitique » (cf. Un premier implant Neuralink chez l’homme, le « spectre d’un nouvel esclavage » ?).
« Tout comme un feu de signalisation remplit la fonction policière de maintien de l’ordre dans les rues en gérant la circulation des véhicules et des piétons, Neuralink vise à remplir une fonction psychopolitique en traduisant nos processus cognitifs, nos pensées, nos émotions et nos attitudes en données et en les régulant », affirme Sergi Parellada, auteur principal de l’étude (cf. Santé, performance, « bien-être » : face au développement des neurotechnologies, l’urgence d’une prise de conscience).
Contourner la pensée consciente
Pour les chercheurs, les principes de la psychopolitique sous-tendent déjà bon nombre des applications et des plateformes utilisées au quotidien, telles qu’Instagram, TikTok, Netflix ou Spotify. « Ces technologies se nourrissent de données sur notre psychisme pour orienter, guider et modifier notre comportement à des fins de profit financier », pointe Sergi Parellada.
« Neuralink s’inscrit dans la continuité de ce projet psychopolitique qui imprègne déjà notre quotidien, considère-t-il. La capacité de Neuralink à lire des données directement dans notre cerveau redéfinit les dynamiques psychopolitiques, car elle peut influencer nos processus cognitifs inconscients, contournant ainsi la pensée consciente. »
Vers « l’adaptation biologique des personnes au système » ? L’urgence d’une prise de conscience
L’étude identifie plusieurs risques : la perte de l’autonomie individuelle, la marchandisation des processus mentaux, l’externalisation de la santé mentale – « les soins psychologiques et le bien-être peuvent être délégués à des appareils contrôlés par des entreprises privées », et enfin l’adaptation des individus au système. En effet, « l’objectif politique se déplace » : il ne s’agit plus de s’occuper des situations sociales qui mènent au mécontentement mais de « l’adaptation biologique des personnes au système ».
Face à ces enjeux, la question n’est pas tant celle de la règlementation jugent les chercheurs, mais plutôt de susciter une prise de conscience, la remise en question et la réflexion : « Nous estimons qu’il est important de préserver une certaine marge d’action humaine consciente et réfléchie dans notre rapport à ces neurotechnologies, plaident-ils, d’encourager les projets de neurotechnologie qui ne sont pas contrôlés par de grandes entreprises privées et de favoriser une plus grande transparence quant à leurs capacités et aux possibilités qu’elles ouvrent. »
[1] Sergi Parellada Guillamón et al, Neuralink and the rise of psychopolitical governmentality, Culture, Theory and Critique (2025). DOI: 10.1080/14735784.2025.2582471
Sources de la synthèse de presse : Medical Xpress, Autonomous University of Barcelona (09/04/2026) ; JIM, Frédéric Haroche (10/04/2026)