« Si vous doutez, votez non » : l’« appel du 28 juin » aux députés

Publié le 29 juin 2026
« Si vous doutez, votez non » : l’« appel du 28 juin » aux députés

Ils étaient près de 5 000 à avoir bravé la chaleur ce dimanche. Rassemblées place Fontenoy à Paris, non loin du Palais Bourbon, des personnes de tous âges brandissent des pancartes : « Aidez-nous à vivre, pas à mourir », « Supprimer la souffrance, pas le souffrant », « Qui ne dit mot consent » ou encore « Si vous doutez, votez non ». A 48h du vote solennel en nouvelle lecture de la proposition de loi relative au « droit à l’aide à mourir », ces citoyens comptent bien faire entendre leur voix. Non, l’« aide à mourir » n’est pas un « droit » très attendu par les Français.

« Je pense qu’à chaque période de la vie, il y a vraiment quelque chose d’hyper précieux à vivre », confie Anne-Laure, 50 ans. « Je pense que c’est un manque d’accompagnement, un manque d’amour, qui fait qu’on a fini par se poser la question de l’euthanasie. » « Aujourd’hui, on a besoin de montrer que la vie a du sens et que malheureusement, elle est trop souvent laissée de côté et utilisée comme une marchandise », explique Thomas. Le jeune homme de 25 ans est venu accompagné d’amis. Eric, 55 ans, est quant à lui venu manifester en famille : « Je pense que cette loi est un texte scandaleux. Elle bouleverse les fondements de notre société », s’inquiète-t-il face à l’indifférence de certains.

L’aboutissement d’un « échec collectif »

« Une loi, c’est un message. » Régis Passerieux, haut fonctionnaire et porte-parole de l’événement inaugure les prises de parole. « L’accompagnement, le soutien, la solidarité ne pèsent plus aussi lourd face au chacun pour soi et au règne du rapport de force », regrette-t-il. « La vie humaine compte de moins en moins. » « Dans cette société émiettée, de plus en plus compétitive, parfois féroce, même décorée du marketing des beaux sentiments, nous sommes tous, tous, où que nous soyons placés, de plus en plus seuls (…) La loi sur l’euthanasie et le suicide assisté est ainsi l’aboutissement de ce processus, de cet échec collectif. »

La parole est passée ensuite aux soignants. Elle est portée par l’ergothérapeute Elisabeth de Courrèges. « Pendant quasiment dix ans, j’ai rencontré des personnes dont la vie a été entravée par la maladie ou par l’extrême fragilité », explique la soignante égrenant les témoignages. « Personne ne perd sa dignité. »

« Notre point de vue a été ignoré, maltraité, caricaturé, même disqualifié »

Le message de Dominique Reynié, directeur de la Fondapol, est politique : il dénonce le « tour de passe-passe » qu’a été la convention citoyenne (cf. Fin de vie : un processus construit pour aboutir à légaliser l’euthanasie ?) et l’absence de tout pluralisme sur le service public (cf. La promotion du suicide et de l’euthanasie en prime time sur le service public). « Je le dis parce que c’est une vérité qui faut dire, affirme-t-il. Nous sommes dans une situation tout à fait choquante. » « Notre point de vue a été ignoré, maltraité, caricaturé, même disqualifié, s’insurge le politologue. Notre point de vue n’a toujours pas été pris en compte. » Il interpelle les députés : « Ne laissez pas votre nom au bas d’une telle loi ».

Entre les prises de parole les slogans s’élèvent : « Euthanasier c’est abandonner ! », « Refusons une loi d’abandon ! »

« Le combat contre l’euthanasie n’est toujours pas perdu »

« Bonjour Paris, est-ce que vous êtes chauds ? », lance Maxence à la foule. Maxence n’est pourtant pas une rock star, mais un étudiant en master d’école de commerce à Toulouse atteint d’une myopathie de Duchenne. « Quelle joie de nous retrouver ici, en plein cœur de Paris, pour défendre la dignité des éligibles à l’euthanasie et la joie de vivre ! » La joie de vivre, le jeune homme de 22 ans ne semble pas en manquer en effet. « Cette manifestation est l’occasion de montrer à la France entière que le combat contre l’euthanasie n’est toujours pas perdu et que, et quoi qu’il arrive, nous continuerons de nous battre avec notre meilleure arme : la joie de vivre, la discussion et la solidarité avec les personnes les plus fragiles de notre société. »

« Mon quotidien est fait de contraintes et de dépendances. Il faut m’aider pour absolument tout », explique Maxence. « Pourtant, malgré le peu de perspectives et de muscles que m’offre la vie, j’ai décidé de vivre dans la joie de vivre et la combativité. »

La perspective d’une loi l’autorisant à recourir à l’« aide à mourir » le « bouleverse » témoigne-t-il, « non parce qu’elle se prétend compatissante, mais parce qu’elle laisse entendre parfois vaguement, parfois clairement, que ma vie ne vaut pas le coup d’être vécue jusqu’au bout et qu’il suffirait de l’abréger par une simple dose létale ».

Le rassemblement touche à sa fin. Les soignants y auront été longuement applaudis. Les députés aussi (cf. « Une sorte de triomphe de la liberté » « au détriment de la protection des plus fragiles » : les députés terminent la nouvelle lecture du texte sur l’« aide à mourir »). Des applaudissements pour remercier ceux qui auront défendu les plus fragiles avec persévérance, et tous les encourager à dire non mardi à une loi d’abandon.