Thérapie ARN : une « première étape prometteuse » contre la maladie de Charcot
Un homme atteint d’une forme rare de la maladie de Charcot[1] a vu ses symptômes s’atténuer un an après être devenu la première personne à recevoir une thérapie ARN conçue pour cibler la mutation génétique spécifique à l’origine de sa maladie. Il a même pu continuer à exercer son métier de médecin. Selon les chercheurs, ces premiers résultats sont « prometteurs » et ouvrent la voie à de nouveaux traitements contre les maladies neurodégénératives causées par des mutations rares.
De premiers résultats positifs et « aucun effet secondaire indésirable grave »
Ce patient a reçu un traitement à base d’ARN appelé « thérapie par oligonucléotides antisens »[2]. Contrairement à la thérapie génique classique, qui modifie les gènes d’une personne pour traiter une maladie génétique, ce type de thérapie cible l’ARN produit par le gène et réduit la quantité de protéine synthétisée.
Les 3 doses administrées entre avril 2024 et avril 2025 n’ont induit « aucun effet secondaire indésirable grave » chez le patient. Un an après la première dose, les scores obtenus à un test évaluant les capacités motrices, la respiration et les fonctions neurologiques s’étaient améliorés, tandis que ceux relatifs à la respiration et aux fonctions cognitives étaient « restés stables ». Ces travaux ont été publiés dans la revue Med[3].
Pour Steve Vucic, neurologue et chercheur spécialisé dans la SLA à l’université de Sydney, ces résultats constituent une « première étape prometteuse », même s’il est encore trop tôt pour savoir si le traitement pourrait stopper la progression de la maladie ou constituer un véritable remède. Il est en effet nécessaire de suivre le patient pendant plusieurs années et de tester le traitement sur un plus grand nombre de personnes.
Des thérapies qui « représentent l’avenir » ?
Toutefois, les thérapies par oligonucléotides antisens de ce type « représentent l’avenir » pour de nombreuses personnes atteintes de SLA, affirme Fleur Garton, chercheuse spécialisée dans les maladies neurologiques à l’université du Queensland. En effet, environ 5 à 10% des personnes atteintes de la maladie de Charcot présentent une mutation génétique connue. Et les thérapies antisens « semblent sûres » et « peuvent être mises au point pour les personnes présentant des mutations génétiques courantes, pour celles présentant des mutations rares, voire uniques, ainsi que pour celles dont la maladie est due à des mutations multiples », ajoute-t-elle.
Huit autres personnes présentant également des mutations du gène CHCHD10 se sont vues administrer le traitement dans le cadre d’un essai clinique.
Un bénéfice durable qui reste à démontrer
Ces premiers résultats doivent encore être confirmés par des études portant sur des périodes de suivi plus longues et sur un plus grand nombre de participants « afin de démontrer un bénéfice durable ».
Et il reste encore du travail à faire pour rendre le processus de développement des thérapies antisens « plus efficace et moins coûteux », ainsi que pour améliorer l’efficacité des traitements eux-mêmes, souligne Fleur Garton. La chercheuse ajoute que les mutations du gène CHCHD10 sont également à l’origine d’autres maladies, telles que la démence. Les personnes atteintes de ces pathologies pourraient elles aussi bénéficier d’une thérapie antisens.
[1] causée par une mutation du gène CHCHD10, présente chez moins de 1% des personnes atteintes de SLA héréditaire. Ce gène code une protéine qui permet aux mitochondries de fonctionner correctement.
[2] Le traitement doit être « continu » pour maintenir la concentration du produit dans les cellules des patients
[3] Cousin, M. A. et al. N-of-1 investigational study of a novel antisense oligonucleotide drug in CHCHD10-related ALS shows early signs of efficacy, Med (2026) https://doi.org/10.1016/j.medj.2026.101295
Source de la synthèse de presse : Nature news, Rachel Fieldhouse (18/09/2026)